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Le secrétaire d’État à l’Urbanisme laisse pourrir le dossier de la rue du Progrès

Publié le mardi 11 juin 2013, par IEB

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Pour rappel, depuis 2005, près de 200 habitants de la rue du Progrès sont dans l’incertitude quant au risque de démolition de leurs habitations. En effet, un projet de viaduc ferroviaire porté par Infrabel menace les habitations n°214 au n° 270 de la rue. Huit années d’attente qui auraient pu être mises à profit pour développer des pistes claires de relogement. En 2011, le secrétaire d’État à l’Urbanisme, Emir Kir, semblait avoir entendu leur appel et les avait reçu, leur faisant la promesse qu’il s’engageait à les reloger avant toute délivrance de permis. Deux ans plus tard, Emir Kir a été remplacé par Rachid Madrane et les habitants ne voient toujours rien venir, pire les promesses s’estompent.

Lors de la rencontre de 2011, le secrétaire d’État avait pris un certain nombre d’engagements. Il avait tout d’abord confirmé l’engagement pris par sa prédécesseure, Mme Dupuis en 2009, qui s’était engagée à explorer des pistes de reconstruction de logements au profit des habitants. Il avait ensuite reconnu qu’il fallait aller plus loin que ce qui était prévu dans les conventions conclues entre Infrabel et la commune de Schaerbeek et que les compensations y figurant pour les locataires expulsés étaient insuffisantes. Il s’était engagé à organiser une table-ronde des différents opérateurs publics de logements (la Région, les communes concernées, la SDRB, la SLRB,...) pour explorer toutes les voies possibles de relogement au profit des habitants.

En 2012, toujours sans nouvelle, les habitants de la rue ont réinterpellé avec force Emir Kir qui leur envoyait deux mois plus tard un courrier leur réaffirmant que le permis ne serait délivré que lorsque toutes les garanties seraient acquises pour le relogement. Il s’engageait également à les tenir informer de l’évolution du dossier. Le scénario se répète, un mois, deux mois, trois mois, une année passe... entretemps un nouveau Secrétaire d’État reprend la barre. Inquiets, les habitants demandent à ce dernier de réitérer ses promesses. Interpellé en mai 2013 en Commission d’aménagement du territoire, le nouveau secrétaire d’État semble se défiler. Il est vrai qu’entretemps, une des pistes explorées pour reloger les habitants est tombée à l’eau, un terrain de la SDRB situé à proximité de la rue du Progrès. Visiblement, le dossier est au point mort : « Comme je vous l’ai dit, je pourrais délivrer le permis aujourd’hui. Nous ne pourrons pas repousser indéfiniment les échéances. Il s’agit en effet d’un équipement d’intérêt collectif, donc l’intérêt général est aussi en jeu. Il faudra trouver une solution qui permette à la fois de reloger ces gens dans des conditions humaines et dignes. La commune joue son rôle. Infrabel doit jouer le sien. Et le secrétaire d’État en charge du logement à la Région peut peut-être apporter une aide. » [1] Tout le monde est responsable mais tout le monde reste les bras croisés. La demande de permis d’Infrabel n’est complète que depuis mars 2013. Monsieur Madrane n’avait donc jusqu’ici aucun problème à retenir quelque chose qui n’était de toute façon pas valide. Cela fait des années que les deux secrétaires d’Etat connaissent les engagements de la Région en la matière, bien assez pour faire sortir de terre les logements voulus.

En attendant, des logements poussent dans le quartier et les contrats de quartiers se succèdent, un Plan particulier d’affectation du sol (PPAS) est en voie de finalisation sans que rien ne soit prévu pour reloger les habitants de la rue du Progrès. Ceux-ci vivent au jour le jour, n’osant plus prendre d’engagement dans la durée ni rénover leurs habitations depuis maintenant huit ans. Il est clair que la situation de la rue se dégrade. Cécile Jodogne en charge du dossier à la commune de Schaerbeek, semble vouloir tourner la page et pense bien plus à l’avenir de la rue et du quartier une fois que ces habitants ne seront plus là : « J’espère que nous pourrons lancer en automne l’enquête publique sur le PPAS qui permettra d’envisager sereinement je l’espère la phase de reconstruction » ou encore « Si on n’a pas le plan d’expropriation, Infrabel ne finalisera pas ses expropriations et les habitants resteront en place . Ce n’est donc pas une solution » [2]. Si la commune a bien négocié avec Infrabel deux conventions permettant, l’une, une indemnisation très limitée des locataires expulsés [3], et l’autre, la reconstruction d’un front bâti à la place des maisons démolies, qui ne pourra servir à reloger les expulsés, la commune ne s’est étonnement jamais positionnée en faveur de la reconstructions de logements pour reloger les expulsés.

Les logements ne pousseront pas seuls. Le secrétaire d’État doit prendre le taureau par les cornes pour rassembler tous les opérateurs potentiels (SLRB, SDRB, contrat de quartier) et mettre la pression sur Infrabel, premier responsable de cette situation, pour mettre en oeuvre la reconstruction des logements voulus au frais de l’opérateur ferroviaire. Des nouvelles pistes ont été mises sur la table par la SDRB, il faut s’en saisir ! A défaut, le secrétaire d’État crée un fâcheux précédent : celui d’admettre qu’en Région bruxelloise, alors que la crise du logement bat son plein, on puisse démolir 30 maisons abritant 85 ménages sans se sentir responsable du relogement des expulsés. Reconstruire de quoi loger les 85 ménages coûterait de l’ordre de 8 millions d’EUR à Infrabel. Une paille à côté des 312 millions qu’ont coûté la gare des Guillemins !

Le Comité Progrès-Nord
soutenu par Inter-Environnement Bruxelles, l’Union des locataires du Quartier Nord, Albert Martens, l’ARAU, le Bral, le Comité du quartier Midi, la CSC, le MOC, le RBDH et le Syndicat des locataires.

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Plus d’infos sur ce dossier
Expropriations rue du Progrès

Notes

[1Interpellation de Rachid Madrane en Commission Aménagement du Territoire, 29 mai 2013, p.11.

[2Idem, pp.5 et 10.


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Dernier ajout : 20 juillet.