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La résistance au pouvoir

Publié le dimanche 18 mars

Dans un essai aussi clair qu’intéressant, Nicolas Poirier relit l’œuvre d’Elias Canetti, écrivain inclassable qui n’eut de cesse, tout au long de son œuvre, de traquer les différentes formes que peut prendre le pouvoir. C’est en particulier dans son opus magnum, Masse et puissance, qu’il tente de restituer les mécanismes du phénomène de la masse pour enrichir la connaissance de ce qu’est et de ce que peut l’homme. Masse et puissance est une réflexion sur le pouvoir et son lien avec la mort mais aussi sur la capacité humaine de faire communauté, sans succomber aux pathologies qui enferment l’homme dans une identité qu’il prétend exclusive.

 

Au cœur de la masse

La réflexion sur la masse et la foule, avant Canetti, était un sujet connu. Gustave de Bon et Freud avaient réfléchi sur le sujet et proposé des modèles expliquant pourquoi se formait une masse et comment elle réagissait. Nicolas Poirier commence par montrer que la réflexion sur la masse à laquelle se livre Canetti est loin d’être purement théorique et absolument dissociée de son expérience : bien au contraire, c’est en se souvenant d’une expérience de participation à une masse qu’il analyse ses caractéristiques. Le concept de masse renvoie à l’expérience que fit Canetti de ce phénomène lors de l’incendie du palais de justice de Vienne, le 15 juillet 1927, par des manifestants qui protestaient contre l’acquittement des policiers jugés pour avoir tué des ouvriers au cours d’une manifestation. La répression de la police fut très sévère. Canetti écrivit à ce propos : « je devins une partie de la masse ; je m’absorbais totalement en elle, je ne ressentais pas la moindre résistance face à sa volonté, quelle qu’elle fût »1.

Comme le montrer fort précisément Nicolas Poirier, pour Canetti, la masse est plus une donnée anthropologique structurelle qu’un fait lié à une situation historique déterminée. La masse ne viendrait du comportement de l’homme moderne ou d’une situation historique particulière : elle est une forme que peut prendre la collectivité humaine, quelle que soit l’époque. A ce titre, la masse n’est en soi ni un phénomène intrinsèquement décadent qu’on pourrait condamner en bloc, comme le font les conservateurs, ni non plus le début, l’ébauche d’une nouvelle organisation sociale, qu’il faudrait par principe louer comme l’affirmaient les marxistes. Per se, le phénomène de la masse est ambigu et doit donner lieu à chaque fois à une analyse pour voir ce qu’il révèle.

A l’origine de la masse, d’après Canetti, si les hommes tendent universellement à se rassembler, c’est parce qu’ils ont peur, et particulièrement peur de l’inconnu 2. En se rapprochant, les hommes cessent d’être des étrangers, des inconnus, les uns pour les autres et s’habituent à leur présence mutuelle. L’intégration, comme formation d’un tout auquel participent les individus, ne se fait dès lors pas seulement par le travail ou l’intériorisation des normes dominantes, mais également par l’insertion même à la masse. La masse est ce par quoi, pour Canetti, les hommes apeurés s’unissent et forment une collectivité. A cette occasion, on peut observer la disparition des distinctions individuelles imposées du dehors provenant de la condition ou de la classe, lors de l’intégration du l’individu au groupe. La masse vient d’une forme collective plus ancienne, la meute, entendue au sens d’un regroupement d’hommes peu nombreux et dans l’incapacité de s’accroître. Mais dans la meute un individu ne peut jamais se perdre aussi complètement que l’homme moderne au sein d’une masse ouverte, dans la mesure où il n’oubliera jamais le sens de ce qui lui confère son individualité, même s’il fait corps avec ses compagnons dans un lien de solidarité très puissant3.

