Inter-Environnement Bruxelles Inter-Environnement Bruxelles

Heyvaert-Poincaré : une coulée verte entre des vaches et des voitures

Publié le mercredi 29 novembre, par IEB

La Commission de concertation a pris son temps pour rendre un avis favorable au programme, détaillé et circonstancié, tout en émettant certaines conditions également émises par IEB et plusieurs habitants. Certaines questions restent néanmoins sans réponse.

Contrat de Rénovation Urbaine n°5 « Heyvaert-Poincaré ». Anderlecht, Molenbeek-Saint-Jean et la Ville de Bruxelles : parmi les nombreuses attentions dont fait l’objet le quartier Heyvaert (voir notre récent dossier à ce sujet), on trouve un projet de Contrat de Rénovation Urbaine (CRU) « Heyvaert-Poincaré » dénommé CRU n°5. Les CRU sont une sorte de super contrat de quartier disposant de plus de budgets et pouvant se développer sur plusieurs communes en vue de développer l’attractivité des quartiers en opérant un changement d’échelle (ils sont pilotés par la Région et non par les communes) : http://quartiers.brussels/2/ page/ mode-d-emploi. Le CRU 5 vise principalement à la réalisation d’un espace public traversant les intérieurs d’îlot, le réaménagement du boulevard Poincaré et la construction de 174 logements à la typologie diversifiée. Ces derniers restent pour partie hypothétiques dès lors qu’ils supposent une maîtrise du foncier, quasi inexistante en l’état, et des sols dépollués. Vu l’importance des enjeux pour les habitants et les questionnements sur le devenir de l’activité de garage dans le quartier, il n’est pas étonnant que 187 personnes aient demandé à être entendues par la Commission de concertation le 5 octobre dernier. Vous trouverez ici l’avis émis par IEB pour l’occasion : lire les remarques d’IEB. La Commission de concertation a pris son temps pour rendre un avis favorable au programme, détaillé et circonstancié (lire l’avis) tout en émettant certaines conditions également émises par IEB et plusieurs habitants notamment :

  • le fait d’affecter davantage d’espace aux activités productives, 

  • de privilégier au niveau des équipements prévus les équipements d’insertion socio-professionnelle, 

  • d’intégrer au CRU l’amélioration des espaces verts existants, 

  • de réaliser une étude approfondie de réaménagement du boulevard Poincaré et de reconsidérer la présence des parkings,
  • d’augmenter le budget dépollution.

Certaines questions restent néanmoins sans réponse.

Des questions méthodologiques et de gouvernance

En adoptant le CRU avant le Plan d’aménagement directeur (PAD), on oriente les futures lignes directrices avant même qu’elles ne soient discutées et adoptées, mettant ainsi en porte-à-faux la cohérence annoncée et, plus critiquable encore, l’ouverture de la mise en débat public des lignes directrices futures du territoire. C’est pourquoi IEB demande que le phasage d’opérationnalisation du programme du CRU5 ne démarre qu’une fois le PAD Heyvaert adopté afin de s’inscrire dans les lignes directrices fixées par ce dernier et qu’une concertation optimum ait lieu entre les différents niveaux de pouvoir (commune et Région) ainsi qu’avec les usagers du périmètre (habitants, associatifs, les Abattoirs, les garagistes,…). En outre, en terme de dispositif d’implication des habitants, le CRU est plus défaillant qu’un contrat de quartier. Il n’y a pas de comité d’accompagnement associant les habitants pour faire le suivi d’exécution du programme. Quand et comment va se faire le suivi et les adaptations éventuelles du programme ? Outre les budgets participatifs par projet prévus par le dispositif du CRU, il importe pour IEB de mettre en place des espaces de discussion et d’échange sur l’ensemble du programme afin de pouvoir débattre de façon transversale des projets en cours d’élaboration.

Un manque de garanties de création de logements sociaux


Par ailleurs, si IEB accueille favorablement, la volonté des pouvoirs publics de créer un nombre important de logements dans le quartier, nous regrettons que près de la moitié de ces logements soit acquisitif alors que le Rapport sur les incidences environnementales signale la faiblesse scandaleuse du nombre de logements sociaux dans le périmètre : 1,95%.

Si l’objectif annoncé dans le diagnostic est « de préserver la capacité des habitants actuels à vivre à terme dans ce quartier renouvelé », il importe de disposer d’un PAD traçant rapidement la limite, les contours et les gabarits des projets qu’ils soient publics ou privés, de créer un périmètre de préemption sur la zone, de créer un nombre conséquent de logements sociaux, autant d’outils à même de freiner les effets spéculatifs créés par les changements annoncés.

Il ne s’agit pas d’un territoire en friche


La plupart des terrains visés par les projets appartiennent en réalité encore aux garagistes, qu’il s’agisse des projets de logement ou des projets visant à créer le parc de la Sennette. Les objectifs ne semblent pas suffisamment prendre cette réalité en considération quand ils visent une mutation industrielle urbano-compatible. Les espaces envisagés ne sont pas encore vides et n’appartiennent pas aux pouvoirs publics. Il est peu probable que tous les garages déménagent. Il serait intéressant de réfléchir à des synergies avec les activités existantes s’articulant autour des fonctions alimentaires, de mécanique automobile et de textile auxquelles pourraient s’ajouter des activités de stockage, recyclage et logistique.

Une des forces du quartier est de constituer un gisement d’emplois pour les personnes peu qualifiées et de disposer d’écoles techniques et professionnelles telles les Arts et Métiers, l’École de la Providence,… Une partie des activités de l’ECAM qui dispense une formation d’Ingénieur Industriel se déroule également dans le périmètre. L’Institut de formation des chauffagistes est à la Rosée. Il y aurait probablement quelque chose à articuler à cet endroit entre les formations et l’emploi. Heyvaert pourrait devenir le quartier de l‘enseignement technique en valorisant les compétences humaines du quartier.

Le quartier pourrait ainsi être le phare pour l’économie sociale, la formation et la création de métiers productifs et industriels utiles à la ville.


Présence IEB

Dernier ajout : 12 décembre.