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L’UE peut désormais subventionner la surpêche

Publié le vendredi 28 avril, par Philippe Brochen

Le Parlement européen a voté ce jeudi en faveur d’un amendement qui prévoit de réinstaurer les aides à la construction des bateaux de pêche dans des régions insulaires et ultramarines de l’Union. Ce scrutin permet à la Commission européenne de suivre cette direction.

L’UE peut désormais subventionner la surpêche

Un verrou essentiel contre la surpêche peut désormais sauter à Bruxelles. En 2012, l’Union européenne a suspendu les subventions publiques à la construction des navires de pêche pour canaliser la surcapacité des productions de la flotte et, par conséquent, endiguer la surpêche qui met en péril la ressource globale et notamment certaines espèces. Las, le Parlement européen a examiné ce jeudi un amendement qui prévoyait de réinstaurer l’autorisation de ces aides publiques (européennes, nationales et régionales) pour la mise à l’eau de nouveaux bateaux de pêche dans certaines régions insulaires et ultramarines de l’Union. Les zones, qualifiées dans le texte d’« ultrapériphériques », sont françaises (Guadeloupe, Guyane, Réunion, Martinique, Mayotte et Saint-Martin), portugaises (Madère et les Açores) et espagnoles (îles Canaries).

Le décompte du vote au Parlement européen est sans appel : 358 eurodéputés ont voté pour cet amendement contre 240 (et 16 abstentions). « Bien que non contraignant d’un point de vue législatif, ce vote envoie un signal politique fort et absurde qui contredit les engagements prônés par l’Europe au travers de sa Politique commune de la pêche, commente l’association Bloom. Ce scrutin permet aux députés de signifier à la Commission européenne leur volonté de réintroduire les aides communautaires et nationales à la construction de bateaux de pêche dans certaines zones. »

En raison du calendrier électoral français, ce vote serait certainement passé inaperçu en France si l’ONG Bloom, qui œuvre depuis 2005 à la « préservation des océans et la défense d’une pêche durable écologiquement et humainement », n’avait pas alerté sur cet amendement qu’elle juge « dangereux, car il va entraîner de la surpêche ». « Le principe de l’élimination des subventions néfastes s’est imposé comme l’une des façons les plus efficaces de lutter contre le fléau de la surexploitation des ressources marines, argumente Claire Nouvian, présidente de l’association. Ce court-termisme amène in fine tout le monde dans le mur. D’autant que des subventions pour aider le secteur existent déjà. »
Surexploitation chronique

Pour sa part, Frédéric Le Manach, directeur scientifique de Bloom, estime qu’« envisager l’accroissement de l’effort de pêche dans un contexte de surexploitation chronique des ressources marines sans disposer d’un état des lieux de la santé des stocks de poissons, des écosystèmes ainsi que d’un panorama précis de l’effort de pêche déployé, est insensé et irresponsable ».

L’ONG s’alarme également qu’une vingtaine d’eurodéputés français ont voté en faveur de l’amendement. Ces derniers appartiennent à la fois au PS (dix), au Front de gauche (deux) et à LR (onze). Si Claire Nouvian n’est pas surprise de la position des parlementaires LR, « qui s’assument anti-écolos et ne cachent pas leurs liens avec les lobbys industriels », elle déplore que des élus socialistes et Front de gauche fassent partie de cette « alliance en décalage avec les programmes de Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon, en faveur de l’écologie lors de la présidentielle ». Et la présidente de Bloom de rappeler qu’en décembre 2013, des eurodéputés PS s’étaient opposés à leurs homologues socialistes européens et avaient rejeté l’interdiction du chalutage profond.

Pour autant, Claire Nouvian et Frédéric Le Manach n’avaient pas perdu tout espoir que l’amendement soit rejeté : « Ce texte a été déposé dans le cadre d’un rapport d’initiative du Parlement dont la rapporteuse, la députée socialiste allemande Ulrike Rodust, a donné une consigne de vote défavorable au groupe socialiste européen de façon à ce qu’il rejette unanimement cette mesure dangereuse au cours du vote. » En vain.

Pourtant, en septembre 2015, l’ONU avait adopté un « objectif de développement durable » qui « interdit d’ici à 2020 les subventions à la pêche qui contribuent à la surcapacité et à la surpêche ». Elle n’a à l’évidence pas été entendue.
Philippe Brochen

Voir en ligne : Libération.fr

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