Il existe différentes formes de masses. Niclas Poirier reprend à Canetti la distinction fondamentale entre « masse fermée » et « masse ouverte ». Exposant ce qu’est la « masse fermée », Nicolas poirier insiste sur l’idée que sa caractéristique principale est d’être une tendance à la domestication4). : « La masse fermée présente pour caractéristique d’être quantitativement limitée et attachée à s’inscrire dans la durée. C’est d’ailleurs, écrit Nicolas Poirier, selon Canetti, parce qu’elle se donne un espace strictement délimité dont l’accès est filtré que son assise s’avère d’une grande solidité. Ce qu’elle perd en possibilités d’accroissement est largement compensé par ce qu’elle gagne en stabilité : réservant son accès à des initiés en nombre délibérément restreint, la masse fermée se dote de moyens efficaces pour lutter contre le risque d’agressions venues de l’extérieur »5. Le paradigme de cette « masse fermée » est le rassemblement religieux, où les membres d’une même communauté se pensent réunis et, d’une certaine façon, rendus semblables, de telle sorte qu’ils ressentent la rassurante impression d’unité. 6. Le moyen le plus efficace pour diriger les fidèles est de les rassembler sous la forme d’un troupeau 7 qui n’oppose pas de résistance aux ordres de ceux qu’ils reconnaissent comme dirigeants légitimes. A cette « masse fermée » s’oppose la « masse ouverte » qui a comme propriété de tendre à l’accroissement. Le nombre de personnes peut ainsi croître, mais l’unité des individus qui la forment est moins forte, moins complète. Entre ces deux modèles permettant de penser la masse, la masse réelle doit combiner dans des proportions variables tendance à l’ouverture et tendances à la fermeture. Et si on peut faire, sur le plan historique, coïncider l’opposition entre « masse fermée » et « masses ouvertes » avec le partage entre sociétés traditionnelles et sociétés modernes, au plan structurel, les « masses fermées » et les « masses ouvertes » ont existé à toutes les époques.

Outre cette opposition structurante, il existe des formes spécifiques de masses sur lequel revient l’auteur, ce qui permet de bien voir que sous cette même forme de masse, divers motifs peuvent animer les hommes y participant. Il y a ainsi des masses compactes qui uniformisent et dans lesquelles les individus se dé-singularisent (et c’est peut-être d’abord à elles auxquelles on pense en voyant des images de défilés au pas de l’oie). C’est notamment le cas des masses produites par le totalitarisme et la peur du différent. Il existe aussi, plus positivement, des masses, comme les « masses de refus » dont le modèle est la grève, qui « n’asservissent pas [les hommes] et sont orientées dans un souci de justice et de liberté, la singularité de chacun n’y étant jamais considérée comme un obstacle. Les « masses de refus » peuvent devenir des « masses de renversement » lors d’épisodes révolutionnaires. Ces formes de masse sont affectées d’une signification positive, car elles attestent d’un désir d’émancipation et de lutte contre l’oppression, bien qu’elles puissent comporter des risques de dérive (volonté d’éradiquer l’ennemi de classe par exemple).

 

La puissance

La puissance, selon les mots de Nicolas Poirier, peut-être ainsi définie : « le propre de la puissance est de s’intensifier toujours davantage sans qu’on puisse a priori lui imposer des limites, suivant la perspective ultime d’atteindre une position souveraine dans la maîtrise de la réalité ». Cela explique le double mouvement par lequel se manifeste la puissance : celui de saisir selon une volonté de maîtrise et celui d’absorber dans la perspective d’assimiler ce qui vient de l’extérieur. Canetti va jusque à lier domination et paranoïa : l’un des traits caractéristiques du tyran est précisément sa volonté d’empêcher les métamorphoses dont il n’est pas l’instigateur ou qu’il n’arrive pas à contrôler. Son obsession consiste à s’assurer par tous les moyens possibles de l’identité de ceux qui pourraient attenter à sa puissance. L’objectif ultime du pouvoir est donc d’enfermer les êtres dans une identité figée, rendant impossible l’expression de leur singularité.

Le tyran est un survivant qui a pris le pouvoir en utilisant la mort à la fois comme moyen pour y accéder et comme moyen pour le garder, puisque l’ordre établi ne peut tenir et se conserver qu’à raison de la menace de mort que le tyran fait planer sur la masse asservie. Liant puissance, figure du tyran et survie, l’anthropologie politique développée par Canetti met en cause la figure du survivant en tant que héros. L’héroïsme en effet se caractérise par un mépris de la mort, car c’est toujours dans une confrontation directe avec la mort, à travers une forme d’exaltation sacrificielle, que le héros conquiert une singularité qui lui confère une place surplombante, fort d’avoir pu survivre aux périls que son courage lui a permis d’affronter. Canetti montre alors que cette figure du survivant-héros est également celle du tyran ou du despote, et qu’elle se trouve plus fondamentalement impliquée dans l’existence même du pouvoir. Si les hommes veulent le pouvoir, au point de se battre jusqu’à la mort pour y accéder, c’est avant tout parce que leur soif de domination se proportionne à la satisfaction d’avoir survécu : le détenteur de la puissance qui l’exerce afin d’en dominer d’autres a commencé par être un survivant8.

