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Modal Shift souhaite que le dossier Ring se double d’une solution équilibrée

Publié le mercredi 5 novembre 2008, par IEB

Ce jeudi 6 novembre 2008, l’enquête publique sur le dossier d’élargissement du Ring au nord de Bruxelles arrive à son terme. La plate-forme associative Modal Shift[1], née début juillet en réaction à ce dossier, rentre aujourd’hui sa réclamation [Lire l’article] auprès du service MER Vlaanderen. Celui-ci disposera, à compter du 6 novembre, de 20 jours pour traiter toutes les réclamations, prendre une décision définitive et adresser ses directives aux auteurs du plan MER. Modal Shift souhaite une étude plus approfondie et la prise en considération d’alternatives inexistantes dans l’état actuel du dossier.

Un projet inutile de 1 milliard d’euros

Les coûts externes liés à la congestion quotidienne sur le R0 ont pris des proportions alarmantes ces dernières années[2] et le développement économique des zones au nord de Bruxelles stagnent en raison d’une accessibilité devenue défaillante, hypothéquant les projets amenés à s’y déployer. Les projections annoncent que le trafic sur le Ring est amené à croître de 10% d’ici 2016. Or, pendant longtemps, les citoyens ont dû se contenter d’effets d’annonce quant aux solutions à apporter à cette mobilité en crise. Mais le 7 juillet 2008, le gouvernement flamand a enfin sorti de ses cartons un projet destiné à trouver une issue. Du moins le croyait-on, car la lecture du projet conduit au désenchantement le plus complet. En effet, le document soumis à consultation repose sur des postulats dépassés, ignorant complètement les effets d’appel liés à la création de nouvelles infrastructures routières et allant à contre-courant d’une conception durable de la mobilité. Il relève pourtant de l’évidence que les nouvelles infrastructures routières entraînent toujours plus loin nos sociétés sur le chemin de la dépendance au pétrole et de la perte de maîtrise sur nos émissions de gaz à effet de serre. Dépenser un milliard d’euros (coût estimé du projet) dans une telle entreprise revient à subsidier des nuisances quotidiennes en termes de santé publique et de biodiversité et à financer de grands travaux qui se révèleront inutiles d’ici 5 à 10 ans.

Nos objections — une communication fallacieuse et déformante

Une des objections principales de Modal Shift est le manque total d’étude d’alternative dans la notification. Sans compter l’incohérence des objectifs proposés. D’un côté, la note annonce l’utilisation d’un concept global de 3+2 bandes dans chaque sens (soit 10 à 12 sections au total) pour améliorer l’écoulement du trafic sur le R0 et atteindre un niveau de fluidité C et D alors qu’il se trouve actuellement au niveau F. Or les simulations réalisées pour l’étude montrent qu’atteindre ce niveau de fluidité nécessite en de nombreux endroit un élargissement à 17 sections. De tels résultats auraient dû inciter le demandeur à rechercher des alternatives. La recherche d’alternatives est d’ailleurs une obligation légale au niveau européen. Il n’est pas très judicieux de la part des autorités flamandes d’agir de la sorte ni d’ailleurs de ne mettre à consultation ce dossier qu’en version néerlandaise alors qu’il a des conséquences importantes pour des communes à facilité et la Région bruxelloise. C’est sous la pression des associations et des autorités bruxelloises que l’étude a finalement été traduite en français.

Modal Shift désapprouve également le manque d’analyse approfondie concernant l’influence directe et indirecte du projet sur l’émission de particules fines et les émissions de CO2. Les particules fines causent chaque année 6.700 décès dans notre pays et coûtent des milliards d’euros en frais médicaux. Nous outrepassons déjà pour cette année le nombre de dépassements autorisés des seuils d’émission en Région bruxelloise. Quant aux gaz à effet de serre, on conçoit difficilement comment la Belgique peut atteindre les objectifs du protocole de Kyoto en concevant de telles infrastructures routières. C’est cette politique qui est responsable de la crise écologique dans laquelle nous sommes enlisés.

Pour une mobilité réconciliant les objectifs écologiques et économiques

Les mouvements environnementaux sont conscients de l’importance de la recherche de synergies entre économie et environnement et du développement d’une mobilité réconciliant ces deux enjeux de société. Il est vrai que l’élargissement du Ring peut donner un signal aux investisseurs potentiels en améliorant à court terme l’accessibilité de la zone, celle-ci étant, en effet, un facteur déterminant dans les choix d’implantation des sociétés. Mais cette accessibilité ne s’améliorera qu’à court terme en raison de l’effet d’appel créé par l’élargissement de l’infrastructure. C’est se fourvoyer de croire que le développement économique ne peut se nourrir que d’une croissance de la mobilité, surtout si cette dernière repose essentiellement sur la circulation automobile et donc majoritairement sur l’énergie fossile. Or les derniers soubresauts européens visant à postposer l’obligation de ramener les émissions moyennes de CO2 à 120 gr/km de 2012 à 2015 ne laissent rien présager de bon quant à l’amélioration de la performance énergétique des véhicules à moyen terme.

Il est évident que la réconciliation entre mobilité, environnement et développement économique passe par la recherche d’alternatives à la voiture. Elargir le Ring constitue une fuite en avant et une « fausse bonne solution » tant sur le plan économique et qu’écologique. C’est à ce stade de l’étude que les autorités flamandes doivent se pencher sur les alternatives permettant de combiner amélioration de la mobilité, fonctionnement économique pérenne et préservation de l’environnement.

Les alternatives

Il n’y a pas une solution aux problèmes de mobilité autour du R0 mais une combinaison de mesures parmi lesquelles certaines sont déjà à l’œuvre comme le projet de RER et de Diabolo qui forment des débuts de solution. Dans une conception à long terme, le R0 doit être réservé au trafic de transit de sorte que les circulations locales soient réorientées majoritairement vers les modes alternatifs. Le trafic de transit peut lui-même être maîtrisé grâce au développement du ferroviaire mais aussi de la voie d’eau pour le transport de marchandises..Des liaisons transfrontalières de transports en commun doivent être pensées entre la Région bruxelloise et la Région flamandes ainsi que des liaisons en rocade entre les différentes communes périphériques. Pour des distances inférieures à 10 kilomètres, il est tout à fait pertinent de développer la circulation cycliste. La circulation sur le Ring diminuerait également drastiquement si le co-voiturage était encouragé par l’existence de bandes HOV (High Occupancy Vehicules). Une rationalisation de la circulation pourrait également être obtenue grâce à des panneaux d’information dynamique et l’indication des vitesses adéquates à adopter. Enfin, une diminution importante de la pression automobile (plus de 20%) peut être obtenue par l’introduction d’une taxe kilométrique intelligente. On assisterait à une refonte du paysage de mobilité autour du R0 grâce à une mosaïque de mesures initiatrices d’un cercle vertueux.

Contacts

  • info@modalshift.be
  • NL : Maarten Roels, 02/217 56 33.
  • FR : Claire Scohier, 02/548 39 46, 0473/66 75 05.

Plus d’informations sur www.modalshift.be.



[1] La plate-forme Modal Shift se compose de : Bond Beter Leefmilieu, Bral vzw, Friends of the Earth Belgique, Fietsersbond, GRACQ, Greenpeace, Inter-Environnement Bruxelles, Inter-Environnement Wallonie, Mobiel21, Natuurpunt.
[2] Selon le directeur général des voies et circulation de la Région flamande, la congestion coûte 46 euros par véhicule par jour.


Prises de position

Dernier ajout : 11 décembre.