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Le Génie de l’arbre. Visages, paysages, usages

Publié le jeudi 6 octobre, par Jean-Pierre Tuquoi

Bruno Sirven et Alain Canet sont des passionnés d’arbres et de paysages et Le Génie de l’arbre est l’aboutissement de leur quête de deux décennies. Botanique, biodiversité, paysages, agriculture… ils abordent tous les domaines où s’expriment les vertus des arbres. Cet ouvrage a sa place dans les bibliothèques à côté de ceux de Jean-Marie Pelt, Francis Hallé et David Suzuki.

Ce livre a quelques semaines et il a vingt ans. Il a été publié cet automne, mais cela fait vingt ans que l’auteur, Bruno Sirven, un géographe spécialiste du paysage et des arbres, avec la collaboration d’Alain Canet, un autre fou d’arbres et de paysages, mûrissent le projet. Depuis la fin du siècle passé, ils prennent donc des photos, engrangent des témoignages, collectionnent les données, arpentent, observent, explorent pour approcher ce que l’auteur appelle le «  génie de l’arbre  ». «  Nous avons cherché, trouvé, découvert, imaginé, inventé  ; nous nous sommes trompés, nous avons corrigé, nous nous sommes enthousiasmés  », écrit-il dans l’avant-propos.

Cette quête n’a pas été vaine. Magnifiquement et abondamment illustré, le livre qui en est l’aboutissement, épais (plus de 400 pages) sans être touffu, volumineux sans être pesant, est une réussite indéniable. D’une grande richesse, d’une originalité insoupçonnée, il a sa place dans les bibliothèques. Et il n’y aura pas de honte pour les ouvrages de Jean-Marie Pelt, Francis Hallé ou David Suzuki à côtoyer demain le «  Sirven  » dans les rayonnages. Il ne déparera pas.

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Pins et platanes le long du canal du Midi.

Ceux qu’intéresse la botanique y trouveront des pages passionnantes et savantes sur les performances des résineux comparés aux feuillus (les gagnants de la compétition végétale), sur la vitalité sans égal des arbres (qui n’a pas été frappé par ces platanes qui survivent à une décapitation sauvage) ou sur les échanges souterrains encore très mal connus entre les racines et les champignons…

«  Un arbre ne vit jamais seul. C’est un habitat peuplé à tous les étages  » 

Ceux qui privilégient la place de l’arbre dans l’environnement ne seront pas déçus. Dans un langage clair et imagé, l’auteur démonte, par exemple, les mécanismes qui font de l’arbre une sorte d’arrosoir inversé qui collecte la vapeur d’eau via son houppier avant de la restituer sous la forme d’une vapeur invisible.

L’arbre est bel et bien une machine très performante. Pour une même quantité de matière sèche, elle consomme moitié moins d’eau qu’une céréale. A-t-on jamais vu des tourniquets d’eau arroser de jeunes arbres comme un vulgaire champ de maïs  ?

L’auteur est un avocat passionné des arbres. Bruno Sirven sait nous faire toucher du doigt leurs vertus  ; il est convaincant lorsqu’il fait d’eux des acteurs essentiels de la biodiversité. «  Un arbre ne vit jamais seul, écrit-il. C’est un habitat peuplé à tous les étages, dans le sol et dans les airs, du bout de la plus infime racine jusqu’à l’extrémité ultime de la cime où il héberge, tel un village vertical, des résidents de toute nature.  » La mort de l’arbre n’est d’ailleurs pas celle des hôtes qu’il abrite, au contraire. «  Même mort, l’arbre continue à donner la vie et préparer le terreau en se décomposant pour mieux accueillir ses successeurs. Il continue à être un lieu de vie et d’étape.  »

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Les racines externes d’un pin.

Mais sa réflexion ne s’arrête pas là. L’ouvrage se prolonge par plusieurs chapitres sur la place de l’arbre dans les paysages. Là, l’auteur est encore plus à son affaire. Avec son complice Alain Canet, il travaille sur ce thème depuis des années. Une association a même été créée par eux dans le département du Gers pour apporter la bonne parole et faire que les arbres ne soient plus cantonnés aux seules forêts (dont la superficie augmente), mais réintroduits dans les paysages ruraux d’où ils ont été chassés par le remembrement des terres agricoles à partir des années soixante.

Allié des agriculteurs et des collectivités, ami des promeneurs, défenseur des cours d’eau…

L’association Arbre et paysage 32 a bien travaillé. Les haies plantées d’arbres ont réapparu dans le département (moyennant des subventions) tant et si bien que plusieurs départements limitrophes suivent aujourd’hui l’exemple.

C’est donc de l’arbre échappé de la forêt, allié des agriculteurs et des collectivités, ami des promeneurs, défenseur des cours d’eau, des vignes et des champs de céréales qu’il est question dans la seconde partie du livre. À travers une multitude d’exemples, Sirven démontre tout ce l’arbre peut apporter à l’agriculture moderne. Il le fait avec brio et modestie avant de nous inviter en conclusion à partager l’une de ses convictions, qu’il définit ainsi : «  Lorsqu’il y a des arbres, on ne sait pas vraiment comment ça marche, mais on sait que, lorsqu’il n’y en a pas, ça ne marche pas.  » Autrement dit, il est difficile de dire précisément tout ce que l’arbre apporte de positif à la société. Il est encore trop mal connu. En revanche, il est certain que sa raréfaction ou son absence ont des conséquences négatives.


- Le Génie de l’arbre. Visages, paysages, usages, par Bruno Sirven, avec la collaboration d’Alain Canet, éditions Actes Sud, 432 p., 42 €.


Source : Jean-Pierre Tuquoi pour Reporterre

Photos : © Arnaud Bouissou/Terra sauf
. racines : © Laurent Mignaux/Terra

Voir en ligne : https://reporterre.net/L-arbre-est-...

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