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« Le sécuritaire, ce n’est pas la sécurité »

Publié le dimanche 15 avril 2012, par jean marc manach

"Le sécuritaire, c’est pas la sécurité, et c’est antithétique avec la liberté. C’est un discours de culpabilité déresponsabilisant, c’est du contrôle social par la peur, et c’est dangereux pour l’État de droit."

Tristan-Edern Vaquette est normalien, et titulaire d’un DEA en physique théorique. Tristan-Edern Vaquette est aussi un artiste, performer, chanteur, écrivain, fan de Jean-Louis Costes et adepte, lui aussi, d’une forme de "contre-culture" trash.

"Prince du Bon Goût" toujours tout de rouge vêtu, les cheveux en crêtes et la barbichette longue, Vaquette a un côté punk (mais sans chien, ni Valstar). Vaquette a aussi un côté "aristo", mais "déviant", du genre à aimer passer pour un anar de droite (voire d’extrême-droite) auprès des bien-pensants "politiquement corrects" (de gauche), afin de mieux faire comprendre tout le mal qu’il pense de la bien-pensance (de droite).

A l’occasion des élections présidentielles, Vaquette vient de mettre en ligne un extrait de son spectacle, "Crevez tous", et plus particulièrement de sa "Conjuration de la peur", "qui tente d’analyser comment, en 40 ans, on est passé d’une société où les maîtres mots étaient liberté et imagination, à un temps remarquablement sclérosé et sécuritaire" :

"Attends, attends, mais si t’as rien à te reprocher, je vois pas pourquoi tu flippes !

Tu crois que les vrais criminels, eux, ils en ont à foutre quelque chose des libertés individuelles ?

Non, parce que c’est bien beau tes grandes idées, mais si c’est pour protéger la Mafia, les pédophiles, les tueurs en série et les assassins de la route, franchement, moi, ça me gêne pas que la police fasse son travail !"

Dans la vidéo qui suit, Vaquette évoque le fait que, chaque année, plus de 500 personnes, incarcérées de façon préventive, obtiendraient un non-lieu. Il donne à ce titre la parole à une jeune femme, giflée au moment de son arrestation, qui a fait 4 mois de prison "pour rien", humiliée pendant son incarcération, et qui dit donc avoir la "haine contre le système".

En fond visuel, Vaquette égrène 10 ans de lois sécuritaires (j’en avais dénombré 42, de 2002 à 2011), celles-là même qui ont précisément changé le système, au mépris de la présomption d’innocence :

De la "dictature démocratique"

Cet extrait du spectacle de Tristan-Edern Vaquette ne rend pas la pleine mesure de sa réflexion sur l’idéologie sécuritaire, au sujet duquel il s’était longuement entretenu, pour Enquête & Débat, avec Thomas Zlowodzki, responsable UMP de Sainte-Geneviève-des-Bois et président de Liberté et République, un club pour qui "la France doit remettre à l’honneur la liberté" :

Tristan-Edern Vaquette y revendiquait un "droit à la déviance", parce que "seule la déviance est créatrice de richesses", et qu’"on n’a jamais rien fait de bien avec l’obéissance".

Rappelant que Nicolas Sarkozy, s’inspirant du marxiste Gramsci, avait déclaré que "la domination idéologique et culturelle précède la victoire politique" (voir aussi, à ce titre, l’article emblématique de Jean-Yves Le Gallou, théoricien d’extrême-droite qui avait proposé d’investir massivement le web), Vaquette y déplorait que l’outil, le vecteur de cette idéologie, c’était l’instrumentalisation de la peur, afin que les gens soient sages, obéissants, conformes, soumis.

A contrario, soulignait Vaquette, Calaferte avait de son côté proposé une autre équation : "soit le siècle prochain sera celui du refus, soit il ne sera qu’espace carcéral". De fait, pour Vaquette, on s’acheminerait vers une forme de "dictature démocratique", qui rognerait sur les libertés individuelles et l’État de droit, avec l’assentiment de la population.

Il suffirait en effet d’exploiter politiquement le viol d’une petite fille ou d’un petit garçon pour, surfant sur l’émotion, proposer de doter tous les enfants d’une puce sous-cutanée avec GPS incorporé, afin de pouvoir les géolocaliser, à tout instant. Techniquement parlant, il est à ce jour impossible d’implanter une puce GPS sous-cutanée, mais cela pourrait arriver. Et ce ne serait pas forcément une bonne idée.

Nombreux sont ceux qui nous serinent que "seuls ceux qui ont quelque chose à se reprocher ont quelque chose à cacher", et qui ne voient donc aucun problème à ce genre de traçabilité généralisée.

Admettons : dans la mesure où la majeure partie des viols ont lieu dans des chambres à coucher, comme l’avait opportunément rappelé Anastassia Tsoukala, juriste, criminologue, et maître de conférences à Paris XI, il serait donc dès lors logique de "vidéosurveiller les chambres à coucher" :

Je doute fort que ceux qui se targuent de n’avoir "rien à cacher" acceptent de vidéosurveiller leurs chambres à coucher. Cela aiderait pourtant notablement à faire condamner ces maris, amants ou pseudo-"prétendants" qui violent celles qui ne voulaient pas "forcément" faire l’amour avec eux... ainsi que ces femmes qui accusent, à tort, leurs "ex’" de les avoir violées.

Je suppute par ailleurs que si, d’aventure, on en arrivait à implanter des puces GPS dans nos enfants, ces puces serviraient essentiellement à contrôler, "surveiller et punir" leurs mouvements, les endroits où ils se rendent, avec qui, et quand, plutôt qu’à les "protéger". Voir aussi, et à ce titre, ma "Lettre ouverte à ceux qui n’ont rien à cacher".


Voir aussi :

Voir en ligne : http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2...

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Dernier ajout : 27 novembre.