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Éditorial

Qui veut des parkings en centre-ville ?

Publié le mardi 20 novembre, par IEB

Rempart des Moines, suite du grand feuilleton bruxellois. On pensait les projets de nouveaux parkings dans le Pentagone définitivement enterrés, et pourtant... Non seulement la Ville de Bruxelles souhaite profiter de la démolition-reconstruction de l’ensemble Rempart des Moines pour réduire d’un tiers le nombre de logements sociaux, mais il est aussi question d’un projet de parking pour le moins maximaliste… : 400 places minimum ! Pour combien de logements demanderez-vous ? C’est là que ça devient « intéressant »…

Le site actuel compte 314 logements sociaux. Le futur projet devrait comprendre 350 logements, dont 210 sociaux, gérés par le Logement Bruxellois et 140 logements moyens, qui seront eux gérés par la Ville de Bruxelles.

Plus de 400 places de parking pour 350 logements, on est loin de la règle d’un emplacement par logement prévue par le règlement régional d’urbanisme, d’autant que celui-ci prévoit des dispositions revues à la baisse dans le cas des logements sociaux.

De plus, la totalité des 400 places – minimum – serait elle aussi gérée par la Ville, qui pourrait même choisir de les donner en concession à une société privée. Interparking ? Un consortium concurrent ? Le suspense nous tient en haleine.

Comme ce n’est pas avec les revenus dont disposent les habitants des logements sociaux que l’on peut se payer une place dans un parking géré par le privé, il y a fort à parier que le public visé par ce projet de parking ne soit pas exactement celui qu’on y logera par-dessus.

Par ailleurs, les architectes sont vivement encouragés à proposer une séparation bien nette entre les bâtiments de logements sociaux et de logements moyens... Une vision particulière de la mixité sociale : statistiquement à l’échelle de l’îlot, c’est sûr, ça sera mixte, mais quid des « effets positifs du mélange » quand les gens sont physiquement/matériellement séparés /distingués ? Il est tout de même utile de rappeler qu’à l’époque où avait été évoqué le choix d’une démolition-reconstruction (plutôt que d’une rénovation en opération tiroir par exemple), certains militants suspectaient que l’une des raisons sous-tendant ce choix, était précisément de permettre la construction de ce parking (puisqu’en 2015 le projet de l’administration communale d’en construire un place du Nouveau marché aux Grains avait soulevé maintes protestations). Il n’avait pas été fait grand cas de leurs craintes à l’époque…

Par ailleurs, le PRDD prévoit plusieurs parkings de dissuasion sur le territoire régional. Ces projets, coûteux et gourmands en espace foncier qui pourrait servir à d’autres usages utiles à la ville (espaces verts, centres de logistiques…), ne pourront être efficaces que si une série de conditions sont remplies. L’une d’elle, et non des moindres, est de diminuer drastiquement le nombre d’emplacements au centre-ville… D’un côté, la Région tente de dissuader les travailleurs de venir en voiture vers le centre-ville, et de l’autre, on offre une voie plus libre aux consommateurs motorisés, assurés par la ville de Bruxelles de trouver de quoi se garer à destination.

Alors que la nouvelle majorité PS-Ecolo/Groen-Change.brussels (sp.a)-Défi se met doucement en place à la Ville de Bruxelles, nous sommes curieux de voir comment se justifiera la poursuite d’un projet aussi « ambitieux » du point de vue environnemental.

Car, si l’on souhaite réellement diminuer l’usage de la voiture en ville, les solutions sont connues : augmentation des transports en commun et de leur efficacité (notamment en favorisant les sites propres aux dépens des voitures), adaptation des horaires de travail (lorsque l’on est attendu à 5h30 du matin pour nettoyer des bureaux, on ne peut pas se passer de transports privés, généralement d’une voiture), suppression de l’avantage fiscal de la voiture de société (quand on sait que l’octroi d’une voiture de société est souvent couplé à une carte essence, le bénéficiaire serait bien bête de prendre le train pour venir travailler en ville) et finalement diminution de l’offre de stationnement.

Conclusion, construire un nouveau parking au centre-ville serait un très mauvais signal envoyé aux automobilistes, et serait contraire aux objectifs annoncés par la nouvelle majorité... Alors, qui veut des parkings en centre-ville ?

Inter-Environnement Bruxelles

Bem n°297 - Novembre-décembre 2018

Bem n°297 - Novembre-décembre 2018

Dernier ajout : 10 décembre.