Inter-Environnement Bruxelles

Le canal, une vision à contre-courant

Article publié le 12 octobre 2011.
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On nous dit que le canal est en pleine transformation, que ses riverains n’ont pas le choix et doivent se préparer à devenir un nouveau centre ouvert sur le monde, que les quartiers vont être transformés, revitalisés et vont attirer de nouveaux habitants.


Cette transformation n’est pas une fatalité

Pour transformer, il faut des financements, des règlements, des lois, des plans de développement, etc, qui sont le fruit de politiques publiques. Derrière la volonté de « rénover » la ville, il y a aussi la volonté de transformer le profil des personnes qui y vivent, de donner la place aux jeunes consommateurs, aux touristes, aux fonctionnaires internationaux et à la cohorte des lobbyistes. Alors, on recycle les friches industrielles en logements de luxe pour riches emmurés, déconnectés du tissu urbain et social existant. C’est plus rentable pour le promoteur et c’est plus profitable aussi pour refinancer une Région trop petite. De cet argent, bien peu retourne au catégories sociales les plus défavorisées. Sous prétexte de “mixité sociale”, on installe des ghettos de riches dans les quartiers populaires. Plutôt que d’augmenter les revenus des Bruxellois les plus pauvres, on tend à les remplacer par des plus riches, ce qui, en tout cas sur le papier, paraît plus simple...

Défendre le logement pour tous

Il ne s’agit plus, aujourd’hui, de défendre seulement le logement contre le bureau ou l’environnement de la ville contre l’envahissement de la circulation automobile. Il est maintenant nécessaire de défendre un logement accessible à tous dans un environnement sain contre un logement de luxe dans un paysage urbain conçu comme un décor. Les grandes visions fantasmatiques pour un avenir radieux font monter les prix de l’immobilier et en conséquence le prix de la location. Ces grands projets ambitieux dénaturent l’espace urbain en organisant le départ d’habitants mis dans la situation de ne plus pouvoir payer les nouveaux loyers. Les propriétaires deviennent toujours plus exigeants, ils réclament des fiches de salaires et vérifient les contrats de travail des candidats. Face à cette forme douce d’exclusion sociale, il faut pouvoir défendre le droit à la ville pour tous dans un environnement sain.

Défendre les quartiers populaires

Les quartiers populaires autour du canal le sont précisément car ils restent accessibles aux plus pauvres, ils permettent à chacun de préserver un droit au logement au cœur de la ville et ils donnent accès aux services que seule elle peut offrir au moindre coût. Cela nécessite des politiques qui permettent de contrôler les loyers et la qualité des logements, des politiques qui permettent à chacun de se loger dans un environnement urbain adapté aux besoins de tous avec des crèches, des écoles, des espaces verts, des lignes de transport en commun, des espaces culturels et de détente, des commerces de proximité, des politiques qui donnent accès au travail pour tout le monde, des politiques qui organisent et considèrent le droit à la parole des populations urbaines les plus démunies face aux enjeux incertains de la métropolisation des territoires.

Défendre une économie urbaine redistributive

Depuis les années 70, Bruxelles a développé une économie de services et de finances qui couvre le territoire de bureaux en attirant l’investisseur et l’homme d’affaires. En favorisant presque exclusivement cette tendance, Bruxelles tourne le dos au secteur industriel et productif qui est aussi un réservoir pour des emplois peu qualifiés. Le canal avec ses quais et son foncier a été créé dans un cadre industriel, il reste donc particulièrement adapté au redéploiement de nouvelles activités économiques (recyclage, réparation, transformation) dans un processus de réindustrialisation ouvert sur la ville et ses habitants. Si les pouvoirs publics continuent à le sacrifier au profit d’une poignée de nantis, face au pic du pétrole qui se profile, nous n’aurons alors plus d’alternatives à l’esclavage de l’autoroute béton et au trafic incessant.

Bruxelles vaut mieux qu’un canal aux alouettes

Bruxelles a la chance d’avoir un canal pour transporter des péniches au moindre coût, pour rédévelopper un nouveau secteur industriel et pour loger une population ouvrière à proximité du travail. Elle est une des rares grandes villes européennes où les quartiers populaires ne sont pas relégués dans de vagues périphéries, mais situés au cœur du tissu urbain. À la lumière des crises financières à répétitions, au moment où le thème de la réindustrialisation de l’économie reprend une nouvelle vigueur, nous transformerions notre ville en maquette pour promoteurs extasiés, en métropole miraculeuse pour homme d’affaire désorienté ! Nous rejetons avec force ce destin qui n’a pas d’avenir.

Inter-Environnement Bruxelles
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