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Pour Rio, l’héritage olympique pourrait être bien maigre

Publié le mercredi 10 août, par Chantal Rayes

Contrairement à ce qu’affirment les responsables politiques, le précédent de la Coupe du monde de foot n’incite pas à l’optimisme quant au legs des Jeux pour la ville.

Une fois le rideau tombé sur les JO, qu’en restera-t-il pour Rio ? Son maire, Eduardo Paes, promet un renouveau de l’ancienne capitale du Brésil, entrée en lente décadence après avoir été détrônée par Brasília, en 1960. Comme pour le Mondial de foot en 2014, c’est cette promesse d’héritage qui avait permis de légitimer l’organisation de la compétition. Sauf que la « Copa » n’aura pas laissé grand-chose, au-delà des soupçons de corruption qui pèsent traditionnellement sur les travaux publics au Brésil.

Le stade olympique de Rio a rouvert pour les JO, après deux ans d’interdiction au public car son toit menaçait de s’écrouler. Photo Yasuyoshi Chiba. AFP

Professeur d’économie à l’université de Campinas, Marcelo Weishaupt Proni s’est penché sur son héritage. Il cite des aspects positifs, tels que la visibilité internationale et le gain d’image pour le pays, avec des retombées sur le tourisme. Il y aurait aussi « un legs important pour le football brésilien », représenté par les douze stades construits ou remis à neuf pour la compétition. Or, deux ans plus tard, ces coûteuses arènes sont largement sous-exploitées. Leur taux d’occupation moyen n’est que de 32%. Un seul stade, celui de São Paulo, affiche un taux de plus de 50%. Les Brésiliens sont fêlés de foot mais ils préfèrent regarder les matchs à la télé, pour échapper aux violences entre supporteurs. D’autre part, dans certaines villes hôtes du Mondial, tel Manaus, Cuiabá ou Natal, le niveau des équipes locales est trop faible pour remplir des stades de plusieurs dizaines de milliers de places. Et la promesse d’en faire des enceintes polyvalentes a fait long feu.
Cadavres de béton

« Le Brésil a voulu un Mondial mégalo, commente l’éditorialiste sportif Juca Kfouri. Au nom d’intérêts politiciens, nous avons exigé douze villes sièges, alors que la Fifa se contentait de huit. Il fallait donc s’attendre à des éléphants blancs (ces infrastructures abandonnées après les compétitions). » La Copa laisse aussi derrière elle des « cadavres de béton », ces chantiers de transports urbains restés inachevés. Selon la presse, la moitié des 44 ouvrages n’a pas été livrée et ne le sera sans doute jamais, dans la pure tradition politique brésilienne. « A Rio, en revanche, les travaux de transport promis ont été menés à terme », reprend l’économiste Proni, qui cite aussi la revitalisation de la zone portuaire, où trône le futuriste Musée de demain, de l’architecte espagnol Santiago Calatrava. Mais le 21 avril, l’un des fleurons de l’héritage olympique, une piste cyclable qui n’était pas destinée à la compétition, a cédé sous le coup des vagues, tuant deux personnes. Depuis, le doute plane sur la qualité des installations.

Professeure à la faculté d’éducation physique de l’université de São Paulo, Katia Rubio dénonce « un grand maquillage ». « Au Brésil, les travaux sont faits à la va-vite, dit-elle. La faute à notre culture de l’improvisation. Alors oui, on peut dire que tout est prêt pour les JO, mais dans cinq ans, que restera-t-il de ces équipements ? » Les précédents sont là, tel le stade olympique, l’Engenhão, qui rouvre pour les JO après deux ans d’interdiction au public. Le toit de cette arène, construite à grands frais pour les Jeux panaméricains de 2007, menaçait de s’écrouler.
« Incompétence »

Selon Katia Rubio, le spectre des éléphants blancs guette également les JO. « A Barcelone, la population avait été consultée au préalable sur l’usage post-olympique des installations, rappelle la chercheuse. Ici, rien de tel. » Quand au « legs environnemental », Rio n’est pas parvenu à tenir sa principale promesse en la matière : dépolluer à 80% la baie de Guanabara, où se tiendront les épreuves de voile. « On a fait des JO un argument pour reconstruire une ville détruite par l’incompétence de ses dirigeants, reprend Katia Rubio. Mais organiser une telle compétition à Rio, alors même que les services essentiels n’y sont pas assurés, c’est jeter l’argent par les fenêtres. »
Chantal Rayes correspondante à São Paulo

Voir en ligne : Libération.fr – Société

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Dernier ajout : 28 septembre.