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Saving the Colonne du Congrès

Publié le mercredi 27 février 2013, par IEB

Le projet de Plan Particulier d’Affectation du Sol Pacheco, qui prévoit le réaménagement du quartier de la Colonne du Congrès et de l’ex-cité administrative, va être soumis au vote du Gouvernement régional. Les riverains et le Comité de quartier Notre-Dame-aux-Neiges, regroupés sous l’appellation « Saving the Colonne du Congrès » et soutenus par l’ARAU, Pétitions-Patrimoine et IEB, lui ont adressé une lettre ouverte pour qu’il refuse l’adoption du projet.

LETTRE OUVERTE AU GOUVERNEMENT DE
LA RÉGION DE BRUXELLES-CAPITALE 14/02/2013


Monsieur le Ministre-Président,
Mesdames, Messieurs les Ministres et Secrétaires d’État,

Par souci de citoyenneté et de l’intérêt public, nous vous réitérons nos préoccupations au sujet du projet de PPAS “Pacheco” soumis à votre vote. Nous vous renvoyons en annexe copie de nos considérations nuancées et motivées transmises à votre gouvernement en décembre 2012. Nous regrettons de n’avoir reçu aucune réaction de votre part.

Le schéma directeur “Botanique” et les programmes adoptés par le gouvernement bruxellois concernant la ZIR n°11 (en 2007 et 2009), malgré quelques défauts, laissaient de l’espoir :

  • concernant l’ouverture du site vers la place du Congrès et le lien entre le haut et le bas de la ville,
  • concernant une composition urbaine relativement équilibrée autour de cette ouverture,
  • et concernant la mixité fonctionnelle et sociale du site.



Cet espoir est profondément déçu par la barre de bureaux en construction et par le projet de PPAS “Pacheco”. La situation sera encore aggravée si la Police fédérale installe du côté de la rue royale son centre logistique et de nombreux véhicules d’intervention.

Nous sommes d’avis que ce projet de PPAS est structurellement biaisé car il ne stimule finalement ni l’interactivité entre les fonctions, ni la cohésion sociale, ni les synergies entre les personnes, ni la qualité de la vie sur le site et alentours et parce qu’il sacrifie des éléments importants de l’identité de notre Ville-Région, en particulier l’un de ses trois panoramas historiques.

1. L’espace public représente aujourd’hui moins de 20% à l’intérieur du Pentagone, alors que la norme prescrite par ONU Habitat [1] est de 40%. Or, que fait le projet de PPAS “Pacheco” ? Il prévoit de réduire encore l’espace public par la construction d’une nouvelle tour de 56 mètres de haut et par l’extension en largeur de deux tours existantes.
S’agissant des suites de permis de bureaux accordés sans PPAS et sans plan d’ensemble, on peut difficilement interpréter ce glissement autrement que comme une usurpation de l’espace public au bénéfice d’intérêts privés.

2. La mobilité. Le site concerné est situé à l’intérieur du Pentagone (et de sa petite ceinture) et au-dessus de la jonction Nord-Midi, c’est-à-dire sur l’axe de mobilité le plus dense du pays. Or, que fait le projet de PPAS “Pacheco” ? Il prévoit une densification de la circulation automobile en permettant jusqu’à 2 000 emplacements de parkings alors que le site est à distance de marche de trois gares (Congrès, Central et Nord) et de trois stations de métro (Parc, Madou, Botanique) (zone A selon le projet de CoBRACE). Sans oublier de nombreux bus et trams en surface.
Au moment où le projet de CoBRACE est sur le point d’être définitivement adopté, ne serait-il pas de bonne administration de réduire le nombre de places de parking autorisé pour les bureaux plutôt que d’attendre le renouvellement du permis d’environnement ?

3. L’interactivité des fonctions est dès à présent obérée par le projet de PPAS “Pacheco” dans la mesure où toutes les surfaces de bureau constituent une haute barre du seul côté de la rue Royale, et du quartier habité de Notre-Dame-aux-Neiges, c’est-à-dire en haut du site, et où les activités de production ont disparu en cours de route. Quant au logement, il est prévu qu’il soit situé dans la pente ou dans le bas du site.

