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Peanuts ! Une politique cyclable ambitieuse ne peut se réaliser avec des cacahuètes

Publié le mercredi 13 mai 2009, par I E B
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À l’occasion de la conférence Velocity2009, la Région de Bruxelles-Capitale organise une promenade cycliste nocturne pour les congressistes et le grand public, à laquelle le collectif Placeovélo a accepté de participer en masse.

Peanuts ! Une politique cyclable ambitieuse ne peut se réaliser avec des cacahuètes · À l’occasion de la conférence Velocity2009, la Région de Bruxelles-Capitale organise une promenade cycliste nocturne pour les congressistes et le grand public, à laquelle le collectif Placeovélo a accepté de participer en masse.

Cependant sa participation ne signifie pas un satisfecit attribué à cette politique cyclable régionale qui se voudrait exemplaire : le Ministre de la Mobilité pratique certes une communication spectaculaire autour de sa politique vélo mais le financement de celle-ci est insuffisant. Les aménagements cyclistes restent le parent pauvre de la mobilité bruxelloise, alors que son ministre prétend vouloir porter à 15% la part modale de la petite reine en RBC d’ici 2020.

Une politique cyclable ambitieuse ne peut se réaliser avec des cacahuètes - 12 mai 2009

« Une politique cyclable ambitieuse ne se réalisera pas avec des cacahuètes ! » viennent préciser les cyclistes quotidiens du collectif Placeovélo, soutenus par Inter-Environnement Bruxelles. Afin de mettre en scène leurs revendications, les militants cyclistes sont venus créer une piste cyclable faite d’arachides et distribuent des cacahuètes aux cyclistes et conférenciers qui passent par là.

Le 17 avril 2007, le Ministre de la Mobilité déclarait : « Il y a deux ans, je présentais mon plan vélo (...). Deux années plus tard, l’usage quotidien du vélo est passé de 1 à 4%. Nous devons pouvoir doubler ce chiffre d’ici 2009. » Disant cela, il traduisait une vision enthousiasmante : la pratique du vélo est en évolution rapide dans notre Région, et constitue une alternative incontestable au mal automobile qui asphyxie Bruxelles. Les annonces de ses actions d’accompagnement politique ne manquent pas, à lire son site Web[1]. Si plusieurs réalisations effectives ont bénéficié de son soutien (sas vélos, bandes bus partagées, stationnements pour vélo...), il reste de sérieuses impulsions à fournir pour convertir l’espace public de la ville et permettre aux cyclistes de se multiplier dans un cadre optimal de sécurité et de confort.

A titre d’exemples, Placeovélo pointe que seuls 4 Itinéraires Cyclistes Régionaux sont finalisés sur les 19 qui étaient annoncés pour 2009[2]. On attend toujours 3 des 4 Points-Vélos promis pour les grandes gares de la capitale. Pour l’imminent lancement de « Villo »[3], le Gouvernement communique beaucoup mais a décidé de ne pas investir un franc, et a raté l’occasion de faire appel à l’expertise des associations cyclistes. Au risque de répéter la regrettable expérience « Cyclocity » dont le lancement s’alignait également sur une échéance électorale ? Enfin, le Cabinet de la Mobilité n’a pu résoudre les blocages communaux élevés contre le réaménagement des boulevards du centre et de l’avenue de la Couronne au profit des cyclistes.

L’objectif de 15% atteint dans quelques villes européennes est réalisable si la bicyclette jouit d’un soutien politique courageux et de moyens renforcés. La mobilité bruxelloise représente un budget total de 800 millions d’euros. La part affectée à la politique cyclable n’est que de 10 millions, pas de quoi renverser la vapeur pour imaginer que la petite reine puisse un jour prendre le dessus sur l’automobiliste roi. De l’aveu même des fonctionnaires chargés des aménagements, la réalisation du plan vélo 2005-2009 requérait 30 millions d’euros annuels, et c’est la raison première de sa non-réalisation dans les délais annoncés par le
Cabinet.

Les militants exigent un financement à même de re-cycler Bruxelles : 30 millions d’euros dès le début de la prochaine législature, renforcés de façon progressive en cours de législature pour atteindre 80 millions au terme de celle-ci en 2015. Cette progression des investissements répondrait aux besoins actuels et futurs des usagers cyclistes dans la Région de Bruxelles-Capitale, accompagnant la forte augmentation de la part des déplacements à vélo.

Les cyclistes ont toutes les raisons de croire que la Région ne prévoit pas une telle évolution. Pour preuve, la faiblesse d’engagements du plan IRIS II ne garantit pas le financement des aménagements qui permettraient une avancée de la pratique cycliste[4].

Associations et collectifs cyclistes s’offusquent de ce sous-financement et des retards pris dans les aménagements qui provoquent découragement et insécurité pour les usagers. Le faible budget alloué aux associations des deux-roues maintient leurs actions dans un cadre très limité. Soutenues pour des projets d’animation ponctuels, plus souvent que par des financements régionaux structurels, elles sont en position de faiblesse pour répandre largement l’usage pourtant vertueux du vélo en ville. Notamment, elles se voient financées, presque instrumentalisées, par un Cabinet qui pratique une politique d’intentions et de communication, en contradiction avec les besoins réels d’infrastructure et d’incitants à l’usage quotidien du vélo.

