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Le gouvernement flamand évite un débat public sur le projet d’élargissement du Ring autour de Bruxelles

Mardi 22 juillet 2008

Publié le mardi 22 juillet 2008, par Claire Scohier

La plate-forme Modal Shift plaide pour une révision radicale du projet.

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De temps à autres, le projet d’élargissement du Ring autour de Bruxelles refait surface. Mais aucun plan concret n’a jamais vu le jour, ni d’ailleurs un débat public sur le sens ou le non-sens d’un tel projet. La semaine passée, le lundi 7 juillet 2008, dans le silence le plus total, un tel plan a été mis en consultation. La cellule flamande MER [1] notifiait le rapport d’incidence environnemental de ce projet, lequel prend ainsi une tournure des plus concrètes. Le rapport est à l’enquête publique jusqu’au 18 août. Il semblerait que les parties prenantes au projet souhaitent limiter autant que possible tout débat. En effet, le timing choisi ne laisse planer aucun doute sur cette intention. La période d’enquête coïncide parfaitement avec celle des vacances d’été et en sortant du bois juste avant le 15 juillet, il est évident que le dossier risque de tomber dans le vide médiatique. Il s’agit là pourtant d’un des plus importants projets routiers des vingt dernières années.

Le Gouvernement flamand a opté pour une approche extrêmement contestable dans ce dossier épineux. Il évite tout débat public sur un projet d’envergure, ne recherche aucune alternative pour améliorer la mobilité sur et autour du Ring et se tait dans toutes langues quant aux impacts du projet sur l’augmentation de la circulation automobile, des microparticules polluantes et des gaz à effet de serre. Notre position est claire : la procédure doit s’arrêter ici et des alternatives doivent absolument être recherchées.

L’état de la situation actuelle : l’immobilité quotidienne

Notre quotidien est le passage journalier de centaine de milliers de voitures et de camions sur le Ring soit pour atteindre la ville, soit pour transiter vers une autre destination. Rien ne justifie les coûts écologiques, sociaux et économiques surgissant d’un tel état de fait.

Ancrer le développement dans la logistique et le béton est une vue à très court terme

La solution présentée par le gouvernement flamand consiste à élargir le Ring de deux fois 3 bandes à deux fois 4 + 2 bandes. Au lieu des 6 bandes actuelles, il y aurait donc 12 bandes. L’idée consiste à séparer la circulation locale de la circulation de transit. Le projet s’inscrit dans une logique de soutien au plan START [2], plan d’action stratégique pour la reconversion et l’emploi dans la zone de l’aéroport de Zaventem.

L’objectif est de résoudre la saturation à court terme, d’améliorer la fluidité du trafic et de garantir l’accessibilité de l’aéroport et des zones industrielles de Vilvoorde et Malines. Les activités économiques dans ces régions sont destinées en effet à croître fortement dans les prochaines années. En outre, les travaux cadrent aussi avec le slogan bien connu « Logistiek Vlaanderen » . La Flandre souhaite en effet devenir économiquement la plaque tournante logistique de l’Europe. Mais n’est-il pas temps de s’interroger sur la pertinence d’ancrer le développement d’une région sur des ambitions logistiques coulées dans le béton du secteur des transports ? La logistique routière est un secteur à faible valeur ajoutée et peu producteur d’emplois. A contrario, elle cause une lourde charge sur l’environnement. A l’heure ou le secteur même du transport par camion s’interroge sur ses perspectives d’avenir, considérablement assombries par l’explosion du prix du pétrole, la Région flamande n’aurait-elle pas plutôt intérêt à jouer la carte de l’industrie de la connaissance, des services et des centres de recherche, activités à forte valeur ajoutée, génératrices d’emplois et s’accompagnant de nuisances environnementales nettement plus réduites ?

Une note défaillante : fragmentée et unilatérale

L’élargissement planifié du Ring concerne la zone septentrionale entre les autoroutes E40 Gand-Bruxelles et E-40 Bruxelles-Liège. La première branche se situe entre la E40 Gand-Bruxelles et la A12. Dans cette zone, les demandeurs envisagent un élargissement de 10 à 12 bandes. La deuxième branche prend place entre la A12 et la E19 avec un élargissement à 10 bandes. La troisième branche se trouve entre la E19 et la E40 Bruxelles-Liège et devrait, à l’instar de la première branche, être dotée de 10 à 12 bandes.

Le demandeur a divisé cette zone en trois branches dont chacune doit séparément être soumise à une procédure MER. L’objectif de ce morcellement est clair : l’impact total des travaux reste impalpable. Sans compter que l’élargissement d’un tronçon rend ipso facto nécessaire l’élargissement du suivant. L’étude spécifique de la troisième branche est particulièrement déficiente. On n’y aborde à aucun moment l’impact en termes d’émissions de particules fines et de CO2 [3]. Ce qui signifie qu’aucun lien n’est fait entre le projet et les engagements Kyoto.

