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Les villes revitalisent l’accord de Paris

Publié le mardi 24 octobre, par Sibylle Vincendon

Une quarantaine de maires, membres du C40, présidé par Anne Hidalgo, se sont réunis à Paris. Alors que certains pays, comme les Etats-Unis, se désengagent de la lutte climatique, les édiles, eux, passent à la vitesse supérieure avec des mesures communes.

Eric Garcetti, maire de Los Angeles, fait partie du C40, regroupement de 91 grandes villes investies dans la lutte contre le réchauffement climatique. Et tandis qu’un grand nombre de leurs édiles étaient réunis à Paris ce lundi, il a lâché cette information : « Aux Etats-Unis, 382 villes se sont engagées à appliquer l’accord de Paris. » Lui qui se souvient qu’enfant, à L.A., on lui interdisait de jouer dehors certains jours où l’air était suffocant, résume : « Quand notre gouvernement a décidé de descendre du train de la COP 21, nous avons sauté à bord. » Avec tant de villes militantes, dans un pays où le climatoscepticisme se porte encore bien, les maires de Los Angeles, San Francisco, Seattle ou New York se sentent moins seuls.
Club planétaire

Depuis qu’elle préside le C40, Anne Hidalgo partage probablement ce sentiment. Ainsi, au cours de cette réunion, les maires ont pris l’engagement de n’acheter que des bus propres à partir de 2025 et de faire en sorte qu’une « partie importante » de leurs villes puisse constituer des zones d’émission zéro de gaz à effet de serre d’ici 2030. Les cités du C40 regroupent 650 millions d’habitants et produisent 25 % du PIB mondial. Même si les villes ne participent pas, officiellement, à la négociation internationale sur le climat, elles ont mis le pied dans la porte lors de la COP 21, et le C40, initié par l’ancien maire de New York Michael Bloomberg, les a bien aidées à se faire entendre. Mais dans ce club planétaire figurent des situations tellement diverses qu’on se demande comment ses membres parviennent à partager un même objectif. Quoi de commun entre Amman et Tokyo ?

Le maire d’Austin (Texas), Steve Adler, dirige « une ville très progressiste dans un Etat très conservateur qui s’est battu contre l’Agence de l’environnement et a voté Trump ». Curiosité dans cet Etat producteur d’énergies fossiles, Austin ne passe surtout pas en force et admet que la cause ne peut progresser que « pas à pas ». L’élu table beaucoup sur les acteurs économiques, qu’il voit « de plus en plus alignés sur la question climatique ». Dans son bureau, les représentants de Ford et de General Motors viennent discuter voiture autonome et décarbonée. Dans celui d’Anne Hidalgo, un dirigeant de la construction automobile l’a menacée de lui faire perdre les élections. Chacun ses méthodes. Le patient maire d’Austin a équipé la flotte municipale en véhicules hybrides mais admet que l’on voit toujours des 4×4dans ses rues. « On est au Texas… » soupire-t-il.
Bus électriques

En 2020, Tokyo accueillera les Jeux olympiques et vise bien le « zéro émission ». La ville a échangé les vieilles ampoules de ses habitants contre des LED et évité ainsi l’émission de 44 000 tonnes de carbone par an. La politique volontariste de la municipalité japonaise sur la circulation automobile a amélioré la qualité de l’air, au point que l’on voit le mont Fuji au moins 100 jours par an (contre 40 avant). Enfin, la préoccupation environnementale se jouant à tous les niveaux, Tokyo veut la pousser jusque dans les moindres détails des JO. Exit les médailles d’or, d’argent et de bronze à l’ancienne : les métaux rares seront prélevés dans les puces de téléphones portables. La municipalité a prévu des boîtes de récupération dans les bâtiments publics et a déjà récolté 65 000 appareils.

A Quito (Equateur), les préoccupations sont plus massives. Le maire, Mauricio Rodas, explique que sa ville est confrontée aux inondations, aux tremblements de terre, aux éruptions volcaniques et aux feux de forêt. Pourtant, comme ses homologues de régions plus tempérées, il entend bien être débarrassé des moteurs diesel en 2025 et piétonniser le centre historique de la ville en 2020. Mais, comme sous nos latitudes, il se heurte à l’opposition des habitants des quartiers bourgeois qui refusent, par exemple, que les cabines du futur téléphérique, destiné à désenclaver les quartiers pauvres des hauteurs, survolent leurs toits. « Même des gens de gauche », déplore-t-il.

Le combat climatique est-il réservé à des villes qui n’ont pas trop de problèmes économiques ? Patricia de Lille, maire du Cap (Afrique du Sud), explique que 90 % des bus de son agglomération sont empruntés par les plus pauvres, qui viennent de plus en plus loin. Les bus électriques lui semblent être une priorité, mais aussi, plus difficile, la lutte contre l’étalement urbain. Pour financer sa politique, Le Cap a lancé en juin des obligations vertes sur le marché et récupéré ainsi 4 milliards de rands (248 millions d’euros). « Comme la ville a un peu d’argent, nous avons décidé de ne plus le placer dans les industries de l’énergie fossile. » A quoi cela sert-il de faire partie du C40 ? « A prendre note des exemples de nos collègues, répond Patricia de Lille. Nous n’avons pas besoin de réinventer la roue mais nous ne pouvons pas nous payer le luxe de faire des erreurs. »

photo Laurent Troude pour Libération

Voir en ligne : Libération.fr

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