Le collectif Placeovélo va plus loin que les associations d’usagers, dépendantes du financement régional : « Nous ne voulons pas d’une politique cycliste basée sur la communication, mais une politique d’écoute et d’analyse des besoins qui aboutisse à des réalisations utiles aux cyclistes présents et à venir. Ils ont besoin d’une nouvelle mobilité urbaine qui donne réellement la priorité aux usagers doux. Le bilan mobilité du Gouvernement actuel n’est pas entièrement insatisfaisant, mais nous voulons lui faire savoir, ainsi qu’au prochain Gouvernement , qu’en 2009 il s’agit de permettre aux cyclistes de se sentir chez eux en ville, et non plus en marge d’un trafic automobile qui garde le dessus presque partout dans la Région. »

Les militants participant à cette action demandent :

  • Des moyens à la mesure des besoins cyclistes actuels et à venir : 30 millions d’euros dans l’enveloppe de la Mobilité aujourd’hui, augmentés progressivement en cours de législature pour atteindre 80 millions en 2015 vers la fin de la prochaine législature ;
  • Une volonté politique appuyée pour surmonter les obstacles qui empêchent la transformation de l’espace public bruxellois. Cela veut dire une coalition régionale qui inscrive à ses priorités cette conversion de la voirie en faveur de la mobilité douce et propre ;
  • Une politique courageuse qui imprime à la ville une réduction drastique de l’emprise automobile. Une consolidation de cette compétence régionale afin d’infléchir les résistances du niveau communal, pour ne plus bloquer l’aménagement d’axes qui n’ont pas vu se réaliser un aménagement cycliste correct garantissant leur sécurité. Trop de protectionnisme né d’intérêts locaux empêche la conversion de l’espace public en faveur des usagers les plus responsables.
  • Les citoyens cyclistes rappellent au Ministre ses responsabilités comme garant du partage équitable de l’espace public. Ils sont prêts à adhérer aux choix régionaux pour autant que ceux-ci conduisent résolument à un partage des voiries en faveur des cyclistes, piétons et transports en commun. Mais ils ne veulent plus cautionner une politique de paroles dont les anecdotiques réalisations ne correspondent pas au besoin des Bruxellois de se déplacer facilement et proprement, en sécurité dans un espace où l’usage de la voiture est réellement limité.
  • Bruxelles se doit d’effacer dès aujourd’hui les erreurs du siècle passé et rendre sa place au vélo, qui reste à ce jour le seul véhicule véritablement propre qu’on puisse promouvoir à l’échelle de la ville. Les cyclistes bruxellois exigent du prochain Gouvernement des actes et les moyens nécessaires à la reconversion de la Mobilité en Région de Bruxelles-Capitale. Le temps n’est plus à une politique de paroles, d’intentions et de communication. Le vélo à Bruxelles mérite une politique d’écoute des usagers, d’analyse de leurs besoins, et les réalisations concrètes qui y répondent.

Contacts :
- Placeovélo, Dimitri Dhuyvetter, 0486/445 747 (nederlands)
- Placeovélo, Liévin Chemin, 0485/102 772 (français)
- IEB, Claire Scohier, 02/893 09 14 ou 0473/667505 (français)



[1] Actualités « Mobilité » du Cabinet Smet sur www.pascalsmet.be/ ?page=news/results&cat=11&nav=1&sub=n11
[2] www.pascalsmet.be/mnt/mods/policy/docs/12_doc.pdf
[3] Pour la mise en place de ce dispositif de Vélo Libre Service, le Gouvernement régional ne se montre pas soucieux de dégager des moyens sérieux pour populariser le vélo lorsqu’on le voit confier la totalité de la mise en place à un opérateur publicitaire pour ne pas devoir bourse délier. Au sujet de « Villo » , lire la position de Placeovélo, IEB et Respire asbl : www.ieb.be/article/1468/
[4] Le Plan IRIS II censé tracer les grandes lignes de l’avenir mobile bruxellois pour les dix prochaines années n’a rien de rassurant.
S’apparentant plus à un catalogue d’intentions qu’à un véritable outil de planification, aucune priorité n’est fixée. Le Ministre se dédouane de ce qui adviendra de ce plan sous la prochaine législature. Coincé dans un carcan budgétaire insuffisant pour la réalisation des différentes mesures envisagées : la réalisation du Plan Iris suppose un budget annuel de 120 millions alors que les sources de financement prévisibles plafonnent à 70 millions. Que préférera le futur ministre, entre les tunnels routiers ou les pistes cyclables ? On peut anticiper sa réponse dès lors que les tunnels sont budgétés, ce qui n’est pas le cas des objectifs cyclistes.
www.iris2.irisnet.be.


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