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Dossier Heyvaert

Gardez hommes, voitures et vaches en centre-ville !

Publié le mardi 29 août, par IEB

L’activité des garages a longtemps contribué à dévaluer le quartier aux yeux d’investisseurs, limitant d’autant la pression immobilière. Ce frein, néanmoins, pourrait sauter suite à un programme en cours de délocalisation des garages vers un site excentré de la ville. Des pressions immobilières s’exercent également sur le site des abattoirs même si elles ne mènent pas pour le moment à délocaliser les lignes d’abattage.

La SA Abattoir envisage au contraire de créer une manufakture abattoir pour moderniser les lignes actuelles. Au travers des témoignages récoltés s’expriment les besoins divers auxquels répond ce quartier doté de trois principales « mamelles » économiques (les garages, le marché et les abattoirs), lesquelles drainent un espace urbain fort en liens culturels et familiaux assurant l’obtention d’un logement et/ou d’un travail.

Les populations immigrées et les jeunes ménages précarisés (des étudiants, notamment) trouvent à Heyvaert des logements à prix inférieurs à ceux d’autres quartiers, des activités socio-économiques à main d’œuvre faiblement qualifiée, des réseaux de solidarité issus de vagues migratoires, un tissu commercial abordable et diversifié ethniquement, des soutiens associatifs, etc. La concentration spatiale de ces ressources permet un effet de système au bénéfice des habitants et usagers réguliers du quartier. Le quartier permet à de nombreux ménages d’amorcer ou de poursuivre une trajectoire résidentielle au sein de la Région bruxelloise, en leur offrant des ressources matérielles, sociales et symboliques qu’ils ne pourraient trouver ailleurs.

« Je suis venu ici en fin 2010. Le quartier en tout cas je le trouve bien. Pourquoi je le trouve bien ? Parce que chaque matin, je viens chercher ma vie et je trouve ma vie, c’est le quartier qui me permet de vivre ma vie. »

Ivoirien, 37 ans, travaillant dans
le commerce de voiture et vivant
depuis 4 ans en face des abattoirs

Pour le moment, malgré la pression au changement, le quartier Heyvaert continue d’accueillir les personnes en situation économique et résidentielle précaire. C’est ici qu’arrivent en nombre les réfugiés de Syrie. C’est ici qu’arrivent les populations migrantes peu argentées depuis des décennies. Mais les témoignages révèlent les inquiétudes liées aux transformations en cours, lesquelles se fixent essentiellement pour le moment sur l’observation d’une hausse des loyers.

Ces pressions, même si elles s’opèrent graduellement, font peser un risque de rupture dans l’accès aux ressources du territoire pour leurs habitants et usagers ordinaires : moins de logements abordables et de commerces accessibles, déplacement d’activités pourvoyeuses d’emplois, blocage des trajectoires d’immigration ou d’émancipation juvénile, éloignement des points d’appui associatifs ou communautaires… Elles mettent aussi en danger les effets de système issus de la concentration vertueuse de ces divers services urbains (logements, activités économiques, approvisionnement alimentaire, solidarités, soins de santé…) rassemblés sur un territoire proche du centre-ville.

Remplacer ce système construit sur des décennies et jouant un rôle social vital pour lui substituer des modes d’habitat et de consommation d’une classe moyenne en quête de logements et d’espaces accessibles risque de faire disparaître un quartier populaire de centre-ville, sans solution de rechange pour les habitants et autres usagers qui en bénéficient. Les pouvoirs publics se doivent d’aborder cette question dans le cadre des différents programmes de « revitalisation » en cours : comment anticiper la hausse du foncier déjà à l’œuvre et faire bénéficier les développements à venir à ceux qui sont déjà en place ?

Bem n°289 - Juillet-août 2017

Bem n°289 - Juillet-août 2017

Dernier ajout : 20 novembre.