Inter-Environnement Bruxelles

Maison de quartier Bonnevie : témoignages

Article publié le 4 avril 2012 par I E B
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La crise du logement frappe de plein fouet les plus pauvres d’entre nous. Face aux difficultés rencontrées, un nombre croissant de ménages font appel à l’aide de notre service logement.

Un public en difficulté croissante

Depuis une dizaine d’années, la quête d’un logement décent à un prix abordable est devenue un véritable parcours du combattant, tant sur les marchés locatifs privés que publics. Les ménages à faibles revenus se voient la plupart du temps contraints d’accepter n’importe quel logement, dans n’importe quel état, à n’importe quel prix.

Pour un néophyte, la situation décrite ci-dessous peut paraître exceptionnelle. Pour les travailleurs sociaux qui assurent les permanences logement de la Maison de quartier Bonnevie, elle relève du quotidien. Chaque accompagne-ment social en matière de logement est un défi pour tenter d’aider les personnes en quête d’un logement décent financièrement abordable.

Molenbeek, Monsieur et Madame X ont la charge d’une famille de 6 enfants et d’une apparentée. Nous les avons rencontrés pour la première fois en octobre 2008. Vivant dans un logement déclaré insalubre par la commune de Molenbeek, la famille venait de recevoir un préavis locatif de la part du propriétaire. Le logement sis au 4e étage d’un petit immeuble était plus que vétuste et ne disposait pas de chauffage. Pour chauffer le logement et éviter que le dernier né, âgé d’à peine un mois ne souffre trop du froid, la famille utilisait un vieux four électrique. Que faire ? Les maisons d’accueil affichaient complet et la famille ne trouvait pas à se reloger sur le marché locatif privé. Le15 janvier 2009, la famille trouve enfin un logement dont le loyer s’élève à 515 euros (hors charge).

Pour accueillir une famille de 9 personnes, le logement est composé d’une cuisine, d’un salon et d’une seule chambre. En regard de l’exiguïté des lieux, très rapidement des problèmes d’humidité et de condensation apparaissent. Entre-temps, nous avons procédé à l’inscription de la famille sur les listes d’attente de certaines AIS, du Fonds du Logement et des Sociétés de logements sociaux. Le 8 février 2011, soit deux ans plus tard, la famille se voit attribuer un loge-ment 6 chambres, géré par une AIS. Il faudra encore négocier très rapidement une résiliation à l’amiable du bail avec l’ancien propriétaire. La famille y perdra le montant de sa garantie locative soit 1 000 euros. Le loyer du nouveau logement s’élève à 707 euros, le montant des charges à 99 euros sans gaz et électricité soit un moment total de 806. Les frais liés au logement pèsent très lourd dans le budget d’un ménage qui dépend de l’aide financière accordée par un CPAS, soit 1006 euros. Heureusement, la famille peut prétendre à l’aide des ADIL (allocation/ déménagement/installation/loyer).

Le dossier est introduit le 8 février 2011. Après moult tracasseries administratives, la famille percevra ces ADIL en décembre 2011, soit 10 mois plus tard. Aujourd’hui, la famille est stabilisée et se porte candidate pour la participation à notre nouveau groupe d’épargne collective et nourrit l’espoir de devenir propriétaire dans le cadre du projet « Community Land Trust » qui se développe à grand pas.

Le logement, une affaire personnelle ou collective ?

La plupart du temps, la question du logement est vécue comme une affaire personnelle. A la Maison de Quartier Bonnevie, même si nous avons souvent le sentiment de nous battre contre des moulins à vent, l’accompagnement individuel des locataires reste prioritaire. Nous pensons néanmoins que ce travail ne peut se passer d’une réflexion et d’une mobilisation collective menée par et avec les premières personnes concernées par cette crise du logement. De cette conviction est née, il y a 10 ans, l’initiative du groupe ALARM (Action pour le droit au logement). Une trentaine d’habitants du quartier se rassemblent mensuellement, se mobilisent et mènent des actions pour défendre le droit au logement pour tous, en tentant de faire entendre leur voix le plus largement possible.

Le Code du logement en question

En 2004, et à juste titre, la plupart des associations actives dans le secteur du logement se réjouissaient de la mise en œuvre du Code du logement. Nous disposions enfin d’un instrument de lutte contre les bâtiments insalubres. Quelques années plus tard, en regard de notre pratique professionnelle, nous déposons un bilan mitigé.

