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Guide pratique : génération nov’langue

Publié le mardi 29 octobre, par IEB

Des mots comme ça, ça ne s’invente pas... à moins que ? Au contraire, toi aussi ami lecteur, donne-toi le temps de créer TA propre Novlangue !

Afin de ne pas te laisser vagabonder sans direction, l’équipe d’IEB a synthétisé pour toi les grandes techniques de fabrication de « ces beaux mots ».

La multiplication des mots de novlangue pourrait-elle contribuer à sa disparition ? Rien n’est moins sûr. En revanche, s’entrainer à les créer pourrait bien nous permettre de nous en désintoxiquer !

  • Jargon : Utilisation d’un vocabulaire technique propre à une profession (ex. : juriste, compable, architectes...) alors qu’un terme plus commun existe ou qu’une périphrase s’impose pour que le terme soit largement compréhensible. Ex. : impétrant. En construction, un impétrant désigne toute conduite ou canalisation, tout câble enterré.
  • Mots savants, inusités, prétentieux : Utilisation d’un vocabulaire rare, alors que des termes courants existent et ont un sens. D’autant que le terme savant à une extension (une application) plus restreinte : dichotomie pour « différence » ; synergie, incubateur.
  • Acronyme / abréviation / siglaison : PRDD, CRU, CoBAT, STIB... le français de Belgique adore les acronymes. Ces acronymes ne sont compris que par ceux qui ont l’habitude de les utiliser.
  • Anglicisme : pour « plateforme d’échange » dans le domaine du transport (aéroport, gare ferroviaire, routière, transport public urbain) ou de la production d’idées ; ...
  • Euphémisme : très régulier et efficace : atténuation d’une réalité brutale ou d’une idée désagréable. personnes à mobilité réduite : peut désigner en fait... autant les personnes lourdement handicapées que celles qui promènent une poussette, des paquets lourds ou qui sont simplement un peu plus lentes en raison de leur âge ou de leur état santé (transitoire ou non). Dans son ouvrage LQR, Eric Hazan écrit que l’euphémisation « consiste à prendre un mot banal, à en évacuer progressivement le sens et à s’en servir pour dissimuler un vide qui pourrait être inquiétant » (p.31).
  • Pléonasmes : expressions superflues, redondantes. Ex. : projet d'avenir.
  • Troncation : fablab pour « Fabrication-laboratoire ». On raccourcit un mot.
  • Utilisation termes propres aux sciences naturelles pour « naturaliser » des phénomènes culturel ou sociaux : ce qui est naturel est inéluctable... on n’y peut rien...
  • Mots ombrelles, utilisés seuls ou en combinaison, mots emblèmes, mots valises, « buzzword » : mots utilisés dans plein de contextes, polysémiques au point d’en devenir vides de sens, obscurs. Ex. : synergie, (développement) durable, parties prenantes, économie circulaire... innovation.
  • Barbarismes (mots inventés ou détour- nés de leur sens)  : solutionner, finaliser... innovation pour « la recherche scientifique » alors que la recherche scientifique n’a pas toujours l’objectif d’innover ou d’inventer (de créer quelque chose de nouveau) ; elle peut chercher à comprendre un phénomène. Néologisme par dérivation, composition, emprunt, mot-valise. Par exemple, « projet pilote » : emploi adjectival d’un nom (pilote) ou encore « gare habitante ».
  • Oxymores : approcher deux termes (un nom et un adjectif) que leurs sens devraient éloigner, dans une formule en apparence contradictoire, comme « une obscure clarté » ; ou par exemple : le concept de « gare habitante ».
  • Hyperboles, métaphores, métonymies... : émergence pour « tour », déjà existant sous la forme ancienne de « gratte-ciel ».
  • Antiphrases : exprimer une phrase positive, mais sous-entendre son contraire.
  • Mots brouilleurs : voir tableau ci-dessous.

Toi aussi invente des mots magiques. Le Dr. Lichic, pataphysicien, vous donne l’exemple.

La novlangue des décideurs est riche, certes, mais ses potentialités n’ont pas encore été exploitées jusqu’au bout. Le Dr. Lichic vous propose quelques termes dont l’utilité se fera bientôt sentir.

  • Facilyser : faciliter la destruction d’un élément de patrimoine isolé au milieu d’un projet innovant (de parking, de bretelle d’autoroute).
  • Réugnon : se dit d’un choc, le plus souvent émotionnel, reçu lors d’une réunion de concertation.
  • Moyenager : aménager un quartier pour faire revenir la classe moyenne par l’entremise de pratiques politiques féodales.
  • Kanaalyser : inciter à l’acquisition de logements réputés branchés dans une partie notoirement insalubre de la ville au moyen de campagnes de communication/ persuasion.
  • Artyficialisation : politique d’aide à la colonisation d’un quartier populaire par des artistes, préalable à sa requalification à moyen terme vers un quartier plus bourgeois.
  • Participâtif : Se dit d’un processus de participation bâclé et vaguement consultatif destiné à enfumer les habitants.
  • Lobbygation : décision prise sous l’influence de tiers (exemple : les lois au niveau européen).

Bem 301 - Juillet-août 2019

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Dernier ajout : 11 décembre.