Comme pour justifier ce qu’il y a d’ambigu dans cette figure du survivant, Canetti se livre à une analyse du deuil, tendant à mettre en évidence en son fondement l’inavouable satisfaction d’avoir survécu à l’autre. En effet, le deuil à la mort d’un proche consiste à manifester sa tristesse à travers des signes extérieurs, dans la mesure où les convenances sociales imposent de réprimer le contentement éprouvé à l’idée de survivre à ceux qui meurent sous nos yeux. D’où une impression de puissance chez le survivant d’avoir survécu. C’est ce qui expliquerait le sentiment de culpabilité à la mort d’un proche qu’on n’a pourtant rien fait pour hâter. Et la satisfaction prise à la survie peut dégénérer en une passion insatiable : le mercenaire ou le conquérant qui éprouve une jouissance à survivre souhaitera la revivre. C’est en effet des morts que le despote tient son pouvoir, des ennemis comme des membres de sa propre armée. Le fantasme le plus profonde de tout homme au pouvoir, d’après l’analyse de Canetti, équivaut alors à devenir l’ultime survivant. Et c’est parce qu’il travaille à devenir l’unique sujet immortel que le survivant se métamorphose en héros, auréolé de sa supposée invulnérabilité aux yeux des masses9. Dès lors la figure du héros et celle du survivant apparaissent bien moins positives qu’on ne les conçoit habituellement, c’est-à-dire telles que nous les présentent les historiens, qui sont toujours du côté des vainqueurs – donc du pouvoir10.

C’est en effet bien la mort que Canetti place au cœur de ses réflexions sur l’origine et la nature de la souveraineté. La racine de l’enthousiasme qui peut s’emparer de la masse des soldats prompts à venir mourir sur le champ de bataille, s’explique parce que c’est à leurs yeux l’unique moyen de regarder la mort en face et de se donner le courage de l’affronter. Il apparaît plus facile d’accepter de mourir quand on est assemblé en masse que lorsqu’on est seul. S’exposer collectivement à la mort renforce le sentiment d’égalité absolue qui étreint tout individu perdu dans la masse et lui fournit l’illusion qu’en mourant avec les autres, il ne meurt pas vraiment. La mort dans la solitude reste ainsi la pire façon pour un homme de disparaître. Elle est ce qui fait le plus peur puisqu’elle renvoie l’individu à cette triste vérité que d’autres lui survivront, lui rappelant la faiblesse constitutive de l’être humain lorsqu’il est privé de la puissance procurée par le fait de survivre aux autres 11. Pour Canetti, ce qui fonde la souveraineté et le pouvoir politique, ce n’est pas la rationalité des hommes comprenant où est leur intérêt réel derrière leur intérêt apparent, c’est la peur de la mort. En raisonnant ainsi, Canetti s’oppose à la pensée de la souveraineté de Hobbes. Car selon Canetti, le prince n’exerce pas la puissance pour éteindre les foyers de discorde qui déchirent la cité, mais il tient son pouvoir d’un coup de force qui l’a intronisé comme prince, et qui loin de protéger les hommes de la violence constitutive d’un état de nature sans règle commune, s’exerce sur la menace d’un état de terreur permanent. En attestent les multiples guerres dans lesquelles les souverains ont entraîné les hommes. Canetti, comme l’analyse avec pertinence Nicolas Poirier, reproche à la pensée philosophique de rester prisonnière d’une rationalité abstraite qui lui interdit de saisir la relation essentielle que le pouvoir entretient avec la mort et le caractère mortifère du désir de survivre qui s’y trouve lié.

 

