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Dawn of the Uberdead

Interview de Douglas Sepulchre du Collectif des coursier·e·s

Publié le lundi 29 janvier, par Mathieu Strale

Le collectif a pour objectif de représenter les coursier·e·s des entreprises de livraison pour défendre leurs droits.

Une première question porte sur la constitution du collectif des coursier·e·s. Qui est à l’initiative du collectif des coursiers ? Comment en devient-on membre ? Comment s’organisent les actions et la sensibilisation des coursiers ?

À Bruxelles, c’est en mars 2015 qu’il y a eu la première tentative d’organisation des coursier·e·s qui, à l’époque, travaillaient pour Take Eat Easy. Take Eat Easy commençait à vraiment décoller et, pendant l’hiver 2014-2015, ils se sont retrouvés à court de coursiers parce que la plupart des étudiants avaient arrêté de shifter à cause des examens. Du coup, ils ont fait une énorme campagne de recrutement si bien que, en février, il y avait beaucoup trop de coursiers et plus aucune place pour travailler ! C’est là qu’il y a eu, de notre côté, une prise de conscience du fait qu’on était vraiment trop peu protégés. En mars 2015 on a tenu nos premières réunions, et en avril le collectif est né ! Par contre, la faillite de Take Eat Easy a mis de facto le collectif en pause puisqu’on s’est tous retrouvés dispersés : certains ont été chez Deliveroo, d’autres ont arrêté, etc. Puis, petit à petit, il s’est reconstruit au sein de Deliveroo, même si on a des membres qui sont aussi chez Uber Eats et qu’on espère évidemment s’implanter là.

Pour devenir membre, c’est très simple : il suffit de rejoindre notre groupe Facebook ou notre conversation Whatsapp. Les revendications sont quant à elles votées en assemblée. C’est là aussi qu’on a élu des représentants (ceux qui négocient avec Deliveroo) et des porte-parole (ceux qui répondent à la presse).

Sensibiliser les coursiers n’est pas hyper facile parce que notre activité est avant tout une activité solitaire. On roule seul, on livre le plat seul et on ne croise pas systématiquement des coursiers devant les restaurants. Contrairement à ceux qui bossent dans des bureaux ou à l’usine, on ne côtoie pas constamment nos collègues. Du coup, il a fallu s’organiser en conséquence : quand on est en shift, on parle du collectif à ceux qu’on croise, on distribue des tracts, on prend leur contact Facebook ou leur numéro de téléphone.

Quelles sont les revendications du collectif ? Avez-vous déjà obtenu des victoires/ avancées sur certains points de vos revendications ?

Nos revendications sont très simples et ne sont vraiment pas démesurées. Si ce qu’on réclame avant tout est d’être salariés de Deliveroo, dans l’immédiat on demande au moins un retour à la situation normale : à savoir pouvoir choisir entre le fait d’être indépendant ou de passer par la SMart. On exige aussi que tout le monde, qu’on soit indépendant ou salarié SMart, soit rémunéré à l’heure. On demande aussi à ce qu’un comité de concertation entre Deliveroo et les coursiers soit mis en place. À la suite de notre action du 24/11, Deliveroo a accepté de rencontrer les représentants du Collectif des coursiers. Ce n’est évidemment pas assez, mais ça s’approche déjà de notre dernière revendication (la mise en place d’un comité de concertation) même s’il faudra que ça devienne quelque chose de régulier.

Êtes-vous reconnus comme des interlocuteurs par ces entreprises ? Quelles relations avez-vous avec les syndicats ? Avez-vous des contacts avec d’autres collectifs de coursier·e·s en Europe ou ailleurs ?

Depuis notre action du 24/11/2018 et en voyant qu’on était capable de mobiliser et de faire du bruit, Deliveroo a accepté de recevoir le Collectif des coursier·e·s, ce qu’ils avaient toujours refusé de faire : avant, ils disaient qu’ils étaient prêts à recevoir les coursiers individuellement, mais refusaient de dialoguer avec un collectif. Il faudra par contre voir si le Collectif sera reconnu comme une organisation représentative des coursiers. Cela dépendra évidemment de notre capacité de mobilisation.

Le Collectif des coursier·e·s est une organisation autonome des coursiers, mais nous travaillons étroitement avec la CSC (CNE et CSC Transcom) qui nous fournissent un soutien logistique, financier, mais aussi une expertise. Nous sommes conscients que si nous voulons peser face aux plateformes, nous devons nous organiser à l’échelle européenne. C’est pour ça que nous sommes depuis le début en contact avec les autres collectifs d’Europe. En été de cette année, on a rejoint l’European Strike Riders, un collectif qui rassemble tous les collectifs de coursiers en Europe (Espagne, Allemagne, Italie, France, Angleterre, etc.).

Quelles sont les conséquences de la récente annonce de Deliveroo de ne plus recourir à la SMart ?

Les conséquences de la rupture de la convention entre Deliveroo et la SM art sont catastrophiques. D’abord parce qu’on n’aura plus accès à la sécurité sociale. Aussi parce qu’on ne sera plus aussi bien assurés en cas d’accident de travail (la nouvelle assurance proposée par Deliveroo ne nous couvre que jusqu’à la limite de 1 500 euros de frais médicaux et d’hospitalisation, ce qui est un chiffre ridicule compte tenu des risques qu’on prend ; l’assurance légale qu’on avait avec la SMart ne prévoyait pas de limite). Mais aussi parce qu’on ne sera plus payés par heure mais par livraison… On sera payés à la tâche ! On a calculé qu’un tel changement de rémunération impliquerait une baisse de 30% de nos revenus.

Nous aurons prochainement une réunion avec la direction de Deliveroo. On annoncera notre plan d’action en fonction de ce qu’il se passe à ce moment. Mais une chose est claire : nous sommes déterminés à faire appliquer nos revendications. Ainsi, si nous ne sommes pas écoutés, nous continuerons à mener d’autres actions, que ce soit de nouveaux rassemblements ou une grève.

Entretien mené par Mathieu Strale

La lutte continue

Depuis cet entretien qui s’est déroulé début décembre, le collectif a pu rencontrer la direction de Deliveroo mais celle-ci n’a pas répondu à leurs revendications. À partir du 1er février, les coursier·e·s seront obligés de passer sous un statut d’indépendant et seront payés à la course. Toute négociation semble à l’arrêt. Le 13 janvier dernier, des mouvements de grève des coursier·e·s se sont déroulés à Bruxelles, Liège, Malines, Gand, Anvers mais aussi Amsterdam. Cette opération baptisée #OnVaCuisiner souhaitait « montrer à Deliveroo que tout le monde préfère se faire à manger plutôt que commander un plat livré par un travailleur à qui on nie les droits sociaux ». Face au refus de la direction de revenir sur sa décision, le collectif a décidé de mener plusieurs actions de grève dans les semaines à venir.

Plus d’informations sur : www.facebook.com/collectif.coursiers.
Bem n°292 - Janvier-février 2018

Bem n°292 - Janvier-février 2018

Dernier ajout : 22 octobre.