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L’école sous pression

Petite enfance, comment ça se passe ?

Publié le mardi 7 mars, par IEB

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La pénurie de places et la hausse démographique provoquent plusieurs conséquences négatives au sein des crèches et des classes d’accueil.

Au niveau de l’accueil des 0-3 ans, il existe à Bruxelles une grande disparité du taux de couverture des quartiers en crèches. L’offre est déjà insuffisante au niveau de la Région avec une moyenne de 1 place pour 3 enfants. Mais au sein du croissant pauvre l’insuffisance de l’offre se creuse : il y a environ 1 place pour 7 enfants [1]. Les écoles maternelles, où l’accueil des plus petits se fait dès 2 ans et demi dans ce qu’on appelle les « classes d’accueil », sont également saturées [2].

Ce contexte de pénurie engendre un dysfonctionnement croisé entre crèche et école. D’une part, certains parents inscrivent leurs enfants à l’école dès 2,5 ans même s’ils ne sont pas prêts, car c’est une façon d’assurer une place pour la suite [3]. D’autre part, certains acteurs de l’enseignement remettent en question l’entrée en maternelle à 2,5 ans dans le but d’absorber le problème de capacité du maternel [4]. Les familles doivent alors financer plus longtemps le coût de la crèche alors que l’école est (en principe) gratuite.

L’étude du Fraje [5] dans une série d’écoles (en zones denses et en situation de saturation) est éclairante sur les situations dans lesquelles les enfants évoluent en classes d’accueil. L’état des locaux est parfois (très) insatisfaisant : manque de luminosité, humidité, inconfort acoustique… Certaines classes sont casées dans des locaux qui sont aussi des lieux de passage ou de rangement. Elles sont souvent trop petites par rapport aux normes du secteur, le besoin de mouvement des enfants est donc peu pris en compte.

En matière d’encadrement aussi, il semble que les plus petits sont ceux qui souffrent le plus des dysfonctionnements du système – alors même que les premières années de scolarisation sont décisives [6]. Au niveau des 2,5-3 ans, la classe accueille des enfants tout au long de l’année, donc sa taille fluctue. Les classes d’accueil peuvent contenir jusqu’à 36 enfants [7]. La distribution des puéricultrices dans les écoles de la Communauté française est mouvante et imprévisible. Alors qu’il faudrait une puéricultrice par classe d’accueil, le taux de couverture est de 33%. Le bienêtre et les apprentissages des enfants pâtissent du taux d’encadrement trop faible. La transition entre milieu familial et milieu scolaire n’est souvent pas assurée correctement, que ce soit au moment de l’entrée à l’école (pas de période d’acclimatation) ou au quotidien. La « continuité relationnelle » dont les petits ont besoin est rarement au rendez-vous.

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Notes

[1IBSA, « Essor démographique et milieux d’accueil pour la petite enfance » dans Le baromètre conjoncturel de la RBC, n°15, 2010.

[2Humblet, P., « Croissance démographique bruxelloise et inégalité d’accès à l’école maternelle », Brussels Studies, n°51, www.brusselsstudies.be.

[3Bouchat, C., Favresse, C., Masson, M., « La journée d’un enfant en classe d’accueil », Fraje, 2015.

[4Humblet, P., article cité.

[5Bouchat, C. etc., étude citée.

[6Changement pour l’égalité, étude « Apprendre en maternelle », 2013, in www.changement-egalite.be.

[7Bouchat, C. etc, étude citée (ainsi que pour les informations qui suivent).

Bem n°286 - Janvier-février 2017

Bem n°286 - Janvier-février 2017

Dernier ajout : 27 juin.