Inter-Environnement Bruxelles

Sous les pavés, il n’y a pas que les platanes...

Article publié le 12 octobre 2011.
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LAEKEN • Le projet de bétonnage de l’avenue du Port a réussi à susciter contre lui une impressionnante mobilisation, souvent présentée comme un combat de défenseurs des pavés et des arbres. Mais peut-on vraiment réduire l’affaire dite “des platanes” à cela ?

Le projet de la Région bruxelloise auquel s’opposent les habitants n’est pas sans rappeler l’urbanisme des années 1960 qui a défiguré de larges parties de Bruxelles : une conception fonctionnaliste de la ville, pensée par des ingénieurs et privilégiant avant tout la voiture, le camion et le transit des navetteurs. La manière autoritaire dont la Région a voulu imposer son projet, sans tenir compte de l’avis des habitants et de leurs contre-propositions, est aussi une réminiscence de cette époque qu’on pouvait penser révolue.

Mais si l’on examine le projet régional de bétonner l’avenue du Port dans un contexte plus large de “requalification” des abords du canal, la motivation des pouvoirs publics apparaît sous un autre jour. Depuis quelques années, ceux-ci multiplient les projets de rénovation d’espaces publics le long du canal, dans une optique qui vise plus à faciliter les projets immobiliers spéculatifs que l’amélioration de la vie des habitants actuels. L’avenue du Port, initialement conçue pour fonctionner en lien avec le Port de Bruxelles, a été laissée à l’abandon pendant de longues années. Plutôt que de la rénover, la Région souhaite rendre cette artère plus “propre” en y coulant du béton. Une façon de ménager les amortisseurs des berlines pour favoriser l’accès vers le futur “nouveau quartier” de Tour & Taxis et les méga-centres commerciaux prévus au Heysel et sur le site des anciennes poêleries Godin, et de concrétiser le concept d’un “nouveau centre-ville” élargi à la zone centrale du canal... Autant de raisons qui justifient aussi de prendre les pavés contre ce projet colonisateur.

(Photo Laurent Bajart)

Prolonger la réflexion, et l’action !

Depuis 2008, habitants et associations n’ont pas ménagé leurs efforts pour montrer de quel bois ils se chauffent. Ils ont opposé à ce projet une autre vision de la ville, issue de leurs expertises cumulées et fruit d’une intelligence collective. À l’arrivée, ils ont proposé un projet moins cher, respectueux du patrimoine et de l’environnement, et qui permet l’aménagement d’une piste cyclable. Cette proposition a rencontré un grand succès auprès de nombreux Bruxellois. Dans la foulée, on a également vu naître la proposition de créer une coopérative d’économie sociale qui permettrait la formation à la pose traditionnelle des pavés et la création de 40 emplois locaux. Un premier pas intéressant que les 8 500 signataires de la pétition n’auraient sans doute pas renié.

Cette mobilisation ne s’explique donc pas uniquement par la volonté de préserver des arbres et du patrimoine, mais se ramifie plus largement à des enjeux sociaux, environnementaux, de mobilité... Reste que la réflexion mérite certainement d’être prolongée et davantage élargie notamment aux problématiques sociales (logement, gentrification, emploi...) sur l’ensemble du quartier Maritime et des quartiers proches du canal. Ainsi, la question du maintien des activités productives et industrielles sur les quais du canal se pose avec urgence : si on ne s’en préoccupe pas aujourd’hui elles auront purement et simplement disparu dans quelques années à peine, pour faire place à des nouveaux quartiers lisses et aseptisés, réservés à une catégorie aisée de la population. Espérons donc que “l’affaire des platanes” permette de semer les germes d’un mouvement à la base sociale et aux préoccupations plus larges.