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Le flou comptable du nomadisme touristique

Publié le mercredi 26 juillet, par Franck Bouaziz

Au-delà des chiffres officiels, impossible d’établir avec exactitude le poids économique des touristes étrangers, faute d’outils précis.

Le chiffre apparaît en bonne place dans une très sérieuse étude menée par la Direction générale des entreprises (DGE) du ministère de l’Economie : 82,5 millions de touristes étrangers ont foulé le territoire national, en 2016. Ce qui ferait de la France la première destination mondiale, malgré la baisse par rapport à 2015 (voir ci-dessous) devant les Etats-Unis et l’Espagne. Ces données sont extraites de l’enquête auprès des visiteurs venant de l’étranger menée conjointement par Bercy et la Banque de France. Elle est conduite à partir de l’observation de flux de véhicules aux frontières et sur un questionnaire adressé à 120 000 passagers avant leur embarquement en avion.

Pour autant, et c’est là que le bât blesse, il ne s’agit que de sondages auprès d’un panel de professionnels à partir desquels sont constitués des chiffres globaux. Difficile, avec cette méthode, de parvenir à l’exactitude. Mark Watkins, qui produit des études depuis deux décennies pour le secteur hôtelier, s’insurge contre ces chiffres officiels : « Il est impossible de dénombrer précisément les touristes venant en France puisque l’on n’a pas de méthode précise. Sonder 80 000 visiteurs sur des aires d’autoroute et interroger un panel d’hébergeurs n’est pas suffisant. » Quid, par exemple, de ceux qui ont recours à Airbnb ou à un accueil gratuit ? Le fondateur du site Tendance hôtellerie, Guilain Denisselle, s’interroge lui sur le fourre-tout que représente l’appellation « touriste étranger ». « Les hôteliers ne font pas de différences selon la nationalité de leurs clients dans leur déclaration de TVA. Et quand un Suédois va en Espagne et s’arrête en France pour faire le plein d’essence et déjeuner dans un restaurant d’autoroute, il est comptabilisé comme un visiteur étranger. » L’Insee évaluerait ceux pour qui la France n’est pas une destination mais un lieu de passage à près de 20 % du volume de touristes étrangers.

Même flou comptable sur les dépenses touristiques en France. Selon le ministère de l’Economie et l’Insee, cette manne représentait 158,6 milliards d’euros en 2015 (dernière statistique connue). Les deux tiers de ce montant, soit 106,8 milliards, proviennent des touristes français en France. Les 51,8 milliards restants, fruit des dépenses des étrangers, permettent à l’Hexagone de figurer en quatrième position mondiale. Seul hic, il semble que seuls trois secteurs soient suivis : le transport, l’alimentation et l’hébergement. Résultat, « l’addition moyenne » pour le séjour d’un visiteur en France ne dépasse pas 662 dollars par séjour, d’après les données publiées par l’Organisation mondiale de tourisme. Avec ce ratio, la France ne pointe plus qu’au 53e rang des pays qui accueillent plus de 2 millions de visiteurs par an en termes de dépenses. Un classement qui balaie quelques idées reçues.
Franck Bouaziz

Voir en ligne : Libération.fr

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Dernier ajout : 17 août.