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Le goût du G ?

Publié le mardi 29 octobre, par Florence Vanden Eede

La prolifération de la téléphonie mobile et l’installation des antennes nécessaires à son fonctionnement constitue de plus en plus un phénomène de société auquel nous nous devons de nous intéresser, car ses effets semblent importants à différents niveaux.

BEM 21, janvier 2001
Ces deux dernières décennies ont vu une explosion des technologies sans fil. Ce « goût du G », encouragé par les pouvoirs publics, s’accompagne d’un abaissement constant du niveau de protection des Bruxellois.e.s aux rayonnements électromagnétiques. De la 3G à la 4G, le niveau d’exposition passait de 3 Volts/mètre (2007) à 6 V/m (2014) et aujourd’hui les mandataires de la Région sont sur le point d’autoriser une exposition de 14,5 V/m en extérieur et 9V/m en intérieur (pour un déploiement de la 5G d’ici 2020). Pourtant, se basant sur le principe de précaution, le Conseil de l’Europe recommande que le rayonnement électromagnétique ne dépasse pas 0,6 V/m (2011) et de revoir les fondements scientifiques des normes actuelles d’exposition aux champs électromagnétiques fixées par la Commission internationale pour la protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP – International Commission on Non-Ionising Radiation Protection), qui présentent de graves faiblesses, et d’appliquer le principe « ALARA », à la fois pour ce qui est des effets thermiques et des effets athermiques ou biologiques des émissions ou rayonnements électromagnétiques. Alors qu’un consensus scientifique sur la dangerosité des ondes, à des puissances bien inférieures à celles que nous connaissons à Bruxelles, s’affine, le lobbying des promoteurs et industriels des télécommunications s’intensifie, cherchant à minimiser la dangerosité des rayonnements électromagnétiques et à disqualifier la parole de ceux qui en souffrent. Hélas, la résistance du corps humain aux rayonnements électromagnétiques n’évolue pas au même rythme que les nouvelles générations de technologies sans fil. Si aucun changement de direction n’est opéré à l’avenir, cette fuite en avant va nécessairement générer une croissance exponentielle des pathologies liées aux rayonnements électromagnétiques.


Tout d’abord et peut-être principalement, quels sont les effets sur la santé ? Manifestement, ils sont de deux types, thermiques, qui ne concernent que l’utilisateur de l’appareil mobile, mais surtout non thermiques, issus d’une exposition prolongée à un champ électromagnétique provenant d’antennes relais, ce qui pourrait provoquer des effets dommageables pour la santé.

Or, s’il n’existe pas d’unanimité des milieux scientifiques concernant les conséquences sanitaires, il n’existe pas non plus de normes légales relatives aux conditions d’émission de ces antennes relais.

Actuellement, la Belgique suit les « prénormes » européennes, mais plusieurs pays, dont l’Italie, ont déjà adopté des normes plus strictes en attendant de disposer des résultats de l’enquête de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé).

En ce qui concerne la procédure actuelle d’installation d’antennes relais, elle est limitée à l’octroi d’un permis d’urbanisme délivré par le fonctionnaire délégué à la Région bruxelloise, parce que la téléphonie mobile est considérée « d’utilité publique ». Les communes sont invitées à émettre un simple avis, qui peut, si la commune le décide, faire suite à une enquête publique.

Dans le doute des effets néfastes pour la santé, toute demande d’installation pourrait être soumise systématiquement à enquête publique afin que les citoyens puissent être informés, ainsi qu’à l’octroi d’un permis d’environnement.

Le dossier de demande devrait alors contenir des informations techniques qui permettraient de juger du bien-fondé de l’implantation demandée.

En ce qui concerne la distance acceptable à respecter par rapport aux habitations, certains proposent d’éviter les zones densément peuplées afin de ne pas exposer les riverains à l’intérieur du champ propre de l’antenne (environ 50 mètres) et d’une manière plus générale de retenir le principe ALARA (« As Low As Reasonably Achievable » : aussi bas que raisonnablement possible).

Quant à la réflexion portant sur la nuisance visuelle et la protection du patrimoine, celui-ci servant bien souvent de support aux dites antennes, il conviendrait de ne pas faire l’économie d’une réflexion nuancée et prenant en compte les intérêts des différents acteurs, avant de se prononcer sur une demande d’installation.

Le gouvernement régional, en la personne du Secrétaire d’État Éric André, vient enfin de mieux se saisir du problème en créant une commission d’étude en vue de proposer une législation adéquate. Inter-Environnement Bruxelles souhaite que le nouveau régime prévoie une révision des implantations déjà réalisées.

Pour aller plus loin

Bem 300 - Mai-juin 2019

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Dernier ajout : 10 décembre.