4. Encourager la cohésion sociale et la synergie entre les activités, les quartiers et les personnes implique de créer des conditions urbanistiques favorables, en particulier de créer un espace accueillant, d’éviter les cassures et les différences de niveaux ou d’alterner les fonctions et de prévoir un maximum de luminosité. Or que fait le projet de PPAS “Pacheco” ? Il limite l’espace public, enferme la place centrale au milieu des tours et confirme la séparation entre le boulevard Pacheco et la place du Congrès, c’est-à-dire entre le bas de la Ville et le haut de la Ville, ou autrement dit entre le quartier du Marais et le quartier Notre-Dame-aux-Neiges.

5. Tourisme et hôtels. Le tourisme de qualité et les hôtels des environs du site risquent de souffrir du devenir néfaste du site sur son environnement.
En effet, que fait le projet de PPAS Pacheco ?
Il sacrifie l’un des rares panoramas historiques de la Ville-Région, accentue la densification de fonctions administratives au cœur de la ville et rend peu praticables, sinon inexistantes, les “passerelles” souhaitables entre les quartiers.
Parmi vos souvenirs de voyage, les perspectives offertes par la place de Catalogne, les Ramblas, la place d’Espagne ou la porte de Brandebourg ne laissent-elles pas des souvenirs de qualité ? Précisément, il s’agit là de belles perspectives et de grands espaces publics ? Elles font partie de l’attractivité d’une grande ville à la fois pour les touristes et pour ses habitants.

6. Même si l’installation de la police fédérale sur le site concerné ne fait pas, en tant que telle, partie du vote sur le projet de PPAS Pacheco, nul n’ignore qu’il s’agit là de la principale perspective d’occupation des bureaux en construction sur le site.
L’installation du principal centre logistique de la police fédérale sur ce site, avec de nombreux véhicules d’intervention, va faire de ce quartier du centre une cible tentante tout en affaiblissant la capacité d’intervention de la police dans l’ensemble de la Ville-Région (la petite ceinture et les axes entourant l’ancienne Cité administrative sont en effet faciles à bloquer).
Selon nous – et très certainement selon de très nombreux citoyens –, un choix à ce point important pour la protection de la population et des institutions démocratiques, ne peut être traité comme un simple dossier immobilier mais doit faire l’objet d’un audit indépendant, réaliste et en profondeur, tant du point de vue du potentiel d’intervention dans la ville que du point de vue de la concentration de matériel, d’armes et de munitions, sinon d’explosifs, qu’une telle centralisation implique.

Monsieur le Ministre-Président, Mesdames et Messieurs les Ministres
et Secrétaires d’État,

nous vous demandons dès lors de manifester plus d’ambition et de profondeur de vue pour Bruxelles et d’avoir le courage de ne pas ratifier ce projet de PPAS Pacheco, qui présente de graves inconvénients.

Comme déjà signalé, nous restons disposés à vous rencontrer afin de développer des alternatives au bénéfice de la Ville, de sa population et de son attractivité générale.

Avec l’expression de notre considération,

Signataires réunis compte tenu de délais très courts :

Anne LEEMANS

Patrick BINARD

Mark DE MEYER

Robert LEACH D’AMBROSI

Luigi Andrea PRATOLONGO

Marie-Anne SWARTENBROEKX

Et Comité de quartier Notre-Dame-aux-Neiges de Bruxelles-Ville/
Wijkcomité Onze-Lieve-Vrouw-ter-Sneeuw van de Stad Brussel

Avec le soutien de :

L’ARAU

Inter-Environnement Bruxelles

Pétitions-Patrimoine

Notes

[1Le programme des Nations unies pour les établissements humains (PNUEH), également appelé
ONU-Habitat, est une agence spécialisée de l’ONU, créée en 1978. Son but est de promouvoir des villes de développement durable.


Prises de position

Dernier ajout : 15 décembre.