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Dossier Cureghem

Le haut de l’économie d’en bas

Publié le mercredi 15 juillet 2015, par Claire Scohier

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Cureghem traîne une réputation de quartier à hauts chômeurs ajoutés. Un petit tour d’horizon montre néanmoins un territoire en pleine activité visible, vibrante mais fragile.

Historiquement, le quartier était un quartier d’artisans et de petites industries entretenant des liens étroits avec les différentes écoles professionnelles, comme les Arts et Métiers, ainsi qu’avec les abattoirs. Mais la désindustrialisation a particulièrement frappé Cureghem et de nombreux petits entrepreneurs ont quitté le quartier, pour s’installer sur des terrains moins onéreux à la périphérie, laissant juste la trace de belles enseignes peintes en façade. Mais tous ne sont pas partis. Qu’on pense à la miroiterie Van de Plas sur la chaussée de Mons ou encore à Jean Wauter Aciers spéciaux dans la rue de Liverpool.

Quelques grandes entreprises sont encore présentes à proximité (Leonidas, Philips, SNCB, Belgacom,…) mais offrent principalement des emplois hautement qualifiés et donc peu à la portée des habitants du quartier. De fait, plus d’un cinquième de la population ne possède qu’un diplôme de l’enseignement primaire. Travailler sur l’amélioration de la formation pour répondre à la demande en emplois qualifiés n’est pas dénué de sens mais les études récentes démontrent qu’au niveau bruxellois, l’amélioration des niveaux moyens de formation ne se traduit pas par une baisse du chômage car à niveau de formation égale, les personnes habitants les quartiers centraux ont moins de chance de décrocher un emploi. Il s’agit d’adapter l’offre d’emplois à la demande en prenant en considération les singularités du quartier.

On trouve à Cureghem une dizaine d’Initiatives Locales de Développement de l’Emploi (ILDE) ayant pour objectif l’insertion socioprofessionnelle des demandeurs d’emploi difficiles à placer. Par ailleurs, le quartier est loin de manquer de débouchés. Il offre certaines opportunités dans le secteur de la construction, de la réparation de biens, des véhicules, du nettoyage, de la confection ou de l’alimentation. Le tertiaire, avec ses services aux entreprises et plus particulièrement le nettoyage, représente une part importante d’emplois accessibles. Il n’y a pas moins de 19 entreprises de nettoyage à Cureghem. Ces entreprises travaillent souvent en sous-traitance et sont à la recherche d’une main-d’œuvre faiblement qualifiée, encourageant ainsi une économie de proximité même si le travail au noir n’y est pas absent. En 1995, les sources officielles chiffraient à 2 166 le nombre d’emplois dans les entreprises, bureaux et commerces localisés à Cureghem, les secteurs du textile (415) et des voitures (189) représentent 28% des emplois disponibles [1].

Trois secteurs tiennent le haut du pavé dans l’économie cureghemoise et remplissent une fonction qui dépasse de loin les limites du quartier en rayonnant de bas en haut : le secteur de la viande autour des abattoirs et les marchés du samedi et du dimanche [2], le textile concentré dans le quartier du Triangle avec ses ateliers de confection et ses grossistes, et le secteur du commerce de voitures de seconde main à la Rosée et le long de la rue Heyvaert [3].

L’accessibilité du quartier par sa position centrale permet d’atteindre une large clientèle, tandis que les fortes densités de population, concentrent des demandes ethniques précises, donnant quelques chances à l’entreprenariat ethnique, aux pépinières d’entreprises visant l’industrie légère urbaine et certains services urbains [4].

On le voit, le quartier est doté d’une vitalité économique évidente qui s’ancre dans l’économie de proximité ou « l’international du bas » à l’opposé d’une économie tirée « par le haut » qui produit peu d’effets redistributifs au bénéfice des personnes les plus démunies et intègre difficilement les personnes peu qualifiées. Au vu du profil professionnel des habitants du quartier, il s’agit de solidifier l’activité existante gravitant autour du commerce alimentaire et de voitures, de promouvoir des fonctions productives et de développer le commerce local à destinations des communautés locales.

Claire Scohier

Notes

[1P. Mistiaen, Ch. Kesteloot, Polarisation sociospatiale et stratégies de survie dans deux quartiers bruxellois, 1995.

[3Voir l’article de M. Rosenfeld et M. Van Criekingen dans ce dossier : D’où vient et où va le quartier des voitures ?.

[4Ch. Kesteloot, La dimension spatiale de la dualisation dans la société, 1997.

Bem 276 – Mai-juin 2015

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Dernier ajout : 11 décembre.