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Stopper le délire/la gabegie de la mégaprison de Haren est aussi une manière de faire des économies

Publié le mardi 11 octobre, par IEB

Le projet de mégaprison de Bruxelles-Haren est à la croisée des chemins. Dans les semaines à venir :
• le Gouvernement fédéral devra choisir d’engager, ou pas, l’État pour 25 ans dans ce projet ruineux et désastreux/contreproductif pour la Justice ;
• le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale devra choisir d’accorder, ou pas, les autorisations de cette mégaprison qui détruirait, entre autres, 19 hectares de biodiversité exceptionnelle et asphyxierait le nord de Bruxelles.
Les associations réclament que le Gouvernement régional évite de grever son avenir d’une mégaprison hors de prix dont les conséquences funestes, y compris financières, devront in fine être gérées par la Région et ses habitants.

Contrôle budgétaire fédéral : et la mégaprison à trois milliards ?

Pour rester dans les clous des engagements européens, le Gouvernement fédéral doit réaliser une économie budgétaire de 4,2 milliards d’euros. L’importance des nouvelles coupes qu’implique cet ajustement budgétaire a créé une crise au sein du Gouvernement. Étonnamment, il semble qu’à côté des coupes sombres dans les dépenses publiques aussi cruciales que les soins de santé, certains postes particulièrement dispendieux passent sous le radar budgétaire du Gouvernement.

3 milliards d’euros, c’est le prix que la mégaprison de Bruxelles-Haren devrait coûter, au minimum, sur les 25 années d’exploitation que prévoit le contrat de partenariat public-privé que le Gouvernement fédéral entend signer avec le consortium CAFASSO en dehors de tout contrôle parlementaire. Le coût initial de 330 millions est annoncé pour la construction de la prison ; il faut compter une annuité estimée [1] à plus de 100 millions d’euros sur 25 ans. Les chiffres exacts ne sont toujours pas connus, le Gouvernement fédéral refusant de communiquer sur cet investissement aussi ruineux que controversé. Rappelons que la Cour des Comptes a souligné à plusieurs reprises l’absence de justifications du mode de financement des prisons via les contrats PPP et la charge excessive qu’ils font peser sur le budget de la Justice déjà exsangue.

Le projet de mégaprison de Haren ne répond à aucun besoin de la société et crée de nombreux et sérieux problèmes. À ce stade, le Gouvernement fédéral n’a pas encore expliqué en quoi ce projet de mégaprison pouvait constituer une solution aux problèmes actuels. D’autant que le Parlement ne dispose toujours pas d’une vision globale du nombre de places disponibles à court et moyen terme dans les prisons et les centres de soins pour internés.

Engager l’État pour une durée de 25 ans dans ce projet de mégaprison qui découle d’une politique surrannée, pour un montant de 3 milliards d’euros, serait profondément irresponsable.

L’action du Ministre fédéral de la Justice a permis de ramener la population carcérale à 10.237 personnes, contre environ 12 000 il y a deux ans. La solution est bien de ce côté-là : il faut continuer à faire sortir de prison les gens qui n’y ont pas leur place. Ils sont nombreux.

Le Gouvernement bruxellois va-t-il infliger une mégaprison à la Région ?

Le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale doit se prononcer dans les jours qui viennent sur l’attribution du permis d’environnement de la prison. La demande initiale a, en effet, été rejetée par le Collège de l’environnement le 15 décembre 2015. CAFASSO a ensuite introduit un recours auprès de la Ministre bruxelloise Fremault. La Région est seule compétente pour la délivrance des autorisations de détruire, ou pas, les 19 hectares de biodiversité exceptionnelle qu’abrite le site du Keelbeek au nord de Bruxelles. Elle est seule compétente pour décider, ou pas, de construire la plus grosse prison du pays qui serait située à 13 kilomètres du Palais de justice, dans une zone enclavée et mal desservie en transports en commun, imposant de facto une contrainte matérielle gigantesque à la justice bruxelloise et à ses justiciables. Elle est seule compétente pour imposer, ou pas, ce projet non concerté qui fait la quasi-unanimité contre lui.

Les rêves, que nourrissent certains, de réaliser une importante plus-value sur le foncier récupéré de la prison de Saint-Gilles, ne peuvent être mis en balance avec un projet dispendieux qui ne respecte ni les habitants, ni l’environnement, ni la Justice, ni les détenus et leurs familles.

Le Gouvernement régional doit éviter de grever son avenir d’une mégaprison hors de prix dont les conséquences funestes, y compris financières, devront in fine être gérées par la Région et ses habitants.

Comité de Haren : Laurent Moulin, 0499 03 09 01.
Respire asbl : Jean-Baptiste Godinot, 0488 200 175.
Inter-Environnement Bruxelles (IEB) : Claire Scohier, 0473 66 75 05.
Observatoire International des Prisons (OIP) : Nicolas Cohen, 0470 026 541.


Prises de position

Dernier ajout : 11 décembre.