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Militants chez Greenpeace, des tracts aux actions coup de poing illégales

Publié le mercredi 17 janvier, par Afp

Distribuer des tracts pour Greenpeace ne lui suffisait plus, alors Maxime a décidé de passer « à la vitesse supérieure » : devenir « activiste », quitte à violer la loi en pénétrant sur le site d’une centrale nucléaire.

Il y a douze ans, ce cadre de 35 ans qui souhaite rester anonyme s’engage avec l’ONG de défense de l’environnement. Il donne de l’argent, distribue des tracts contre les OGM ou le nucléaire.

Mais « au bout de deux ans, je me suis dit, au rythme où va la dégradation de la planète, on ne va pas assez vite », raconte le trentenaire, qui veut alors s’investir dans des « actions de confrontation non violente avec les acteurs-pollueurs ».

Jusqu’à ce matin d’octobre 2017 où il pénètre avec sept autres activistes sur le site de la centrale nucléaire de Cattenom (Moselle) pour alerter sur ce que l’ONG dénonce comme un défaut dans la sécurité des centrales.

Deux jours plus tôt, un rapport d’experts mandatés par Greenpeace pointait du doigt les piscines de stockage du combustible usé selon eux particulièrement vulnérables aux attaques extérieures. Accusations rejetées par EDF et les autorités.

Pour cette intrusion sur le site — mais pas dans la zone nucléaire, ont assuré EDF et la préfecture—, Maxime et ses acolytes, qui comparaîtront le 27 février à Thionville (Moselle), risquent cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende.

- Pas ’tête brûlée’-

« Dans l’intérêt général, il fallait le faire », se justifie Maxime, qui se qualifie de « lanceur d’alerte », tout comme Arielle, 30 ans, qui a suivi un parcours similaire au sein de l’ONG.

Adhésion, dons, porte-à-porte pendant un « petit boulot » d’été au Canada... « J’avais envie de donner plus », explique la jeune femme dont le prénom a été changé à sa demande. « Je me suis dit, je sais grimper, est-ce que cette compétence-là peut être utilisée ? ».

C’est chose faite en mai dernier : elle participe au déploiement entre deux piliers de la tour Eiffel d’une banderole contre l’extrême droite, à deux jours du second tour de la présidentielle.

La cible n’est pas habituelle pour l’ONG. « Mais je trouve ça bien parfois de pouvoir sortir de son cadre quand il y a des dangers comme le Front national », poursuit Arielle, qui sera jugée avec d’autres militants ce vendredi à Paris pour cette intrusion.

Qu’est-ce qui a poussé Maxime et Arielle à violer la loi, à risquer la prison ou à voir une condamnation inscrite sur leur casier judiciaire ? L’adrénaline ? Absolument pas, assurent les deux trentenaires qui rejettent l’étiquette de « tête brûlée ».

« Quand on le fait, c’est qu’on a mesuré les risques », insiste Maxime. « Le côté adrénaline qui peut attirer quand on ne voit que le grimpeur et la photo, si quelqu’un vient pour ça, il va vite arrêter parce que ce n’est qu’un tout petit passage », estime Arielle, évoquant la préparation minutieuse, les heures de garde à vue, le procès.

- Le plus grand secret -

Lors de chaque opération, organisée dans le plus grand secret y compris vis-à-vis des conjoints des participants, « on a toujours des personnes qui sont là pour dire tout de suite qu’on est Greenpeace, pour apaiser les tensions », ajoute la jeune femme. Et « on a un bon avocat », lance-t-elle en souriant.

Les deux militants espèrent que la médiatisation de ces opérations fera avancer leurs idées. Médiatisation qui a parfois des effets inattendus.

En mars 2015, Arielle participe au dépôt d’une grume de bois tropical de 4 tonnes devant le ministère de l’Ecologie pour dénoncer le trafic de bois illégal. Ses proches découvrent alors son engagement dans la presse, raconte celle qui ne dit toujours rien à ses collègues.

Malgré leur engagement, les deux activistes ont peut-être aujourd’hui atteint une limite. Si elle écope de sursis, Arielle va « calmer les choses » pour éviter l’incarcération.

« Le but n’est pas d’aller en prison », renchérit Maxime qui préfère les opérations qui se « terminent bien ». Comme en 2015, lorsqu’il a, avec d’autres militants, recouvert de peinture jaune la chaussée autour de l’arc de Triomphe pour promouvoir les énergies renouvelables. Une action pour laquelle il n’a pas été poursuivi.

Voir en ligne : Libération.fr

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Dernier ajout : 24 février.