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DOSSIER : PIÉTONNIER POUR QUI ?

Participation, Vous avez dit participation ?

Publié le mardi 21 avril 2015, par IEB, Jean-François Dumoulin

Témoignage d’un habitant qui a assisté à cinq réunions dites de « participation » et qui, petit à petit, en comprenait de moins en moins le sens.

Réunion du 21 avril 2014 à la Maison de la participation

Une réunion est organisée afin de communiquer les questions que l’on voudrait poser à la prochaine réunion du 29 avril en présence du Bourgmestre et de différents Échevins qui exposeront le projet de piétonnier. Il y est déjà dit par les organisateurs de cette réunion : « les habitants pourront s’exprimer mais les grandes lignes sont déjà tracées. »

Aucun rapport n’est disponible.

Réunion du 29 avril 2014 à la Tentation

Le Bourgmestre expose les grandes lignes de son projet de piétonnier. Ses arguments : attirer une autre activité économique, supprimer une autoroute urbaine et le trafic de transit (40%), attirer sur cet axe des enseignes commerciales qui ne sont pas encore installées à Bruxelles, augmenter les parkings publics, modifier les circulations en créant une boucle, attirer les touristes,…

Mes questions : si le trafic de transit est de 40% sur le boulevard et si l’on coupe celui-ci, où iront les 60% ? Pour éliminer le transit, il suffit d’installer des caméras comme à Londres. Pourquoi ne pas envisager un projet global sur l’ensemble du Pentagone plutôt que de se limiter au petit ring déjà proposé dans les années 50, et créer un hyper-centre ? Ne faudrait-il pas être plus ambitieux ? Réponse du Bourgmestre : « L’ensemble du Collège a voté ce projet qui se fera. Vous avez une autre opinion et on n’en discute pas. » Il part. De nombreux participants sont choqués et expriment leur incrédulité.

Aucun rapport n’est disponible.

Réunion du 29 septembre 2014 à la Bourse

L’échevine Ans Persoons annonce un projet « clef de voûte de toute la majorité », la volonté « d’en faire un projet de tous les Bruxellois » et qu’« il n’est plus remis en cause de faire un piétonnier, idem pour le plan de mobilité ». Monsieur Mayeur prend la parole : « le 19 septembre 2014, le masterplan a été accepté par l’ensemble du Collège. (...) La culture doit pouvoir s’exprimer. (...) On doit ramener des gens et créer plus de convivialité avec les habitants. »

L’architecte Livia de Béthune présente le projet d’aménagement des boulevards. Les questions sont du même ordre que lors de la réunion précédente, mais avec des demandes de précisions sur un plan de mobilité qui commence à inquiéter le public : les demandes sont plus globales. Sont reprochés une présentation qui ne parle que de cosmétique et le refus de parler des répercussions générées chez les habitants. Est-il possible d’avoir des informations sur les parkings supplémentaires ? Sur le renvoi du trafic dans les quartiers d’habitants ? Sur les plans de la STIB ? Le Bourgmestre admet les difficultés rencontrées avec la STIB qui tarde à présenter un nouveau plan de réseaux mais il annonce que, s’il le faut, il fera appel à d’autres prestataires de service et que toutefois « cela ne changera rien au plan de mobilité ».

Les réelles réunions de participation sont annoncées les 23 octobre et 6 novembre. Le 29 septembre, il s’agissait d’une réunion générale « coup d’envoi ».

Réunion du 23 octobre 2014 dans la Tour Phillips

Seules sont réunies des personnes tirées au sort. Je suis placé dans le groupe de travail « mobilier urbain ».

En début de réunion, après une présentation générale et de la méthode de travail par un groupe de communication de Rotterdam, de nombreux participants demandent, avant de rejoindre leur groupe, des informations sur les plans généraux (circulation, STIB, parkings, fonctionnement global) car il est difficile de donner des orientations sans avoir une vue d’ensemble. Après une demi-heure d’échanges de type « langue de bois », les organisateurs répondent que l’on pourra en discuter dans les différents groupes. Il s’est avéré que les responsables de ces différents groupes n’avaient aucune information à fournir.

Dans mon groupe, il fut question d’inquiétudes sur la mobilité, de l’avenir des SDF, des conséquences festives à Saint-Géry, du besoin de pistes cyclables, de fontaines, du besoin de diversification des commerces, du besoin de sécurité (comment la garantir la nuit sur un piétonnier ?), du problème de la propreté, du manque de toilettes, de bancs, de poubelles, du besoin d’éclairage de qualité… Je fais remarquer que ces besoins ne sont pas particuliers à un piétonnier mais que ce sont des infrastructures à mettre en place dans toute la ville par les autorités.

Sont aussi suggérés des bancs de conversations, des cuisines ouvertes, des mobiliers mobiles et évolutifs que tout le monde pourrait faire bouger, des galeries techniques enterrées avec poubelles sur tapis roulants, des commissariats tous les six cents mètres…

Réunion du 6 novembre dans le bâtiment administratif de la Ville

À nouveau, seules sont invitées les personnes tirées au sort. En début de réunion, de nombreux participants demandent, avant de rejoindre leur groupe, des informations sur les plans généraux (circulation, STIB, parkings, fonctionnement global) car aucune information n’a été fournie comme ce fut promis à la réunion du 23 octobre. Après une demi-heure d’échanges du type « langue de bois », les organisateurs annoncent que l’on doit avancer dans les différents groupes car, cette fois-ci, l’architecte est présente.

On nous demande cinq idées phares pour chaque groupe. Voici les conclusions du groupe « mobilier urbain » :

  • toilettes sur le boulevard accessibles gratuitement 24h/24 ;
  • un mobilier urbain de qualité, beau et solide, d’entretien facile, décliné sur un thème en tenant compte du contexte et parfois ludique pour les enfants ;
  • des parkings vélos en suffisance ;
  • déterminer harmonieusement l’emplacement de l’ensemble des mobiliers urbains et des espaces terrasses pour ne pas trop encombrer ni l’espace ni le visuel ;
  • un auvent sur la place De Brouckère qui s’intègre harmonieusement et qui permette des activités couvertes.

Il parait évident que tous ces équipements les plus élémentaires pour une urbanité réussie devraient se trouver dans tout Bruxelles, ce qui est demandé une fois de plus par les habitants. Je trouve curieux que les autorités de la Ville de Bruxelles dépensent autant de budget pour cette participation au lieu de mettre en œuvre dans l’ensemble de la ville ces nécessités connues de tout le monde.

La conclusion pourrait être celle-ci : « La participation, c’est faire admettre et imposer les décisions prises par la Ville. »

Jean-François Dumoulin
membre du comité de défense des habitants du centre
5 mars 2015

Bem 275 – Mars-avril 2015

Bem 275 – Mars-avril 2015

Dernier ajout : 30 septembre.