La conception de Canetti mise au regard d’autres contemporains

Nicolas Poirier insiste ensuite sur l’originalité de la pensée de Canetti en en faisant saillir les différences d’avec d’autres penseurs et la convergence de certaines de ses analyses avec les leurs. Il propose ainsi une très claire et très pertinente mise en parallèle des conceptions de Broch et de Canetti. Dans Théorie de la folie des masses, Broch pense qu’il faut partir de « l’individu, seule réalité objectivement observable, pour comprendre les modifications induites en lui par son insertion dans une masse, pour saisir ensuite le phénomène de la masse avec ses caractéristiques propres »12, tandis que Canetti étudiait la masse comme unité déjà constituée, comme fait premier et structurant pour l’analyse. En effet, d’après Broch, l’homme a besoin d’assimiler le monde extérieur, afin de le transformer en une valeur qui puisse satisfaire à son besoin de plénitude. Aussi, quand l’homme n’y trouve plus de quoi nourrir son sentiment d’unité personnel, il ressent une angoisse liée à la prise de conscience de sa solitude ontologique. Autrement dit, plus un individu sent « que ce monde est aussi son monde, qu’il ne lui est donc pas étranger et qu’il arrive à s’y reconnaître, plus il est en mesure de se sentir intégré à une communauté humaine au sein de laquelle il peut mener une vie qui (…) a un sens pouvant lui permettre d’accéder au bonheur »12. La culture remplit donc une fonction essentielle, car elle sécurise l’homme sur le plan psychique et diminue l’angoisse. Ce qu’il n’arrive pas à assimiler le renvoie à l’idée de sa mort ; et pour Broch la crise des sociétés européennes modernes tient à leur incapacité de générer une culture qui fasse que les hommes se sentent dans leur monde. Aussi, pour lui, « les masses constituent à cet égard des formes pathologiques de vie commune dont la caractéristique principale est de compenser, sur un mode qu’on pourrait qualifier d’hallucinatoire, un sentiment terrible de vide »14. Pour Broch, la masse est ainsi au fond une forme d’animalité, ce qu’elle n’est pas pour Canetti.

Nicolas Poirier remarque également l’existence de points communs aussi avec la pensée d’Adorno, dans la mesure où les individus touchés par le « syndrome autoritaire », selon Adorno, réalisent leur adaptation sociale en en prenant finalement plaisir dans le fait d’occuper une place subordonnée et d’obéir sans faire preuve de recul critique, ce qui converge avec le phénomène de la masse décrit par Canetti.

C’est enfin avec celles de Musil de N. Poirier met en regard les réflexions de Canetti, à propos de la métamorphose et de la plasticité : « Canetti semble tout particulièrement intéressé par cette plasticité à travers laquelle l’homme se libère des identités rigides et transforme son apparence en un jeu infini. A le lire, la masse est autant moyen d’enfermement et d’asservissement que moyen de délivrance, puisque celle-ci nous fait sortir des limites de notre individualité et nous ouvre à des possibilités de métamorphoses faisant fond sur une indétermination constitutive. Cette plasticité essentielle de l’être humain n’est pas sans faire penser à l’amorphisme dont parle Musil »15. Et en effet, Ulrich, le héros du roman de Musil L’Homme sans qualités, cherche à résister à l’emprise sur son existence des rôles figés que l’ordre social veut lui faire jouer et des identités closes sur elles-mêmes qui sont censées le définir.

 

Plasticité et métamorphose

La thèse de Canetti, telle qu’elle apparaît à Nicolas Poirier consiste à soutenir que l’homme peut échapper à la puissance (du tyran survivant) qui veut assigner des identités figées en se dessaisissant de cette identité au moyen de la métamorphose En effet, comme le note finement Nicolas Poirier, « une des marques de la puissance consiste dans la propension à faire obstacle au jeu des métamorphoses : l’extrême plasticité apparaît aux yeux du pouvoir comme porteuse d’une menace pour son intégrité identitaire. C’est pour cette raison que le despote paranoïaque livre un combat continuel contre les métamorphoses, notamment en ce qu’elles contiennent d’imprévisible et donc d’incontrôlable. Il s’évertue à démasquer les individus, croyant que leur visage dissimule une intention de lui nuire, il veut qu’ils soient comme figés dans l’identité qu’il leur impose de l’extérieur ». Il peut par exemple y avoir la métamorphose de fuite, comme chez Kafka pour tenter d’échapper au pouvoir.

De là découle la conception du poète qu’il faudrait cesser de considérer comme un héros, qui parviendrait par sa parole à dominer d’une certaine façon le monde, sous peine d’associer nécessairement artiste et puissance. Pour Canetti la mission du poète l’obligerait plutôt à participer à rendre compte de toutes les morts qui menacent les vies dont il témoigne et dont aucune ne peut être dite plus ou moins importante qu’une autre. Ainsi, le poète est le « gardien des métamorphoses », dans la mesure où le jeu des métamorphoses est ce qui oppose une résistance au pouvoir dont la mort est l’instrument, et met en échec l’identification intégrale souhaitée par la puissance.

