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Dossier Heyvaert

Se loger

Publié le mardi 29 août, par IEB

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Témoignages.

Il n’est plus besoin de pointer la crise du logement en région bruxelloise et les difficultés grandissantes éprouvées par une majeure partie de la population pour se loger décemment. Le quartier Heyvaert ne brille pas par son offre en logement public. La part de logements sociaux (seulement 3,45 % de l’offre en 2016) est largement inférieure à la moyenne régionale (7,58 %) pourtant déjà faible et ne cesse de diminuer eu égard à la production actuelle très orientée vers la classe moyenne. Néanmoins, les montants des loyers restent inférieurs d’environ 20 % à la moyenne régionale créant une sorte de parc locatif social de fait. L’arrivée dans le quartier Heyvaert se fait ainsi suite à une succession d’échec dans d’autres quartiers, à une incapacité à payer des loyers toujours plus chers ailleurs ou à la difficulté de loger une famille nombreuse.

« La vie est devenue super chère. Il n’y a pas de logements. Il y a des appartements vous seriez étonnés, il y a des gens qui vivent à 10 dans un tout petit flat ou des trucs comme ça. Je trouve pas ça logique. Bruxelles c’est devenu… Je sais qu’à Paris c’est comme ça aussi, mais ici je crois que ça a dépassé Paris maintenant. »

Femme belge d’origine marocaine
vivant avec ses 4 enfants
dans le quartier depuis 2 ans

Ce n’est donc pas l’attractivité du quartier ou la qualité des logements mais bien la possibilité de se loger dans des tarifs raisonnables ou de bénéficier d’un entourage accueillant qui décident les personnes à s’installer ici malgré l’image stigmatisée du quartier.

« C’est vrai que c’est un quartier assez perturbé, donc c’est pas évident. Il y avait le pour et le contre. Parce que c’est vrai que, surtout ce quartier-ci. Bon, il y a d’autres quartiers qui sont chauds, mais ici c’est vraiment le quartier le plus chaud de Bruxelles. Mais voilà, maintenant nous on est des femmes, une fois qu’on rentre chez nous on fait pas vraiment attention à ce qui se passe à l’extérieur, mais c’est vrai qu’on se posait la question, parce que moi j’ai des enfants, j’ai un fils qui va grandir, je me dis les fréquentations et tout ça. Mais à côté de ça, ici, j’étais fort intéressée parce qu’on se sent en sécurité. Le voisinage, on se connaît toutes, donc quand il y a un souci, on peut s’appeler. Si moi je m’absente, je peux laisser mes enfants. S’il y a un problème, ils peuvent aller chez la voisine. Donc, voilà, c’est un habitat solidaire. »

Femme de 34 ans depuis 1 an
dans le quartier

La difficulté de trouver un logement ailleurs lorsqu’on est d’origine étrangère est également mise en avant.

« C’est très difficile pour trouver un logement, il faut que le propriétaire soit un étranger pour qu’il puisse vous louer. Si c’est un Belge, il ne va pas accepter de vous louer son appartement. Ici, le propriétaire est un étranger. Si le propriétaire était un Belge, il n’aurait même pas habité ici. Le propriétaire est Marocain et il n’y a que des étrangers dans cet immeuble. »

Nigérien de 45 ans vivant à Heyvaert
depuis une dizaine d’années

Plus encore que le prix, c’est la facilité à trouver un logement grâce à la circulation de l’information au sein des réseaux communautaires qui est évoquée. C’est par la porte d’entrée du travail ou des commerces que les gens se connaissent et se transmettent les tuyaux concernant notamment le logement.

« C’est un ami nigérien qui m’a aidé à trouver le logement, c’est lui qui a vu une maison vide, qui était à louer, il m’a informé, on a contacté le propriétaire, je suis allé visiter. Il se trouve que cela me convenait et c’est comme ça que je suis arrivé dans le quartier. »

Nigérien de 46 ans habitant Heyvaert
depuis quelques mois

Outre les réseaux familiaux et communautaires, c’est aussi la présence d’un tissu associatif actif qui facilite l’accès à un logement adapté. On pense notamment au rôle entreprenant de l’Union des locataires d’Anderlecht (ULAC) qui développe une stratégie d’achat d’immeubles à bas prix (ou de prise en bail emphytéotique) pour produire du logement social de qualité et qui assure l’accompagnement social de ses locataires.

« Des fois, on a des réunions avec Vincent, justement à l’ULAC, et c’est là qu’on se rencontre… comme on loue des appartements communaux… alors là on est… on vient, c’est une association, on vient, on pose nos idées et eux aussi viennent proposer certaines choses… Alors c’est vraiment là qu’on se rencontre, qu’on fait des échanges d’idées, des fois on ramène un café. »

Congolaise vivant avec
ses 5 enfants dans le quartier

Bem n°289 - Juillet-août 2017

Bem n°289 - Juillet-août 2017

Dernier ajout : 23 novembre.