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Mobilité : les parents font trois fois le tour de la Terre

Publié le mardi 3 mai, par Stéphanie Grofils

Stress, sentiment d’insécurité, impacts financiers et familiaux… Les parents galèrent au quotidien pour s’acquitter de tous les trajets nécessaires aux activités extra-scolaires de leurs enfants. La Ligue des familles dévoile les habitudes de déplacement de 650 parents qui ont répondu à son enquête en mars 2016.

Stress, sentiment d’insécurité, impacts financiers et familiaux… Les parents galèrent au quotidien pour s’acquitter de tous les trajets nécessaires aux activités extra-scolaires de leurs enfants. La Ligue des familles dévoile les habitudes de déplacement de 650 parents lors de son Université de printemps, ce 14 avril.

Mobilité : les parents font 3 fois le tour de la Terre
Emmener les enfants à l’école, à leurs activités, chez les copains, en vacances… À l’occasion de son Université de printemps, ce 14 avril à Bruxelles, la Ligue des familles dévoile les habitudes de 650 « parents mobiles » qui ont répondu à son enquête en mars 2016.
Pour ses déplacements extra-professionnels, un parent fait trois fois le tour de la Terre avant les 18 ans de ses enfants, selon la Ligue des familles. C’est une distance moyenne de 120 000 km. Les familles recomposées vont, elles, jusqu’à la Lune, 370 000 km.

Des parents-taxis
Les parents galèrent au quotidien pour s’acquitter tous les trajets nécessaires aux activités extra-scolaires et aux loisirs de leurs enfants, selon l’enquête de la Ligue des familles, développée en long et en large dans le Ligueur.
« Le phénomène des parents-taxis est une réalité. La mobilité des parents ne doit pas être une question mineure, car l’accumulation de petites difficultés peut rendre le quotidien des parents compliqué, explique Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles. Améliorer les conditions de mobilité, c’est aussi travailler à une meilleure qualité de vie. »
Pour 1 parent sur 4, la mobilité quotidienne est une source importante de stress. Les impacts sur la vie familiale sont lourds : moins d’activités, tensions dans le couple, difficultés financières. Et 3 parents sur 10 se plaignent de coûts liés aux transports, trop élevés.
Les trajets sont encore plus laborieux pour le parent solo et les familles recomposées. Les familles recomposées sont deux fois plus nombreuses à faire des longs trajets (+ de 41 km/jour), ce qui accroît leur stress. Et 34 % d’entre elles déclarent passer trop de temps dans les déplacements familiaux.

La situation doit bouger
Les parents mobiles ont beaucoup d’attentes en ce qui concerne la mobilité. S’ils privilégient la voiture, ils souhaiteraient néanmoins adoucir leur mobilité. Ils réclament un meilleur accès à vélo, une circulation plus facile et plus sûre, essentiellement pour les piétons.
Ils dénoncent aussi l’insuffisance et le manque de fiabilité des transports en commun. C’est la 1re préoccupation des parents, surtout des familles monoparentales. Les familles veulent des transports publics plus fiables, plus fréquents (+ de passages, plus tard en soirée et le w-e), plus ponctuels et moins coûteux.
Les parents regrettent également le temps passé à l’arrêt, que ce soit en voiture dans les bouchons ou dans les transports en commun.

Les experts mobiles
Lors de cette Université de printemps, des experts en sciences humaines, mobilité et aménagement du territoire ont débattu sur les enjeux actuels en matière de mobilité et les pistes d’amélioration possible.

► Jean-Marie Halleux, chargé de cours, département géographie économique de l’ULg :
« L’aménagement du territoire permet d’améliorer les performances des transports collectifs en Wallonie. On peut agir sur l’offre en développant les réseaux mais les performances économiques et écologiques sont faibles. En dehors des agglomérations, il n’y a pas toujours une clientèle suffisante et faire rouler les bus engendre peu de recettes. Une solution est de renforcer la demande : en localisant un maximum les populations et les activités le long des axes desservis par les transports publics. »

► Pierre Lannoy, chargé de cours, Centre de recherche Metices de l’ULB :
« Les familles sont des usines à mobilité quotidienne et s’organisent pour mettre en œuvre tous ces transports. Les parents peuvent enchaîner ou regrouper leurs différentes tâches de transport : l’école est sur le chemin du travail, faire les courses pendant les activités des enfants… Mais seulement 15% des déplacements enchaînent plusieurs activités. Cela reste marginal. Les parents-taxis peuvent aussi confier déléguer la tâche de transport aux grands-parents, aux voisins ou à d’autres opérateurs de transport. Mais ce qui les empêcherait de confier cette tâche aux sociétés de transports publiques, c’est le manque d’offre pleinement sûre et adaptée. Pour pouvoir se soulager, les parents réclament une sorte d’automobilisme public collectif. »

► Michèle Pans, Conseil central de l’économie (CCE) :
« Ce qu’il faut, c’est un plan interfédéral de mobilité intégré et coordonné, réclamé par les interlocuteurs sociaux. (…) Mais aussi une politique ferroviaire ambitieuse pour répondre aux besoins des familles. Le manque d’ambition, comme actuellement, a des conséquences négatives sur les plans social, économique et environnemental. (…) Si on investit trop peu, cela revient à devoir dépenser plus demain. Les économies risquent d’aggraver la qualité et l’attractivité du rail. (…) Il est important qu’il y ait une concertation et une coordination entre les différentes sociétés de transports pour une meilleure articulation et intermodalité car une mauvaise qualité des correspondances décourage la combinaison de différents moyens de transports. »

Ces résultats, ces débats, riches et constructifs, et les pistes de solutions avancées ce jeudi permettront à la Ligue des familles de formuler des revendications et ses propositions en matière de mobilité pour les parents... et les enfants.

Stéphanie Grofils

EN SAVOIR +
RÉSULTATS EN CHIFFRES
► La voiture est reine au quotidien : 6 parents sur 10 l’utilisent tous les jours. 56 % pour emmener leur(s) enfant(s) à l’école, 66 % pour les déplacements extrascolaires.
► La voiture est en tête aussi pour le départ en grandes vacances : 80 % des parents qui partent le font en voiture, 13 % prennent l’avion et 5 % prennent le train ou le car.
► La majorité des parents parcourt de longues distances après le travail : 60 % des Wallons, 50 % des Bruxellois entre 5 et 20 km/jour.
► 1 parent sur 2 se sent « parent-taxi ».
► Parallèlement, le vélo est de plus en plus utilisé : 80 % des foyers en sont équipés. Le vélo suit les transports en commun pour les trajets scolaires et extrascolaires (7 % contre 11 %).
► Sur le chemin de l’école : 35 % laissent leur enfant seul à partir de 10 ans et 52 % à partir de 13 ans.

Voir en ligne : La Ligue des familles

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Dernier ajout : 4 décembre.