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Prostitution, de quoi parle-t-on ?

Publié le mardi 29 mai 2018, par Chedia Leroij

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Sous le vocable « prostitution » se trouvent rassemblées une grande diversité de situations. Il faut se prémunir de généraliser un vécu particulier à l’ensemble de la prostitution et de ses différentes strates qui se caractérisent, entre autre, par des marges de manœuvre plus ou moins élargies ou restreintes pour négocier tarifs et pratiques.

Comment rapprocher en effet les tarifs d’un escort avoisinant les 150 euros pour une heure de prestations sexuelles incluant des pratiques SM dans un appartement qui lui appartient, de celle de 10 euros pour une fellation accomplie dans les toilettes de chantier du quartier Alhambra ? En outre, la prostitution peut être occasionnelle, ou à plus long terme ; plus ou moins bien vécue et/ou revendiquée comme travail du sexe. Elle peut être plus ou moins contrainte, par des tiers ou par des circonstances et notamment par l’absence d’alternative financière plus attractive.

Les évolutions dans les origines des populations étrangères qui exercent une activité prostitutionnelle en Belgique reflète en grande partie la domination économique au niveau international des pays de l’Ouest européen sur l’Est européen et des pays du Nord sur le Sud. Pour certaines personnes il est en effet plus attractif de vendre du sexe en Belgique que de travailler à la chaîne pour 4 €/h dans une entreprise de l’Ouest délocalisée, par exemple en Roumanie. Pour d’autres, par exemple nombre de Nigérianes, l’immigration vers l’Europe se présente comme une alternative aux ravages, conjointement écologiques et économiques, engendrés par les compagnies pétrolières ouest européennes.

Certaines situations relèvent clairement de la traite des êtres humains (TEH) quand la mise en prostitution est forcée par l’usage de la violence, la menace de la violence ou de la coercition. Les cas les plus évidents de TEH, sans avoir disparus, étaient beaucoup plus présents dans les années 1990. Depuis, les réseaux de traite et les trajectoires des prostitué·e·s se sont profondément transformés. Les réseaux sont désormais rarement de gros réseaux de prostitution. Un déplacement s’observe notamment pour les étrangers – qui forment la grande majorité des personnes exerçant dans les formes visibles de prostitution – vers des situations décrites comme « gagnant-gagnant ». Le terme vise à décrire des situations où les personnes immigrent en Belgique en sachant que leur activité en Belgique aura un caractère sexuel, et où elles conservent des portions plus ou moins importantes de leurs revenus issus de la prostitution. Néanmoins, connaître le caractère sexuel de l’activité qu’elles exerceront à l’Est ne les prémunit pas d’être trompées, notamment sur les conditions d’exercice de leur activité, ou sur la répartition des revenus avec leur souteneur.

Chedia Leroij
politologue

Bem n°294 - Mai-juin 2018

Bem n°294 - Mai-juin 2018

Dernier ajout : 15 novembre.