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Horreur : une nouvelle école musulmane à Anderlecht…

Publié le jeudi 17 mai 2012, par Henri Goldman

C’était dans le quotidien Le Soir de ce mardi 15 mai : « Le dossier du collège musulman progresse ». Il s’agit d’un projet porté par la mosquée « marocaine » Al Amal, mosquée désormais bien connue des téléspectateurs de la RTBF puisque c’est là qu’une séquence de « Questions à la Une » avait capté un prêche en arabe aux accents antisémites. Une asbl proche de la mosquée vient de publier au Moniteur belge ses statuts de pouvoir organisateur en vue d’ouvrir des établissements de niveau maternel, primaire et secondaire et d’en obtenir une reconnaissance de la Communauté française.


Dans le climat actuel, cette initiative suscitera immanquablement de la méfiance. Pris la main dans le sac, les explications des responsables de cette mosquée n’auront sans doute pas convaincu beaucoup de monde de leur bonne foi. Par extension, on imagine déjà toutes les ficelles qui seront utilisées pour déjouer l’inspection de la Communauté française qui viendra vérifier si les cours de biologie sont enseignés conformément au programme. Quant à la mixité, elle sera sans doute limitée au minimum obligatoire.

Bref, il n’est pas difficile d’anticiper les protestations qui fleuriront si l’école est reconnue et ouvre ses portes. « Comment ? De l’argent public pour financer un bourrage de crâne obscurantiste d’inspiration salafiste ? Il n’en est pas question ! » Protestations inutiles. En Belgique, la liberté scolaire est garantie. La majorité des enfants sont scolarisés dans des écoles catholiques et, parmi ceux-ci, il y a toujours quelques établissements qui perpétuent des conceptions pédagogiques et morales d’un autre siècle, à côté d’autres qui sont à la pointe de l’innovation. C’est leur droit selon la loi. Du moment que les programmes et quelques décrets sont formellement respectés, le budget communautaire paiera les salaires des enseignants et les diplômes seront validés. Ce modèle, dont le principal défaut est d’introduire des effets de marché dans l’offre scolaire par la concurrence des réseaux et des établissements, a été produit par le Pacte scolaire de 1959 qui nous épargna alors la guerre civile. Il serait particulièrement hypocrite de s’en prendre à lui au moment où, de façon très artisanale, des musulmans voudraient en tirer bénéfice.

Ce ne sera pas le premier lycée musulman à Bruxelles. Il en existe déjà un : l’école Avicenne qui dépend de la mosquée Al Khalil, à Molenbeek [1] et s’est ouverte en septembre 2007. C’est une école non reconnue qui prépare au Jury central. Elle est donc payante [2]. Bien entendu, le port du foulard est largement pratiqué, même s’il n’est pas obligatoire [3].

Vers un apartheid scolaire ?


Malgré son coût, l’école Avicenne ne désemplit pas. Il est probable que l’école d’Al Amal, qui elle sera gratuite, remportera un succès encore supérieur. S’y précipiteront sans doute de nombreuses lycéennes qui se voient interdire le port du foulard islamique dans la plupart des établissements existants, ainsi que leurs frères. Si les projections concernant l’accroissement de la population scolaire à Bruxelles se vérifient, si les règlements d’ordre intérieur des écoles existantes ne changent pas et si les stratégies perverses des différents établissements pour attirer les « bons élèves » et écarter les « mauvais » se perpétuent, on peut affirmer que la demande pour ce type d’établissement explosera et qu’ils se multiplieront. On sera alors engagé dans un véritable apartheid scolaire à base ethno-religieuse.


Il est temps que les défenseurs de l’enseignement public se ressaisissent. Le refus majoritaire de tout ce qui évoque un signe religieux à l’école est en train de fabriquer son antidote. Bien sûr, on peut recevoir cette observation comme un chantage et persister, histoire de ne pas capituler devant des revendications religieuses jugées irrecevables par principe. Dans ce cas, on n’aura pas une école Al Amal, mais des dizaines. Je connais des personnes à la nuque raide que ça ne trouble pas : pour elles, il ne faut surtout rien lâcher dans l’école « laïque », même si demain une fraction de plus en plus large des classes populaires devait lui tourner le dos.

Mais si on pense que l’école publique doit être l’école de tous-tes, il est plus que temps de prendre la mesure de la présence musulmane dans cette ville et de réfléchir à un nouveau compromis acceptable qui conjure la tentation du développement séparé. Par exemple, en étudiant la proposition des Assises de l’interculturalité qui « coupait la poire en deux » en permettant le port de signes religieux à partir du milieu du cycle secondaire, à un âge où la capacité de discernement des adolescent-e-s est largement reconnue. Dans un pays où, paraît-il, la culture du compromis est une seconde nature, on ne voit pas pourquoi les musulmans en seraient exclus. Peut-on espérer que les partis politiques qui n’arrivent pas à trancher au moment de légiférer, les yeux rivés sur les préjugés supposés de l’électorat qu’ils induisent eux-mêmes, puissent faire preuve d’un peu plus de lucidité et de courage ?

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[1] Cette mosquée est considérée comme la principale tête de pont à Bruxelles de l’islam d’État marocain. Selon Felice Dassetto (L’iris et le croissant, 2011), elle semble très accueillante à l’égard du salafisme.

[2] 1800 € par enfant, montant très en-dessous des prix du marché pour ce type d’établissement, la différence étant sans doute prise en charge par « de généreux donateurs ».

[3] Sur les photos consultables sur le site d’Avicenne, on voit toujours quelques filles qui ne portent pas le foulard.

Voir en ligne : http://blogs.politique.eu.org/Horre...

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