Inter-Environnement Bruxelles Inter-Environnement Bruxelles

Le New York Times dénonce le système belge de l’énergie

Publié le mercredi 13 décembre 2017, par Olivier Mouton

La Belgique brille vue du ciel ? Un gaspillage politique, analyse le correspondant du quotidien américain à Bruxelles. Il publie un billet dénonçant le système qui contrôle l’énergie dans notre pays. En ligne de mire : la domination d’Electrabel et la complicité des élus. Une charge forte, à l’heure du Sommet de Paris et du pacte interfédéral de l’énergie.

Milan Schreuer est correspondant du quotidien américain The New York Times à Bruxelles. Depuis son arrivée chez nous, il écarquille un peu les yeux à la vue de ce qu’il y découvre. En juin dernier, abasourdi par le scandale du Samusocial à Bruxelles, le journaliste se demandait si notre pays était "the world’s wealthiest failed state" - littéralement "le pays failli le plus riche du monde".

Aujourd’hui, Milan Schreuer publie dans son quotidien de référence un billet qui fait écho aux révélations faites par Le Vif/ L’Express en matière d’énergie depuis Publifin et l’Electragate : depuis des décennies, un système mêlant les intérêts privés d’Electrabel et des prises d’intérêt publiques, via les pouvoirs locaux, génère une surconsommation d’énergie et un prix trop élevé de la facture. Pour arriver à un constat semblable, le correspondant du New York Times est parti d’une photo prise depuis l’espace par l’astronaute Thomas Pesquet, en mai dernier. Elle confirme la légende : notre pays brille plus que tout autre en raison de son réseau autoroutier et de ses villes illuminées. Et d’aucuns de dénoncer un incroyable gaspillage.

Curieux d’en savoir plus, le journaliste américain a multiplié les coups de fil et les contacts. Son constat, à l’issue de ce tour d’horizon au cours duquel plus d’un interlocuteur a demandé de ne pas être cité ? "L’explication officielle, c’est que cette illumination garantit la sécurité des routes et offre de la sécurité, souligne le journaliste. Mais les critiques en doutent et disent que ce phénomène met en lumière non seulement les routes belges, mais aussi une relation de profit réciproque entre les politiciens, les distributeurs d’électricité et le principal producteur, Electrabel." (lire l’article du New York Times)

Peter Reekmans, bourgmestre de Glabeek, membre de la liste Dedecker (LDD), dénonce longuement le système dans cet article. Le problème, dit-il, c’est la distribution des profits d’une électricité trop chère en dividendes pour les communes et en salaires pour les responsables politiques qui siègent dans leurs différents conseils. "Tout cela a fait de la politique belge une profession bien rémunérée". Selon lui, pas moins de 10 000 élus locaux ont été impliqués. "Avec sept gouvernements, six parlements, dix gouvernements provinciaux, 589 communes et des centaines d’entreprises de service public, l’Etat a grandi de façon si complexe que ces structures sont restées longtemps opaques", prolonge-t-il.

Voilà pourquoi on voit la Belgique depuis l’espace, comprend le journaliste américain... Et voilà qui n’est pas pour redorer l’image de notre pays à l’étranger.

Le New York Times donne encore la parole à l’économiste Eric De Keuleneer. "Beaucoup de personnes qui travaillent dans les sociétés de distribution de l’énergie, et même pour les régulateurs gouvernementaux de l’énergie, travaillaient auparavant pour Electrabel", dit-il notamment. En appuyant sur le fait que le lobby nucléaire domine le marché belge de l’énergie. La Belgique semble "figée dans le passé" en ce qui concerne le développement des énergies renouvelables et les diminutions de consommation. Un grand écart au vu des engagements pris dans le cadre des Accords de Paris. Et un signal d’alarme au moment du Sommet de Paris sur le climat, et alors que les différents ministres belges de l’Energie peinent à faire atterrir un pacte interfédéral, annoncé pour la fin de l’année.

Dans l’article, un ancien d’Electrabel, Michel Vercaemps, épingle d’ailleurs un système qui vise à maximiser les profits en matière d’énergie au profit de tous, producteurs, autorités, pouvoirs locaux. Hauteur des marges bénéficiaires ? 12%. "C’est énorme, clame-t-il. Pas même Goldman Sachs ne peut assurer de tels bénéfices." L’homme raconte aussi la déconvenue vécue en 2010, lorsqu’il a tenté de mettre en place un réseau alternatif d’énergie éolienne, directement connecté aux entreprises. Depuis, il s’est exilé France.

Pour rappel, l’association de consommateurs Test-Achats mène quant à elle depuis octobre une campagne "Ma facture d’énergie n’est pas une feuille d’impôts". Et réclame une commission d’enquête sur la question.

Voir en ligne : Le Vif

Dépêches

Dépêches

Dernier ajout : 23 octobre.