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La mort de la mort. Numéro 34. Janvier 2012.

Repousser levieillissement est éthiquement acceptable car c’est le but de la médecine. Maisallonger la durée de la vie, et donc fabriquer des hommes augmentés,entraînerait une réforme complète de la société des hommes. Reste à savoir dansquel but. Alain Grimfeld,président du Comité consultatif national d’éthique (2011, France)

Thème du mois:les impôts et la mort, les impôts contre la mort ?
L’année de la révolution française, Benjamin Franklin, génie polyvalent quiallait mourir l’année suivante, écrivait Dans ce monde, il n’y a que deuxchoses certaines dans la vie : les impôts et la mort (taxes and death).

Six ans plus tard, en 1795, dans la toute jeune République française, lemarquis de Condorcet s’interrogeait :
Serait-il absurde, maintenant, de supposer que ce perfectionnement del’espèce humaine doit être regardé comme susceptible d’un progrès indéfini,qu’il doit arriver un temps où la mort ne serait plus que l’effet, oud’accidents extraordinaires, ou de la destruction de plus en plus lente desforces vitales, et qu’enfin la durée de l’intervalle moyen entre la naissanceet cette destruction n’a, elle-même, aucun terme assignable ?

Plus de deux siècles plus tard, les impôts et la mort ont bien résisté. Lesimpôts ont même progressé, au grand regret de nombreux citoyens. Ces hommes etces femmes qui oublient les avantages liés aux financements collectifsd’innombrables biens et services qui protègent et servent les citoyens depuisles prestations de la sécurité sociale au réseau internet qui leur permet delire ces lignes.


A première vue, la mort a beaucoup reculé. L’espérance
de vie a fait des bonds degéant faisant plus que doubler. La mortalité infantile a pratiquement disparuen Europe. Même dans les pays les plus pauvres d’Afrique, seule une minoritéd’enfants n’atteint plus l’âge adulte. Au cours d’une semaine, nous gagnonsenviron un week-end d’espérance de vie. Au Bangladesh, un des pays les pluspauvres du monde, l’espérance de vie a cru de plus de 10 ans les 25 dernières années.

Mais la limite extrême de la durée de la vie humaine, elle, n’a pas tellementchangé. Le premier être humain qui a atteint l’âge d’un siècle est probablementné il y a près de trois millénaires en Chine, des philosophes grecs ont vécupresque centenaires. Trente siècles plus tard, la personne la plus âgée aumonde n’a que 115 ans et l’expression "resplendissante de santé" nela concerne pas.

La mort et les impôts subsistent donc.

Une part trèsimportante des impôts sert d’ailleurs à retarder la mort. Il en va ainsi,bien sûr, des dépenses en soins de santé ou pour les maisons de repos. Mais ilen va également de nombreux investissements dans des domaines variés comme lasécurité routière, les services d’urgence, les forces de police, la luttecontre les pollutions,... En réalité, dans de très nombreux domaines de la viesociale et politique, un des objectifs fondamentaux, explicites ou implicites,est de permettre une vie en bonne santé plus longue.


Il y a notamment un domaine où des impôts sont payés pour retarder la mort,mais en quantité relativement limitée, c’est la recherche scientifique dans ledomaine de la santé. Cetype de dépense se différencie de nombreux autres investissements socialementutiles en ce que la recherche profite potentiellement non pas aux citoyensd’une région ou d’un pays mais à tous les êtres humains. Paradoxalement, unintérêt aussi large que toute la population humaine peut apparaître comme moinsporteur que des intérêts catégoriels.

Les dépenses fiscales qui sont explicitement effectuées au bénéfice de l’ensemble de l’humanité sont extrêmement rares à cejour. On peut citer le financement de l’ONU et d’autres institutions àvocation mondiale,les subsides versés aux organismes qui tentent de réduire les risques liés auxastéroïdes et, de manière plus conséquente, les mesures de lutte contre leréchauffement climatique.

