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La commune de Schaerbeek interpellée par les habitants du Progrès

Publié le mercredi 2 mars 2011, par IEB

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Mercredi 23 février 2011, le Comité Progrès-Nord interpelle le conseil communal de Schaerbeek sur les expropriations de la rue du Progrès suite au projet de viaduc ferroviaire d’Infrabel. Reportage.

Voir le reportage de TV-Brussel



17h, mercredi 23 février. Un groupe se forme au coin de la rue du Progrès mêlant habitants de la rue, menacés d’expulsion en raison d’un projet de viaduc ferroviaire, des associations et autres habitants de Bruxelles venus les soutenir. Regroupés en comité, les menacés d’expulsion ont décidé d’interpeller leur commune pour défendre leur droit au logement. Pour certains, il s’agit de préserver de la démolition les maisons dont ils sont propriétaires depuis de nombreuses années. Pour d’autres, il s’agit d’avoir accès à un logement dans le quartier, voire ailleurs, adapté à leurs revenus souvent peu élevés.

Nous on reste là, on ne bougera pas

17h15, malgré le froid et la neige fondante, le groupe s’ébranle vers la maison communale, brandissant des affiches aux cris multiples : « Non au délogement, sans relogement », « Le Progrès, une voie toute tracée ? », « Rail bol »,... Leur avancée est accompagnée par le Chant du quartier Nord, adapté aux circonstances, scandé avec vigueur par le Groupe d’action musicale, groupe mythique venu en soutien des expulsés du quartier Nord dans les années 70 : « Nous on reste, on ne bougera pas, tant qu’Infrabel ne nous reloge pas ! ».

17h40, arrivé sur la place Colignon, le groupe est rejoint par quelques habitants retardataires et entreprend sue la place publique la lecture à haute voix des revendications qui seront exprimées quelques minutes plus tard dans les murs de la salle du conseil : Nous les habitants de la rue du Progrès des n° 214 à 270, sommes sous le coup d’un risque d’expulsion en raison d’un projet d’Infrabel qui démolit nos maisons. Voilà 6 ans maintenant, que la plupart d’entre nous, propriétaires comme locataires, sommes dans l’incertitude quant au fait de savoir si dans 2 ans nos maisons seront encore debout. Bien que nos situations et nos parcours soient très divers, nous sommes conscients que nous avons un objectif commun à défendre face au projet d’Infrabel, celui de la préservation d’un droit fondamental : notre droit au logement....

Cinq minutes pour 200 expulsés

18h15, une quarantaine de personnes pénètrent dans l’enceinte de la maison communale. Après quelques minutes d’attente et de brouhahas, la séance commence. Les conseillers sont présents en nombre. Une représentante des habitants lit le texte du comité, elle a droit à 5 minutes de parole pour faire passer le message. Raclement de gorge. Pas facile de résumer ainsi, dans cette enceinte officielle, la charge concentrée des demandes de dizaine d’habitants qui risquent de perdre leur toit et d’être déraciné.

La bourgmestre faisant fonction, Cécile Jodogne, lit à son tour un long texte en réponse aux demandes des habitants énonçant la liste de tout ce que la commune a mis en place pour encadrer les expulsions : toutes-boîtes en mars 2007 (il y a donc près de 4 ans), soirée d’informations dont la dernière s’est tenue le 18 mars 2009 (il y a presque 2 ans), porte à porte en été 2009 (avec le risque que de nombreux habitants soient en vacances), création d’un fonds géré par la commune pour permettre l’octroi d’indemnités aux locataires expulsés (montants allant de 3 000 à 10 000 € par ménage), engagement d’une personne à temps plein pour assurer un accompagnement individuel social et administratif. La bourgmestre rappelle que c’est la Région qui est compétente pour la délivrance du permis et que IEB et les habitants se trompent de cible. Elle regrette également le caractère erroné et lacunaire des informations fournies par IEB, lesquelles insinueraient que la commune n’aurait rien fait jusqu’à présent.

IEB reviendra dans une communication ultérieure sur ces accusations. Car pour l’instant, peu lui importe son image, il y a plus urgent : le sort des habitants de la rue du Progrès.

