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Les villes seules ne peuvent pas sauver la planète, mais les États seuls non plus

Publié le vendredi 2 juin, par Sibylle Vincendon

Président de Climate Chance, qui regroupe tous les acteurs non-étatiques autour de la question du climat, le sénateur écologiste Ronan Dantec, estime que la position de Donald Trump va compliquer l’engagement des pouvoirs locaux.

Ronan Dantec : « Les villes seules ne peuvent pas sauver la planète, mais les Etats seuls non plus »

Cela fait des années que leurs représentants le disent : dans la lutte contre le réchauffement climatique, les villes sont la solution. Jeudi, dès la position de Donald Trump sur l’accord de Paris connue, le C40, groupement de 91 grandes métropoles mondiales fondé sur la question du climat par l’ancien maire de New York Mickael Bloomberg et actuellement présidé par la maire de Paris, Anne Hidalgo, est immédiatement monté au créneau. Dans un communiqué, il affirme que les villes, et en particulier les douze américaines qui sont membres du C40, « peuvent encore jouer un rôle pour concrétiser l’accord de Paris. Elles vont faire le boulot ».

Ronan Dantec, French green EELV party Senator of Loire-Atlantique and vice-president of the French Senate sustainable development committee, looks on as he attends the last day of the 16th Territorial Collectivities&squot; Energy Conference (16eme Assises de l&squot;energie des collectivites territoriales) on January 29, 2015 in Bordeaux, southwestern France. Participants of the conference representing cities and regions of France launched on January 29 the "call of Bordeaux", to show the French territories&squot; commitmentActiviste de longue date pour la reconnaissance des pouvoirs locaux dans la lutte contre le réchauffement climatique, et pour leur reconnaissance comme interlocuteurs légitimes dans les négociations internationales, le sénateur écologiste Ronan Dantec souligne que ce n’est pas si simple.

Quand on entend Arnold Schwarzenegger, ancien gouverneur de Californie, affirmer que « 70% des émissions de gaz à effet de serre peuvent être contrôlés au niveau local », la décision de Trump est-elle si grave ?

Ce n’est quand même pas une bonne nouvelle. Certains journalistes me disent que c’est peut-être une chance… Il ne faut pas exagérer. La position de Trump va rendre l’action plus compliquée même si le climat raconte un monde dans lequel les Etats ne sont pas tout. Ce qui compte, ce sont les dynamiques horizontales entre acteurs. La décision de Trump ne casse pas ce monde horizontal qui est essentiel. Ce sont ces acteurs-là qui engagent les grandes dynamiques. Après, ce ne sont pas non plus toutes les grandes collectivités américaines qui s’engagent dans la lutte contre le changement climatique. Mais on peut se dire qu’une partie de ce monde va résister et c’est positif.

Est-ce que ces collectivités – villes ou Etats dans le cas des Etats-Unis – peuvent atteindre leurs objectifs chiffrés tout seuls ?

Pour que leur action soit efficace, il faut une collaboration entre les différents niveaux, Etat compris. Aujourd’hui, nous sommes au point crucial où cette stratégie est en train de se bâtir. Les uns ont besoin des autres. Par exemple, en France on a rendu obligatoires les plans climat-air-énergie territoriaux mais on a pris beaucoup de retard car l’Etat a refusé de créer une « dotation climat » qui les aurait financés. Si l’Etat, ou dans notre cas l’Europe, ne vient pas en soutien, les choses ont du mal à se concrétiser.

Le C40 affirme pourtant que les villes vont pouvoir « faire le job »…

Je doute un peu. Beaucoup de normes, sur les bâtiments, les motorisations, sont des questions d’Etat. Une partie des émissions de gaz à effet de serre est due à la vie quotidienne et ceux qui en sont responsables, ce sont bien les élus locaux. Mais il n’est pas vrai que les villes et les régions vont prendre les choses en main. Cela dit, si les villes ne peuvent pas sauver seules la planète, les Etats non plus. De plus, dans des situations comme celle des Etats-Unis, il est important que l’une des parties continue à dire : « Je veux ! » Le prochain sommet Climate Change en septembre à Agadir, premier sommet mondial de l’agenda après la décision de Trump, sera le lieu d’une réponse de la communauté mondiale non-étatique. Nous sommes dans un moment où il faut isoler les « bad boys », les mauvais gouvernements.

Que peut-on encore espérer ?

La vitalité de l’expression pour dire « non » à Trump est très précieuse. Et on peut quand même espérer que cette présidence ne soit qu’une parenthèse…
Sibylle Vincendon

Voir en ligne : Libération.fr

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Dernier ajout : 11 décembre.