Enfin, lesrecherches dites fondamentales, dans une certaine mesure, visent l’intérêt detoute la population à progresser dans les connaissances. Mais le but affirméest assez rarement celui-là. Ces recherches sont généralement plutôtprésentées comme satisfaisant une sorte de curiosité globale de l’espècehumaine, une soif de savoir qui est une des caractéristiques qui font de nossemblables cet être étrange qui cherche constamment à serassurer, à dépasser et à se dépasser.

Parmi lesrecherches fondamentales et appliquées relatives à la vie de nos semblables,les investigations relatives au vieillissement concernent le plus depersonnes. Et, actuellement, pour troisdécès dans le monde, deux décès sont consécutifs aux maladies et affectionsrelatives au vieillissement.

Notreobsolescence à tousest actuellement programmée par la nature. Les recherches de milliers descientifiques ont permis certaines "déprogrammations" par le biais dela lutte contre les cancers, les maladies dégénératives, les affectionscardio-vasculaires,... mais bien du travail reste àaccomplir. Sauf à considérer qu’une vie humaine perd de sa valeur au furet à mesure de l’écoulement du temps jusqu’à devenir négligeable, toutes lesinvestigations permettant de prolonger la vie en bonne santé sont doncpotentiellement utiles à des milliards de personnes. 

Des recherchespeuvent être accomplies par des firmes pharmaceutiques, mais ces firmespréfèrent les résultats rapides et partiels aux recherches à long terme. Ilpourrait même être affirmé, cyniquement, que les solutions les plus globalessont celles le moins susceptibles d’intéresser les grandes compagnies. Eneffet :
  • Une solutionglobale réclame des recherches longues ;
  • Une percéesignificative signifierait la disparition de la nécessité de nombreuxtraitements plus partiels ;
  • Des avancéesglobales seraient d’une telle importance pour des milliards de citoyens dumonde que la pression sociale, politique et sociologique empêcherait deprivatiser largement les bénéfices des traitements.
Pour toutes cesraisons, ce sont les organismes publics qui sont les plussusceptibles de progresser dans la recherche fondamentale et même danscertaines recherches appliquées de lutte contre le vieillissement. Pourfinancer ces recherches, les mécanismes de contribution collective sont unesolution. Et puisque ce financement permet de vivre plus longtemps en bonnesanté, il diminue à terme les soins de santé de type gériatrie, il permet donc in fine de payer moins d’impôts.

Nouvelle du mois

Un des aspects les plus angoissants du vieillissement est le déclin descapacités cognitives avec l’âge. La diminution radicale de la mémoire etd’autres potentialités intellectuelles pour les victimes de la maladied’Alzheimer est connue et étudiée. Mais une étude récente semble démontrer que,malheureusement, les capacités diminuent chez des adultes non pas encore âgésmais seulement d’âge mur. Selon une enquête durant 10 années, portant sur lamémoire, le vocabulaire et la compréhension de 7.000 hommes et femmes,fonctionnaires britanniques, dès la tranche d’âge de 45 à 49 ans, les capacitésdiminuent de près de 4%.

Bien sûr, et heureusement, ces diminutions de capacitéssont compensées par l’expérience. Mais cela démontre, pour autant que lesrésultats ne soient pas biaisés par d’autres éléments,que les recherches en matière de lutte contre le vieillissement sontpotentiellement utiles non seulement pour les personnes âgées maiségalement pour bien des hommes et des femmes qui sont encore bien loin du"troisième âge".




• Pour en savoir plus de manièregénérale : http://sens.org/,http://imminst.org/http://heales.org/ et http://immortalite.org/

• Pour en savoir plus à propos du déclin des capacités cognitives dès l’âge de45 ans : http://www.bbc.co.uk/news/health-16425522 (en anglais)
• Pour réagir ou recevoirla lettre d’information : info@heales.org
• Source de l’image : statuette dans un musée symbolisant la mort - billets etpièces islandais 

Voir en ligne : http://utopianchronicles.blogspot.c...

Publié le samedi 4 février, par Utopian Chronicles