La note soumise à enquête publique ne peut en aucun cas servir de base à un projet d’une telle ampleur. Elle va même jusqu’à suggérer que la qualité de l’air sera améliorée grâce à l’élargissement puisque celui-ci accroîtra la fluidité de la circulation. Il est clair qu’elle ignore complètement une conséquence première de ce type d’aménagement : l’effet d’appel. Plus de bandes signifie plus de voitures !

Sans compter, enfin, la pression énorme que ce type de projet fait peser sur la biodiversité dont les atteintes constantes prennent des proportions de plus en plus alarmantes. La première branche, entre la E-40 et la A12, traverse notamment de plein pied le Laerbeekbos situé en zone Natura 2000.

Un projet à jeter : le maintien de l’immobilité

Le résultat du plan susdit est limpide. Dans quelques années, les projets routiers seront obsolètes. Deux éléments majeurs détermineront l’orientation de nos sociétés au cours de ce siècle : les changements climatiques et la survenue du pic de production de pétrole, que suivra sa déplétion. On ne peut plus ignorer que les émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports routiers croissent sans entrave, à un rythme alarmant. Tout comme on ne peut négliger que le pétrole fournit 98% de l’énergie consommée par ce secteur. Par un effet d’accroissement de l’offre, les nouvelles infrastructures routières entraînent nos sociétés toujours plus loin sur le chemin de la dépendance au pétrole et de la perte de maîtrise sur nos émissions de gaz à effet de serre. Un chemin qui mène au chaos.

Dans ce contexte, comment justifier qu’un tel projet à courte vue, pris dans son ensemble, grève le budget public de près de un milliard d’euros ? Si nous voulons opérer notre réorientation vers une mobilité durable, c’est dès maintenant que nous devons opérer les investissements nécessaires pour assurer la transition. Un tel projet vient au contraire concurrencer les investissements durables en cours de façon totalement contre-productive. Deux projets ferroviaires sont en effet prévus dans cette zone : le RER et le Diabolo. Ceux-ci visent à ouvrir cette région via de nouvelles infrastructures de transport public susceptibles de conduire au transfert modal. Si au côté de voitures embouteillées, des trains réguliers passent avec aisance, les gens n’hésiteront pas et opteront pour ce deuxième mode de transport (modal shift). Si, par contre, l’infrastructure routière continue d’augmenter, nous nous orienterons inévitablement vers un accroissement global des déplacements sans que les transports publics parviennent à mordre sur la part modale des voitures (modal split).

Une proposition durable : une approche combinée

La note d’avis pose en postulat que l’élargissement du Ring autour de Bruxelles est la seule solution aux problèmes de saturation. Aucune alternative n’est évoquée. Une approche rationnelle peut difficilement se contenter d’une solution unilatérale. Un autre point de départ pour trouver une solution aurait pu consister à transférer les conducteurs de voitures vers un autre mode de transport assurant un déplacement équivalent. Une mesure unique censée résoudre la congestion par magie est une illusion. Il convient de combiner diverses mesures de façon réaliste :

  • développer des transports en commun réguliers et fiables,
  • élargir les infrastructures pour les piétons et les cyclistes,
  • améliorer l’inter-modalité entre ces modes de transport et la voiture,
  • développer des avantages fiscaux pour les usagers des transports publics, les piétons et les cyclistes,
  • adopter une politique d’aménagement du territoire centrées sur l’accessibilité, et mariant densité et mixité des fonctions,
  • relocaliser les activités économiques et culturelles,
  • développer des avantages fiscaux pour limiter les déplacements et faciliter les déménagements permettant de raccourcir les distances entre domicile et lieux d’activités,
  • instaurer un péage dans les zones congestionnées,
  • prélever une taxe kilométrique intelligente pour le transport de personnes et de marchandises,
  • réduire les avantages fiscaux des voitures de société,
  • intégrer des critères environnementaux dans les taxes à l’achat de véhicules automobiles,
  • aligner les accises diesel sur les accises essence.

Avec le budget que le gouvernement flamand réserve à l’élargissement du Ring, toutes ces mesures pourraient être financées dès à présent et pour le bien commun.

Contacts

  • NL : Maarten Roels, info@modalshift.be, 02/217 56 33, 0497/77 28 69.
  • FR : Claire Scohier, courriel, 02/548 39 46, 0473/66 75 05.

Plus d’informations d’ici peu sur www.modalshift.be.

La plate-forme Modal Shift se compose actuellement de Inter-Environnement Bruxelles, Inter-Environnement la Wallonie, Bond Beter Leefmilieu, Bral vzw, Greenpeace, Friends of the Earth Belgique, Fietsersbond, GRACQ, Natuurpunt, Mobiel21.

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Notes

[1MER (Milieu Effect Rapportage) Vlaanderen est l’équivalent de l’IBGE en Région flamande.

[2START = Strategisch Actieplan voor de Reconversie en Tewerkstelling luchthaven Zaventem.

[3Faut-il rappeler qu’une toute récente étude menée à Munich sur 3000 enfants pendant 6 ans pointe la pollution automobile comme facteur déclenchant d’asthme et d’exzéma ? Bruxelles est la deuxième région d’Europe la plus polluée par les particules fines, et le trafic sur le Ring génère 50% de cette pollution !


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Dernier ajout : 19 décembre.