Inter-Environnement Bruxelles
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Smart Move : la fin justifie-t-elle les moyens ?

Article publié le 15 septembre 2021 par Thyl Van Gyzegem
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La Région est toujours en attente d’un avis du Conseil d’État sur son projet de tarification kilométrique baptisé « Smart Move ». Cela ne l’empêche pas d’investir dès à présent 68 millions d’euros pour renforcer le système de caméras de surveillances qui serviront à identifier les automobilistes roulant sur son territoire. Au-delà des nombreuses questions relatives à la protection de la vie privée que pose un tel déploiement et qui ne font l’objet d’aucun débat public, l’impact environnemental de cette politique de « Smart City » semble avoir été négligé. En effet, le système de contrôle / tarification repose sur la fabrication de nouveaux appareils, la création de flux de données et d’applications numériques qui engendreront de nouvelles émissions de gaz à effet de serre (délocalisées) qui n’ont pas été étudiées ou comptabilisées. Est-il cohérent de viser une baisse de la pollution automobile en ayant recours à un dispositif polluant ?

Les conséquences sociales de la tarification kilométrique continuent quant à elles de faire débat. Aux exemples plutôt favorables du point de vue pécuniaire mis en avant par la Région dans la promotion de son dispositif, la Ligue des Familles oppose dans une nouvelle étude plusieurs situations familiales et géographiques où la tarification kilométrique aura un impact important sur la vie des ménages sans pour autant entraîner de report modal de la voiture vers d’autres modes de déplacement. Pointons que l’enquête réalisée auprès des familles ne l’est que sur un échantillon très restreint (une vingtaine de familles) et ne s’intéresse qu’aux familles ne disposant pas d’alternatives de déplacements qu’elles soient réelles ou perçues comme telle, ce qui ne peut donner qu’un résultat biaisé.

En d’autres termes, l’opposition entre les situations particulières, qu’elles soient positives ou négatives pour les ménages, financièrement parlant, ne nous apprend pas grand-chose et ne nous aide pas à mieux appréhender la problématique générale. C’est à dire, d’un côté, le fait que l’omniprésence de la voiture à Bruxelles ne semble pouvoir être régulée qu’avec des mécanismes de dissuasion de son usage. Et de l’autre, le constat que des décennies de promotion de la voiture individuelle comme mode de déplacement couplés à des stratégies résidentielles pour partie liées au coût du logement bruxellois ont crée une réelle dépendance à l’automobile. D’autant plus dans certaines zones de la périphérie bruxelloise où la desserte en transport public est insuffisante ou trop fragmentée.

Ce dernier constat est mis en avant par La Ligue des Familles qui pointe la nécessité de consacrer tous les efforts à une diminution des temps de parcours et de correspondances dans les transports en commun afin de permettre aux parents de combiner horaires de travail et de crèches ou garderies scolaires. Un terrain sur lequel il y a du pain sur la planche, en Wallonie et en Flandre, mais aussi à Bruxelles où la « Métrovision » de la STIB traduite dans le projet de métro 3 implique une logique de rabattement vers le métro, la suppression de lignes existantes (lignes 55 et 32) et la création de nouvelles correspondances (tram 51, tram 4 au sud de la Région…).

Toutes ces raisons ne doivent cependant pas fermer la porte à un mécanisme de régulation du trafic automobile à Bruxelles, qui est nécessaire pour opérer un report modal dans les zones du territoire bien pourvues en alternatives. Dans son analyse « Les enjeux de la tarification kilométrique intelligente (Smart Move) », IEB décrypte le projet proposé par le gouvernement et se demande si l’instauration d’un péage zonal de plus petite envergure, couplé à une réforme de la fiscalité automobile séparée et à une réflexion de fond sur les causes de l’étalement urbain, ne serait pas plus indiquée, moins coûteuse et plus facile à mettre en œuvre.