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L’école sous pression

Quinze, on avait dit quinze !

Publié le mardi 7 mars, par IEB

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Les pédagogues d’il y a 100 ans l’écrivaient déjà, et beaucoup d’enseignants d’aujourd’hui vous le diront : pour des conditions optimales d’apprentissage (pour les élèves) et de travail (pour l’enseignant), la taille d’un groupe d’élèves ne doit pas dépasser la quinzaine.

Ces dernières années, plusieurs recherches ont confirmé que des classes de petite taille ont un impact positif, non seulement sur l’apprentissage au sein de ces classes mais aussi, ce qui est plus étonnant, sur la suite de la scolarité.

En France, il existe des zones d’éducation prioritaires (ZEP), dotées de moyens supplémentaires qui leur permettent d’avoir moins d’enfants dans les classes. En 2004, Thomas Piketty a montré dans une étude que ces classes plus petites avaient permis aux élèves des ZEP d’améliorer leurs résultats scolaires. Pour lui, cette mesure pourtant minime, permet déjà de réduire les inégalités scolaires. Pour l’étude STAR (Student/Teacher Achievement Ratio), les chercheurs ont suivi la scolarité de près de 8 000 enfants aux USA, répartis dans des classes de différentes tailles. Les résultats sont très clairs : les élèves scolarisés dans les petites classes obtiennent de meilleurs résultats en math, en lecture et en sciences. De plus, cet effet positif persiste longtemps après que les enfants ont réintégré des classes de la taille habituelle [1]. L’effet semble être le plus positif lorsque la taille des classes est réduite au niveau des 5-8 ans.

Même si Piketty a observé qu’une réduction très minime portait déjà des fruits, beaucoup affirment qu’il ne suffit pas, comme cela s’est déjà vu, de saupoudrer quelques subsides supplémentaires pour réduire la taille des classes de 2 ou 3 élèves. De nombreuses recherches indiquent que « pour être efficace, la réduction doit être importante et amener les classes nettement en dessous de 20 élèves » [2]. Un objectif pratiquement impossible à atteindre aujourd’hui, dans les classes francophones de Bruxelles : la norme en Communauté française est de 20 enfants par instituteur en début de primaire. Notons qu’un changement de norme ne suffirait pas ; une politique de réinvestissement serait nécessaire pour que suivent les locaux nécessaires et des enseignants en suffisance…

Autre constat, intéressant pour notre système scolaire champion des inégalités : l’effet est le plus bénéfique pour les élèves défavorisés. « Ainsi a-t-on pu observer, indique Nico Hirtt, lors des examens d’entrée au College [enseignement supérieur aux USA], que l’écart entre blancs et noirs se trouvait réduit de moitié chez les élèves de l’étude STAR qui avaient été scolarisés en petites classes… douze ans plus tôt ! » Une explication parmi d’autres : les petites classes facilitent la détection et la remédiation par l’enseignant, au sein de la classe, des difficultés des élèves. Elles favorisent aussi la motivation et l’attention des enfants (c’est d’ailleurs le cas pour les apprenants adultes aussi).

Alors, c’est quand qu’on essaie ?

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Notes

[1Hirtt, N., « La preuve par STAR », in skolo.org.

[2Meuret, D., « Les recherches sur la réduction de la taille des classes », 2001, in ladocumentationfrancaise.fr

Bem n°286 - Janvier-février 2017

Bem n°286 - Janvier-février 2017

Dernier ajout : 22 octobre.