Aussi ne peut-on qu’apprécier la clarté et la précision des analyses de Nicolas Poirier qui introduit véritablement au cœur de la pensée de Canetti, sans en rester à une description de ses principales idées. La mise en rapport des analyses de Canetti avec celles d’autres penseurs donne de la profondeur de vue aux réflexions de Canetti, réflexions si importantes pour éclairer notre époque marquée par de terribles régressions et crispations identitaires, qui prônent le rejet de l’autre et du différent, en se désolant sur la perte d’une souveraineté politique puissante.

 

Notes :
1 - l’auteur relate également une autre confrontation de l’enfant Canetti avec la masse, quand il avait neuf ans, le jour de la déclaration de guerre, près de Vienne, dans un jardin public : l’orchestre joue l’hymne autrichien puis l’hymne allemand, repris à l’unisson par le public. Canetti chanta à la place l’hymne anglais suscitant la colère des personnes rassemblées. Grâce à leur mère, ses frères et lui évitèrent le lynchage. On voit apparaître déjà la relation mortifère entretenue par la masse et la puissance lorsque la masse cherche à expulser ce qui ne cadre pas avec son identité.
2 - On lit ainsi dans Masse et puissance, cité p22 : « il n’est rien que l’homme redoute davantage que le contact de l’inconnu. On veut voir ce qui va vous toucher, on veut pouvoir le reconnaître ou, en tout cas, le classer. Partout l’homme esquive le contact insolite. La nuit, et dans l’obscurité en général, l’effroi d’un contact inattendu peut s’intensifier en panique. Même les vêtements ne suffisent pas à garantir la sécurité ; ils sont si faciles à déchirer, il est si facile de pénétrer jusqu’à la chair nue, lisse et sans défense de la victime »
3 - A l’origine, les regroupements en meute se sont formés parce qu’il était nécessaire d’être à plusieurs pour chasser un animal qu’un individu seul n’aurait jamais pu capturer : la meute de chasse constitue la meute primitive à partir de laquelle sont apparus les autres types de meutes (comme les meutes de guerre ou foules de lynchage).
4 - « La religion est donc mue par la volonté de domestiquer les masses » (p33
5 - p31
6 - D’où le problème des religions universalistes comme christianisme ou islam qui s’tendent par prosélytisme, mais doivent se resserrer ensuite autour d’un noyau plus fermé pour gagner en homogénéité et ne pas se diluer, ni s’éparpiller en différentes directions, sources d’un possible désaccord.
7 - ce qui n’est pas évoquer les analyses que Foucault consacre à la figure du pasteur dans le christianisme
8 - On ne peut s’empêcher de penser à Hegel qui place, lui aussi, le ressort de la maîtrise dans le fait d’être prêt à risquer la mort pour être reconnu, faisant aussi d’une certaine façon du risque de mort et de la survie la condition de possibilité du pouvoir
9 - « Le conquérant et le guerrier ne peuvent assouvir leur soif de pouvoir que s’ils sont les survivants ultimes, que si plus rien ni personne ne peut venir les menacer dans leur entreprise de domination totale. De là le lien constitutif pour Canetti, entre puissance et paranoïa : le fantasme du despote consiste en un projet de maîtrise totale, dont le terme final est d’avoir une emprise sur l’intégralité du réel., qui culmine dans l’objectif passablement délirant, car irréalisable, de devenir l’unique survivant. Il doit donc faire le vide autour de sa personne, conjurer toute trace d’altérité porteuse à son égard d’un potentiel meurtrier », p81
10 - Canetti reproche aux historiens d’écrire l’histoire des vainqueurs et de présenter les choses de telle sorte qu’ils voient dans ce qui s’est factuellement passé, ce qui devait arriver, par une sorte de « fatalisme rétrospectif ». Ils embellissement de plus des actions des grands hommes afin de transformer en épopée glorieuse de simples faits d’armes qui révèlent ce qu’il y a de plus sordide dans la guerre. De cette façon, l’historien participe au travail d’héroïsation qui conduit le survivant au pouvoir à entrer dans le panthéon des grands hommes qui ont fait l’histoire. Contre cette histoire au service de la puissance, Canetti défend une histoire qui serait du côté des perdants, comme W. Benjamin.
11 - Masse et puissance, cité p64 : « Le pire qui puisse arriver aux hommes dans une guerre, périr ensemble, c’est justement ce qui leur épargne la mort individuelle, celle qu’ils craignaient par-dessus tout »
12 - p86
13 - p86
14 - p87
15 - p103

Voir en ligne : http://www.nonfiction.fr/article-92...

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Dernier ajout : 20 juillet.