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« Les Jeux olympiques ne sont qu’un prétexte pour nous déloger »

Publié le vendredi 12 août, par Raphaël Meulders

Elles étaient plus de 500 familles il y a quelques mois encore, elles ne sont plus que 20 à être restées. La favela de Vila Autódromo, à quelques mètres à peine du village olympique de Rio de Janeiro, a complètement disparu de la carte suite à l’organisation de cet événement planétaire. Pressions physique, psychologique,… les anciens habitants de cette petite communauté ont vécu un véritable enfer avant d’être délogés, comme nous avions pu en témoigner lors de notre visite de la favela en avril dernier.

A l’époque, Flavio venait de se faire expulser et déambulait comme un mort-vivant au milieu de ce qui ressemblait davantage à une ville bombardée qu’à un lieu de vie. “Ma maison était là”, nous expliquait-il en montrant un grand vide. Je n’ai reçu aucune compensation financière, On ne m’a pas prévenu que ma maison allait être démolie pour me permettre de vider mes affaires. L’histoire de ma vie s’est réduite à quasiment rien maintenant. Je suis dans la rue. Ma nouvelle adresse, c’est l’église qui m’a généreusement accueillie”.

Un peu plus loin, au milieu des maisons à moitié détruites et des pylônes arrachés, Dalva Chrispino, une dame de 82 ans, ne voulait plus bouger de son siège en plastique. “Ma maison est toujours là et je préfère rester assise pour qu’ils ne viennent pas la détruire par surprise. Chaque jour, des camions et des pelleteuses de la municipalité encerclent ma demeure. C’est l’enfer, mais je ne quitterais pas cet endroit”, déplorait-elle. Vila Autódromo ressemblait à un village fantôme. “Il n’y a plus d’électricité, plus de téléphone, les facteurs ne viennent plus ici,… Le pouvoir public ne nous accorde plus les facilités les plus essentielles dans le seul but de mettre la pression pour qu’on vende nos biens ”, poursuivait Flavio, qui préparait une manifestation avec les vingt dernières familles demeurant dans la favela.

En vain. Malgré la mobilisation, notamment sur Internet, l’ensemble des maisons de ces familles ont été détruites. “Nous sommes une communauté ordonnée et travailleuse. Ici, il n’y a pas de trafiquant de drogue, de milices. Ils essaient d’exterminer l’unique communauté de Rio qui est vraiment pacifique”, déplorait Flavio. Le professeur le précisait : il n’avait rien contre l’organisation des Jeux olympiques dans sa ville. “Ce qui nous menace ici, ce ne sont pas les Jeux olympiques, mais la spéculation immobilière. Il y a des échanges de faveur entre les promoteurs privés et le pouvoir politique, le préfet en particulier. Et cela retombe sur nous”.

Pour le quinquagénaire, désormais reloger avec sa femme et ses deux enfants dans une maison temporaire en forme de cube de 50 m², ce qui importait, c’est ce qui allait se passer après les Jeux olympiques. “Cela fait des années qu’on dérange car l’endroit est bien situé et il existe plusieurs projets immobiliers de luxe. Les Jeux olympiques ne sont qu’un prétexte pour nous déloger”.

“Papa, partons, ces types sont dangereux”

Sur un air de musique populaire brésilienne, Sandra Regina remplissait sa piscine gonflable. A moins de cinq mètres, derrière une barricade, les pelleteuses s’activaient pour donner naissance au village olympique. La poussière volait de partout, le vacarme était incessant. “ Souvent les ouvriers nous narguent, expliquait Sandra Regina. Ils viennent faire un maximum de bruit tôt le matin ou pendant la sieste. On nous encercle comme si on était des vaches, un élevage de porcs. Ces monticules énormes de terre au-dessus de nos maisons ont été créés pour nous faire croire que nous allons être enterrés vivants”.

Isolée, au beau milieu du village olympique, la maison de Doña Maria était déjà près d’un mètre sous le niveau des nouvelles routes construites au sein du parc olympique. Depuis, le bâtiment a été rasé. Casque de moto à la main et T-shirt de la communauté sur le dos, cet ancien habitant avait du mal à retenir ses larmes devant le trou qui était autrefois sa maison, “Ici, c’était mon paradis, l’endroit où je me voyais vieillir. Eux, ce sont des guerriers, expliquait-il en désignant les habitants restant dans la favela. Moi je n’ai pas pu résister à cette pression psychologique. Et je le regrette. Je me sens comme un traître d’avoir accepté l’offre du gouvernement. Mais J’étais malade et tous les jours, on recevait la visite de fonctionnaires nous demandant de partir. Ma femme m’a aussi mis la pression, mes enfants me disaient : “Papa, partons, ces types sont dangereux”.

Les souvenirs de la démolition de sa maison, il y a sept mois, restaient douloureux. “J’ai demandé aux ouvriers d’attendre une demi-heure pour que je puisse partir et ne pas voir ma maison détruite, mais même cela, ils n’ont pas pu me l’accorder ». La colère était encore fort présente chez ce garagiste qui habite désormais dans le Parque Carioca, un immense complexe d’appartements construit à quelques kilomètres de la Vila Autódromo. “Dans cette favela habitaient des pompistes, des professeurs, des domestiques, des gardiens,… qui ont aidé à construire cette ville. Quand les riches ont besoin de nous, tout va bien. Mais dès qu’on s’oppose à leurs projets, on commence à puer”.
Au total près de 80000 personnes ont été déplacées, de gré ou de force , pour laisser leur place à ces Jeux olympiques.

Voir en ligne : La Libre.be

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Dernier ajout : 28 septembre.