Le Code du logement a le mérite d’être un instrument de sanction à l’égard des propriétaires peu scrupuleux, mais il répond rarement aux besoins de logements décents à prix abordables pour les ménages à faibles revenus, c’est même, parfois, un instrument qui les jette dans la rue.

En cas de fermeture d’un logement insalubre, l’intervention financière accordée par la Direction de l’Inspection régionale au locataire pour un nouveau logement décent, est valable pour une période de 3 ans maximum.

Un nombre croissant de menaces d’expulsion

Même si nous ne sommes pas en mesure de chiffrer le nombre de menaces d’expulsion, il est un fait réel que ces menaces sont de plus en plus nombreuses. Elles peuvent être liées à des manquements dans le chef des locataires, mais pas nécessairement. Elles peuvent également être liées à des pressions institutionnelles à l’égard des propriétaires de biens insalubres qu’ils ne sont pas en mesure de rénover mais qui se voient interdits à la location par les instances officielles. L’augmentation de ces menaces d’expulsion est aussi un indicateur clair du fait qu’un nombre croissant de ménages n’arrivent plus à faire face aux frais liés au logement.

Avec la crise du logement qui sévit et s’intensifie, avec le manque de mesures structurelles qui permettraient de combattre l’augmentation du montant des loyers sur le marché locatif privé, avec la pénurie de logements sociaux et particulièrement à destination des familles nombreuses et enfin avec le manque de places disponibles dans les maisons d’accueil, ces menaces sont particulièrement douloureuses pour les ménages qui y sont confrontés et deviennent un casse-tête pour les travailleurs sociaux qui doivent y faire face.

« Le système D » est alors, souvent la seule alternative : hébergement chez un ou plusieurs membres de la famille ou chez une ou plusieurs connaissances, occupation précaire d’un immeuble vide sans chauffage, vivre dans sa voiture ou dans une caravane, etc.

Vivre en précarité ou sans « chez soi » peut engendrer toute une kyrielle de conséquences dommageables : des absences scolaires, un changement d’établissement scolaire, des violences intrafamiliales liées au stress, la dispersion des membres de la famille, parfois des pertes d’emploi, souvent la perte du revenu de rem-placement qui permettait de subsister. Sources de grande souffrance, les traumatismes liés à la perte d’un logement seront parfois extrême-ment difficiles à soulager ou à « réparer ».

Conclusion

Aujourd’hui, pour faire face et sortir de la crise du logement, le secteur associatif a besoin de moyens humains et financiers suffisants. L’inventivité et la créativité du secteur doivent être soutenues structurellement par les pouvoirs publics, faute de quoi, le droit au logement pour tous, inscrit à l’article 23 de notre constitution, restera à l’état « de bonne d’intention ». Pour rendre ce droit effectif, les pouvoirs publics doivent également prendre des mesures structurelles telles que :
L’encadrement des loyers, l’allocation-loyer élargie au marché locatif privé pour les ménages aux revenus les plus faibles, une augmentation significative du nombre de logements sociaux.

Aurélia Van Gucht
Maison de Quartier Bonnevie
www.bonnevie40.be

La Maison de Quartier Bonnevie
La Maison de Quartier Bonnevie, située dans le vieux Molenbeek, est née en 1976 à l’initiative d’un prêtre et de quelques bénévoles pour venir en aide aux locataires et aux propriétaires massivement expulsés ou expropriés. A l’époque, il s’agissait de réagir, de reconstruire et de faire revivre un quartier ravagé par les travaux du Métro et délaissé par les pouvoirs publics.

Aujourd’hui, les activités de la Maison de Quartier concernent toujours l’ensemble des préoccupations des habitants du quartier en matière d’environnement et de qualité de vie. L’aménagement de l’espace public et la question de l’habitat ont toujours été et sont plus que jamais au centre de nos préoccupations.

En 2011, parmi les 307 ménages qui nous ont demandé conseil sur des questions de logement :

  • 77 souffraient d’un problème de surpopulation.
  • 60 souffraient du mauvais état de leur logement.
  • 46 se plaignaient d’un loyer trop cher.
  • 41 avaient reçu un préavis locatif.
  • 38 étaient en train de perdre ou avaient perdu leur logement en raison d’un arrêté de fermeture pour cause d’insalubrité délivré par la Cellule Logement de la commune de Molenbeek ou par la Direction de l’Inspection régionale du Logement.
  • 23 étaient en conflit grave avec leur propriétaire.