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Les nuits coupées de Noctis fatiguent les usagers !

Publié le jeudi 14 janvier 2010, par IEB

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Le SMoB se positionne sur Noctis. Les associations citoyennes [1] demandent à la STIB et au gouvernement de ne pas sabrer dans un service de haut intérêt public.

Le service de bus de nuit Noctis va-t-il survivre ? {GIF}Les derniers échos de la STIB, du gouvernement et de la presse n’augurent rien de bon quant à la survie du service de bus de nuit Noctis. En septembre 2008, les associations soucieuses d’une mobilité durable avaient déjà fait part de leurs inquiétudes quant au démantèlement de ce réseau suite à l’annonce de la STIB quant à la non-rentabilité de ce service public [2]. La crise budgétaire ramène ce débat sur le devant de la scène à un moment où le service fait pourtant de plus en plus les preuves de son utilité. N’est-ce pas surtout une occasion pour la STIB de se débarrasser d’un service dont elle n’a jamais voulu ? Les associations, regroupées au sein du SMoB, plaident pour le maintien plein et entier du service dont le coût de 2 millions d’euros annuels n’est certainement pas celui qui plombe le plus le budget de la STIB.

Le service Noctis avait été mis en œuvre par la STIB en avril 2007, sous la pression du précédent gouvernement, malgré les nombreuses réticences de l’opérateur bruxellois de transport en commun. 20 lignes, ramenées actuellement à 17, roulant de 0h15 à 3h du matin les vendredis et samedis. Des débuts indispensables pour une ville de la stature de Bruxelles et pourtant loin d’égaler l’offre de la plupart des villes européennes d’importance comme Paris, Amsterdam, Londres ou Berlin, pour ne citer qu’elles. Dans toutes ces villes le réseau de nuit a fait ses preuves et a participé à leur rayonnement [3].

Un démarrage hésitant liée à une offre mal adaptée

Le démarrage du Noctis fut, il faut bien le reconnaître, peu emballant. Il est vrai que le tarif prohibitif réclamé par la STIB y était probablement pour quelque chose. Un tarif de 3 euros par trajet et de 70 euros pour un abonnement annuel en sus de l’abonnement classique de jour n’était clairement pas fait pour appâter l’usager. Durant les 47 premières semaines d’exploitation, la fréquentation moyenne fut de 2.100 voyageurs par week-end au lieu des 2.350 attendus permettant d’atteindre de taux de couverture de 10% espéré par le gouvernement. Après un an d’exploitation, on arrivait néanmoins à un taux de couverture de 9%.

Des résultats en net progrès

Sur base des ces résultats médiocres, la STIB a réorganisé son offre à partir de septembre 2008 notamment en renforçant les fréquences de passage en première couronne et en supprimant les lignes les moins usitées ce qui a permis de ramener le coût annuel à 2 millions d’euros au lieu des 3 millions initiaux. A partir de février 2009, le Noctis a calqué ses tarifs sur celui du réseau de jour et la clientèle par week-end a alors doublé pour passer à 3.500 voyageurs montrant tout l’intérêt de ce service, malgré de nombreuses carences.

En effet, un tel service bien conçu permet tout à la fois aux citoyens noctambules, touristes mais aussi travailleurs nocturnes de l’Horeca, du gardiennage et du secteur hospitalier, de disposer d’une alternative à la voiture pour accéder aux activités nocturnes de la ville ; il favorise le transfert modal et sécurise la mobilité nocturne en empêchant les conducteurs de prendre le volant en état d’ivresse ou de fatigue importante.

L’arbitrage budgétaire d’un service public qui privilégie les recettes et la sécurité sur le service aux usagers

Depuis l’adoption du budget 2010, la STIB sait qu’elle est appelée à contribuer aux efforts d’économie budgétaire à hauteur de 46,2 millions d’euros.

Face à cette coupe sombre, les choix de la STIB sont clairs puisqu’elle décide de maintenir la mise en place des portiques de contrôle d’accès et les applications MoBiB. Coût total : 36 millions pour les portiques et 23 millions pour Mobib. Ces deux mesures ont pour objectif essentiel d’améliorer le contrôle des usagers notamment quant au paiement du ticket de transport mais sont de peu de valeur ajoutée quant à l’amélioration du service réel.

