Inter-Environnement Bruxelles

Éditorial

Taxe automobile : le parti de l’immobilisme

Publié le mercredi 9 avril 2014, par I E B
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Une fuite dans la presse a déclenché tout un ramdam : le péage urbain serait de 12 euros ! Selon les experts, pour être efficace et répondre aux objectifs, c’est le juste montant pour rouler à Bruxelles. Instantanément, comme si c’était à prendre ou à laisser, tous les politiques – majorité comme opposition – se sont défaussés : « jamais de la vie ! », « onbespreekbaar ! », « cette étude est pour la poubelle ! », « c’est pas moi qui ai commencé », etc...

Que s’est-il passé ? Le Gouvernement vante pourtant son plan de mobilité et ses objectifs ambitieux : -20% de trafic automobile, bientôt. Mais si l’ambition est affirmée, personne n’en assume les conséquences. Le bureau d’études, lui, ne faisait que répondre à la question : comment honorer les promesses ? Son tort est de ne pas ménager l’électeur. Un péage urbain, ça fonctionnerait et ça pourrait aller vite. Sinon, une taxe kilométrique intelligente (modulée selon la cylindrée, l’heure, l’endroit voire le nombre de personnes à bord), ça marcherait aussi mais il faudra de longues années pour que chaque véhicule soit équipé de la technologie ad hoc.

Nombreux sont les partis politiques qui minaudent : « Évidemment qu’il y a trop de voitures mais on ne peut rien faire avant d’offrir des alternatives. » Eh bien, ces alternatives existent ou sont en route : les pistes cyclables se multiplient, la STIB et la SNCB intègrent sans cesse des nouveaux véhicules, la capacité du métro bondit (bouclage de la petite ceinture, automatisation, ligne vers Schaerbeek,...), le RER s’approche. Tout cela ne sera pas effectif demain... mais la taxe constitue bel et bien une mesure d’accompagnement de toutes ces alternatives. Une mesure d’accompagnement afin d’encourager les changements d’habitudes et d’éviter de relancer le cercle vicieux du tout-à-l’auto.

Quoi qu’on en dise, les automobilistes ne sont pas les vaches à lait de l’État : c’est l’inverse ! En effet, les coûts associés à l’automobile dépassent largement les dépenses consenties par les seuls automobilistes. Bien que les sommes payées par les automobilistes représentent un coût considérable (taxes diverses, accises, parcmètres,...), un montant encore bien plus important est mobilisé via l’impôt pour faire face à l’ensemble des coûts engendrés par l’automobile. Non, ces taxes directes ne couvrent pas les frais associés à la pollution de l’air, au bruit, aux embouteillages, aux accidents de la circulation, aux soins de santé, aux gaz à effets de serre,... Loin s’en faut ! Et les 35% de ménages bruxellois qui n’ont pas de voiture payent ces mêmes impôts et financent donc également un modèle de société centré autour de l’auto.

Manifestement, nos responsables politiques ne désirent pas remettre en cause des modes de consommation qui font le bonheur et les affaires de certains (les lobbys automobiles) tout en rendant captifs les autres (les automobilistes).


BEM n°269 – Mars-avril 2014

Dernier ajout : 23 janvier.