Les conseillers communaux ont reconnu l’insuffisance des garanties de relogement

Suite à l’interpellation, on remarquera que tous les conseillers communaux qui ont pris la parole après Madame Jodogne, à l’exception de Monsieur Clerfayt, ont reconnu l’insuffisance des mesures prévues jusqu’à présent pour garantir un droit au relogement. Pour le CDH, représenté par Monsieur Denis Grimberghs, les garanties prévues par le comité d’accompagnement du projet étaient bien supérieures à ce qui est prévu dans les conventions. Le temps écoulé depuis l’introduction du permis (2005) aurait permis largement de reconstruire du logement au profit des habitants expulsés. Pour le PS, représenté par Madame Laurette Onkelinx, il est indispensable de garantir le relogement des expulsés en leur donnant la priorité dans l’accès au logement. Pour les Ecolo, représentés par Monsieur Vincent Vanhalewyn, si on est loin des situations d’injustice sociale des Guillemins à Liège ou du quartier Midi, il reste qu’il faudrait amener Infrabel à produire du logement pour compléter le dispositif prévu par les conventions.

Après ces diverses prises de parole, les habitants auraient souhaité disposé d’un droit de réplique qui leur a été refusé. Voici notamment ce qu’ils auraient voulu exprimer : « Nous savons que la commune a mis beaucoup d’énergie pour négocier les deux conventions passées avec Infrabel et qu’elle a engagé une personne chargée de l’accompagnement des locataires expulsés. Nous faisons toutefois remarquer à la commune que ce qui était considéré comme une convention garantissant le relogement des habitants s’est sensiblement transformée en une convention d’accompagnement individuel des locataires avec indemnités à la clé. Nous sommes passés d’une obligation de résultat à une obligation de moyen. Par cet accompagnement individuel, les pouvoirs publics se contentent de mettre en concurrence les habitants précaires dans leur accès au logement. La seule façon d’éviter cet effet pervers est de reconstruire du logement pour les habitants expulsés. Vu que la demande de permis date de 2005, les pouvoirs publics auraient largement eu le temps d’envisager cette reconstruction financée par Infrabel. »

Reloger les habitants sans créer de privilège

Dans la mesure où le gouvernement régional est appelé à se prononcer sur ce dossier cette semaine, IEB insiste pour que la Région ne délivre le permis que si elle impose à Infrabel de financer la reconstruction de logements dans le quartier pour reloger les expulsés. Les pouvoirs publics pourraient, moyennant ce financement, développer le montage adapté à la situation (logements sociaux, assimilés, acquisitifs,...). Toute autre solution, comme celle consistant à établir des règles de priorité dans l’accès au logement, est en réalité un déni de ce droit constitutionnel premier puisqu’elle revient à accepter la suprématie d’un projet de mobilité qui atteint substantiellement la fonction logement sans réparation du dommage causé.

En effet, le projet d’Infrabel revient à détruire environ 80 logements, et ce, dans un contexte de crise aigüe d’accès au logement surtout dans le segment locatif pour les bas revenus. A Schaerbeek, le logement social ne représente que 5% du parc total du logement. La plupart des habitants de la rue du Progrès sont dotés d’un revenu largement inférieur à la moyenne régionale [1] et n’ont pas accès à la grande majorité des logements mis sur le marché tant à Schaerbeek qu’ailleurs en Région bruxelloise [2]. A défaut de reconstruire un nombre équivalent de logements, on assistera nécessairement à un accroissement de la pression sur le marché locatif déjà largement insuffisant. 45.000 demandes sont aujourd’hui déjà sur des listes d’attente pour un logement public (logement social, Régies foncières, Agence Immobilière Sociale = AIS). Résoudre les conséquences négatives du projet d’Infrabel sur la fonction d’habitation en créant un droit de priorité pour les locataires expulsés sur d’autres habitants aux revenus similaires revient seulement à aggraver la situation de précarité par une mise en concurrence des demandeurs de logements.

Ce n’est pas parce que les pouvoirs publics et les parastataux sont dispensés du versement des charges d’urbanisme qu’ils peuvent justifier de l’utilité publique d’un projet pour démolir du logement sans aucune compensation.

C’est pourquoi, il importe que la Région donne un signal clair à Infrabel : bien que d’utilités publiques, les projets d’Infrabel ne peuvent se faire au détriment de la fonction logement. Pour IEB, tout projet entraînant une disparition de logements doit être accompagné de mesures garantissant le maintien d’un nombre équivalent de logements destinés aux habitants délogés. C’est à la Région de trancher, puisqu’il lui appartient de délivrer le permis. La Région n’est certainement pas suffisamment riche en logements publics pour se permettre un tel gaspillage au détriment de ses habitants !

Notes

[1Ils ont un revenu annuel médian de 4 400 € inférieur à la moyenne régionale.

[2Ils paient des loyers allant de 200 à 500 € pour des appartements de 1 à 3 chambres.


Présence IEB

Dernier ajout : 19 octobre.