Inter-Environnement Bruxelles
© IEB - 2021

Intro

Les habitats légers, mobiles et éphémères ont toujours été présents dans nos villes et villages, il ne s’agit pas d’un phénomène aussi marginal qu’on le laisse souvent croire. Par exemple, on estime à 3 000 les gens du voyage qui passent chaque année par la région bruxelloise (15 000 pour la Belgique). Nombre auquel il faudrait ajouter tous ceux qui pour des raisons multiples décident de faire appel à ce type d’habitat…

© Gwenaël Brëes - 2021

Que ce soit l’itinérance des travailleurs, les grandes caravanes commerciales au XVIe, le nomadisme des ouvriers (travailleurs saisonniers), l’errance des populations, l’ingéniosité de bricoleurs sachant se donner de meilleures conditions de vie, ou tout simplement le goût pour des modes d’habiter peu compatibles avec les structures (et les coûts) de l’habitat traditionnel : ces phénomènes ne sont pas nouveaux et d’ailleurs ne sont pas toujours synonymes de précarité sociale.

Le choix de tels types d’habitat peut reposer sur la condition économique des habitants, leurs liens sociaux, leurs choix politiques/culturels, ou tout simplement sur l’idée qu’on se fait du confort. Des résidents aux statuts sociaux et culturels les plus divers (artisans, étudiants, chômeurs, ouvriers saisonniers, forains, collectifs politiques et/ou ruraux, voyageurs,…) habitent ainsi des structures économes, susceptibles de s’adapter à leurs besoins et leurs ressources ; qui parfois présentent l’avantage de la réversibilité et souvent s’accompagnent de tentatives de développer des pratiques d’échange, des modes de vie plus autonomes ou collectifs, d’explorer d’autres façons de vivre…

La diversité des réalités qu’embrasse l’habitat « atypique » peut rendre illusoire la tentative de lui conférer une reconnaissance symbolique et légale sans procéder à des catégorisations. Cependant, reconnaître ces formes d’habitat comme une réponse populaire, inventive et créative à la crise du logement est une étape importante. Il s’agit de reconnaître et d’assumer des pratiques sociales jugées marginales ou utopiques. Le présent dossier nourrit cette réflexion, à la fois au travers de témoignages d’occupants de différents types d’habitats, ainsi que d’un tour de piste de la situation actuelle, notamment réglementaire, et des obstacles qu’elle oppose à ces autres modes d’habiter.

Il s’agit-là également d’une première salve réflexive dans une approche plus globale sur les questions de précarité liée au logement. Nous reviendrons donc à la charge cette automne avec un deuxième dossier portant plus précisément sur les normes qui maintiennent les individus dans l’isolement dans leur mode d’habiter, telles que les normes qui freinent la cohabitation. L’occasion aussi de traiter d’alternatives telles que l’habitat communautaire, partagé ou solidaire.