Au même moment, la STIB décide, pour répondre aux effets budgétaires, de réduire la desserte en soirée et le dimanche, de remanier certaines lignes, et envisage la suppression du réseau de nuit, mesures atteignant, elles par contre, très clairement la qualité de l’offre aux usagers.

Heureusement la Région résiste et fait savoir qu’il n’est pas question de supprimer purement et simplement Noctis. Toutefois, la première copie déposée par la Ministre Grouwels n’est pas loin de la suppression proposée par la STIB puisqu’il s’agit de réduire le service à cinq lignes et de les limiter à une heure du matin. Proposition recalée par le gouvernement la semaine passée ! Heureusement !

Quant à la proposition de créer des synergies entre Noctis et Collecto, si elle n’est pas insensée, elle ne peut conduire au transfert pur et simple d’un service public vers un service privé par ailleurs nettement plus coûteux (5 à 8€, contre 1,60 à 2€ pour un voyage Noctis) et ne pouvant remplir les mêmes objectifs.

Les demandes du SMoB

S’il est normal que la crise budgétaire conduise à une rationalisation du service public, il est inacceptable de toucher à l’offre d’un service premier de mobilité publique touchant les usagers dans leurs déplacements parfois quotidiens, et ce, au moment où de toute part la pression se fait entendre pour amener le citoyen à abandonner ou, à tout le moins, nettement réduire l’usage de la voiture. Ne faudrait-il pas d’ailleurs chercher de ce côté, par des mesures de taxation judicieuse, des solutions à la crise budgétaire ? Dans les réseaux de transport européen qui ont un service de nuit convenable, les statistiques de trafic sont concluantes. Bien sûr le service reste déficitaire, mais même le métro est largement déficitaire lorsqu’on impute correctement l’ensemble des coûts, notamment les coûts d’investissement. Il y va de la notion même de service public au sein de la capitale de l’Europe.

Le SMoB apporte son soutien plein et entier à la Ministre bruxelloise de la mobilité pour qu’elle enjoigne à la STIB de maintenir dans son ensemble, moyennant éventuellement une rationalisation pertinente de l’offre, le réseau de bus de nuit bruxellois, composant indispensable à la stature d’une ville comme Bruxelles et élément essentiel d’une politique de mobilité durable.

Contact :
IEB, Claire Scohier – 02/548 39 46 – 0473/667505.

Notes

[1La plate-forme SMoB (Sustainable Mobility in Brussels) regroupe des associations et habitants défendant les principes d’une mobilité durable à Bruxelles. Elle regroupe : Inter-Environnement Bruxelles (IEB), Brusselse Raad voor het Leefmilieu (BRAL), Association de Comités de Quartier Ucclois (ACQU), Atelier de recherche et d’action urbaines (ARAU), NoMo-Autrement mobile, Bond van Trein-, Tram- en Busgebruikers (BTTB), Comité de défense des Habitants de Bruxelles-Centre, Fietsersbond, FOE Bruxsel, Groupement des usagers des transports publics à Bruxelles (GUTIB), Groupe de Recherche et d’Action des Cyclistes Quotidiens (GRACQ), Johanna vzw, La Ligue des Familles (Bruxelles), Placeovelo, Provélo, Wolu-Inter-Quartiers (WIQ), 4X4 Info. Le Comité de défense de Saint-Gilles se joint aux demandes de la plate-forme.

[2Communiqué de presse de l’ARAU, BRAL, IEB, Nomo, BTTB du 27 septembre 2007 : Les nuits blanches des bus de nuit : la faute à qui ? .

[3Dans la plupart des cas, le service est offert tant la semaine que le week-end, certes avec une cadence différente, et à un tarif identique à celui pratiqué en journée. A Paris, Amsterdam et Berlin, il fonctionne sans discontinuité, au moins le week-end.


Prises de position

Dernier ajout : 19 décembre.