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S’affranchir de l’agro-industrie

Publié le jeudi 20 avril, par Angelica Pago, Watcharapol Daengsubha

Billet de Angelica Pago et Watcharapol Daengsubha - 18 avril, 2017 à 18:20

Si l’adage, « On est ce que l’on mange » est vrai, alors nous mangeons pour la plupart dans la main des industriels. Cependant, une récente décision du tribunal populaire contre Monsanto nous permet d’espérer du changement.

Si l’on s’interroge sur la provenance de nos aliments, une réponse toute simple peut-être apportée : ils viennent d’une ferme ou d’une usine. Pourtant, à y regarder de plus près, une autre réponse est aussi possible. Et elle est effrayante ! C’est que dix firmes — 6 géants de l’agro-industrie et 4 autres multinationales — contrôlent les systèmes alimentaires mondiaux. Dix ! Seulement…

Et peut-être bientôt moins, puisque plusieurs de ces géants de l’agro-industrie - dont les fameux Bayer et Monsanto - sont sur le point de fusionner leurs activités, ce qui leur permettra d’étendre encore leur mainmise sur notre système alimentaire.

Or, derrière ces affaires juteuses que réalisent les firmes agro-industrielles se cachent des sols privés de nutriments, des cours d’eau empoisonnés et des pratiques de production non durables, qui se répercutent sur nos organismes.

Tribunal de Monsanto

C’est pourquoi des fermiers, des scientifiques et des activistes des quatre coins du monde se sont rassemblés au sein du Tribunal de Monsanto à La Haye, aux Pays-Bas, afin de juger un des géants qui encouragent l’agriculture industrielle pour ses ravages. Ce tribunal, chargé de juger l’affaire, est un tribunal populaire.

En octobre 2016, des communautés du monde entier qui souffrent de l’approche agricole de Monsanto ont décidé de tenter d’obliger ce géant de l’agrochimie à assumer la responsabilité des horreurs qu’il est accusé de faire subir à l’humanité et à l’environnement. Le Tribunal a été chargé de répondre à six questions précises portant sur un environnement sain, le droit à l’alimentation, le droit à la santé, la liberté de la recherche scientifique, la complicité dans des crimes de guerre et l’écocide.

En avril, les communautés se sont retrouvées et une recommandation a été formulée, qui marque un premier pas vers la libération des fermiers de l’emprise de l’industrie.

Les cinq juges présidant cette affaire ont rendu un avis dans lequel ils ont déclaré que :

« [...] Les incidences des activités de Monsanto sur la biodiversité nuisent également à l’exercice des droits des peuples autochtones et des communautés locales. Ces incidences sont des plus graves, étant donné l’étroite dépendance des peuples autochtones et des communautés locales envers l’environnement. L’absence d’informations suffisantes quant aux risques que présentent les herbicides et les OGM et de mesures d’atténuation convenables, l’absence d’évaluations crédibles de leur impact environnemental et le manque de consultations significatives, tout cela témoigne encore davantage de l’influence négative de Monsanto sur l’exercice des droits de l’homme [...] »

Quant au modèle actuel, il est inadéquat, selon le tribunal : « Le modèle agro-industriel actuel pose d’importants problèmes, non seulement parce qu’il dépend de dangereux produits chimiques, mais aussi en raison de ses effets négatifs sur les changements climatiques, de son impact sur la perte de biodiversité et de son incapacité à assurer la souveraineté alimentaire des populations. »

Des juges de renommée internationale

Bien que ce Tribunal soit une initiative de la société civile dénuée de fondement juridique, les avis formulés sont ceux de véritables juges indépendants et de renommée internationale et utilisable partout et par tous afin de lutter pour un meilleur système alimentaire. Il s’agit d’un moment important : il est temps de dévoiler les lacunes et les défaillances systémiques en matière de responsabilité des entreprises.

Monsanto (en cours de fusion avec Bayer) vend des produits qui compromettent la transition nécessaire vers l’agriculture écologique et incite à utiliser des semences agrochimiques et génétiquement modifiées nocives qui renforcent le contrôle exercé par les grosses entreprises sur les fermiers et le système alimentaire. Les gouvernements pourraient toutefois protéger l’avenir de leurs populations et des écosystèmes en rejetant les demandes de fusion.

Le mouvement contre les pesticides grandit

En attendant, le mouvement populaire visant à protéger les gens et l’environnement contre les pesticides toxiques grandit.

Plus de 600 000 citoyens européens ont déjà apporté leur soutien à une initiative citoyenne européenne demandant l’interdiction du glyphosate, l’herbicide le plus utilisé au monde et le principal ingrédient du Roundup de Monsanto, classé par l’OMS dans la catégorie des substances potentiellement cancérogènes.

En Thaïlande, des organisations de la société civile ont réussi à convaincre leur gouvernement d’interdire 2 grands produits chimiques toxiques, à savoir le paraquat et le chlorpyrifos, respectivement un herbicide et un insecticide.

Aux États-Unis, plus de 300 groupes alimentaires et agricoles ont signé une lettre ouverte demandant au ministère de la Justice de s’opposer aux gigantesques fusions qui se produisent sur la scène agricole.

Et vous ? Signez l’initiative citoyenne européenne demandant l’interdiction du glyphosate

Angelica Pago est responsable média auprès de Greenpeace Asie du Sud-Est ; Watcharapol Daengsubha est responsable des campagnes relatives à l’alimentation et à l’agriculture écologique auprès de Greenpeace Asie du Sud-Est

Voir en ligne : Greenpeace Belgique

La revue du web

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Dernier ajout : 24 octobre.