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Bruxelles sans papiers

Introduction : Bruxelles Sans Papiers, luttes urbaines et immigration

Publié le mardi 21 novembre 2017, par Gérald Hanotiaux, Mohamed Benzaouia

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L’Histoire d’une ville est une chose bien difficile à définir, un enchevêtrement complexe de nombreuses strates composées de vies, de relations sociales, d’événements petits ou grands, de politiques menées au nom de ses habitants – ou pas –, de constructions / destructions, etc. Nous proposons dans ce numéro d’explorer certaines de ces strates sous un prisme particulier : celui des luttes urbaines liées à l’immigration.

Une dimension de la ville réside dans ses mouvements d’habitants, parmi ceux-ci certains sont dans l’obligation de revendiquer le droit d’y vivre, malgré une situation administrative niant leur existence légale. Les « sans-papiers » dépendent aujourd’hui de législations de plus en plus restrictives, et d’une politique d’asile abordée sous l’antienne : « nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde… », accompagnée plus récemment d’une seconde prétendument liée : « la sécurité avant tout ».

Quelle que soit l’époque, ces hommes et ces femmes « sans-papiers » ne se sont jamais retrouvés seuls dans leurs luttes pour un droit à la reconnaissance parmi nous. La population « locale » a soutenu ces existences, parfois fracassées par les politiques belges et européennes contemporaines.

Pour rencontrer des personnes sans-papiers, il suffit de sortir de chez soi et de se balader dans Bruxelles. Plus précisément, il suffit de se rendre dans le quartier Nord, au milieu des tours de bureaux, dont l’une accueille les bureaux de l’Office des étrangers. On peut y rencontrer des êtres humains faisant la file des jours entiers pour décrocher le droit d’expliquer leur parcours, et tenter de trouver un lieu où se reposer après un voyage éreintant et dangereux. Des êtres humains contraints de dormir à même le sol, dans un parc, sous des tentes, dans l’espoir de décrocher ce fameux rendez-vous.

Ils seront peut-être arrêtés, raflés par dizaines par la police belge, insultés, humiliés, parfois frappés. Ils seront peut-être accueillis pour quelques nuits par des habitants pour lesquels les voir dormir dehors et menacés d’expulsion est insoutenable. Ils seront nourris et habillés par d’autres, soutenus par des associations… Des individus seuls ou en collectifs, dans l’improvisation ou en associations structurées, s’impliquent, une fois encore, pour suppléer aux défaillances d’accueil des autorités politiques de ce bout de territoire nommé Belgique.

L’un des focus de ce numéro de Bruxelles en mouvements porte sur les mouvements sociaux qui ont entouré ces personnes arrivées, au bout d’un long périple, sur le territoire de Bruxelles. Nous y alimenterons une ligne du temps, en relatant simplement quelques fragments de cette Histoire qui reste à écrire et ne cesse de s’étoffer de jour en jour. Retracer une Histoire complète des luttes liées à l’immigration à Bruxelles est une tâche colossale, à laquelle nous contribuons modestement. Il ne s’agit pas de se vouloir exhaustif, il est par ailleurs probable qu’une totale exhaustivité soit une tâche non réalisable.

Nous proposons simplement d’explorer certains moments de ces histoires sociales, choisis au gré des informations disponibles et de personnes actrices dans certains épisodes de ces luttes.

Nous commencerons par relater une action charnière dans l’histoire de l’immigration en Belgique, car elle a mené à la dernière vague de régularisation avant la fermeture des frontières au milieu des années 70. Nous nous pencherons également sur un mouvement social qui a lutté contre l’emprisonnement des étrangers dans les années 90. Nous relaterons la vie dans les locaux d’une ambassade, accueillant des sans-papiers d’origines diverses dans les années 2000. Nous nous intéresserons au devenir d’un bâtiment accueillant les demandeurs d’asile depuis les années 80, et sur son supposé remplaçant en projet : le « centre de Tri » du sinistre Theo Francken. Nous n’oublierons pas les acteurs des luttes actuelles qui agissent à travers La Voix des Sans-Papiers !

La pensée populaire raconte souvent que l’Histoire écrite est celle des vainqueurs, jamais celle des vaincus. Nous désirons sortir de cette dualité quelque peu guerrière, pour simplement relater des événements qui ont tous leur place dans l’histoire de Bruxelles car ils ont alimenté le bouillonnement social et politique de cette ville. Et parce qu’ils ont simplement existé, cela en fait quelque chose d’énorme !

Mohamed Benzaouia
et Gérald Hanotiaux

Bem n°291 - Novembre-décembre 2017

Bem n°291 - Novembre-décembre 2017

Dernier ajout : 21 octobre.