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Faire du Grand Paris la métropole des cultures du monde grâce aux banlieues

Publié le mercredi 13 septembre, par Laurent Chalard

Pour le géographe Laurent Chalard, quatre types de culture issus de la banlieue constituent un formidable potentiel pour offrir au Grand Paris un rayonnement international.

Faire du Grand Paris la métropole des cultures du monde grâce aux banlieues

La banlieue apparaît comme le parent pauvre de l’offre culturelle francilienne, étant bien souvent perçue comme un véritable désert. Les acteurs locaux sous-estiment largement les capacités de leurs territoires dans ce domaine, héritage d’une centralisation parisienne excessive. Or, l’extra-muros couvre potentiellement tout le spectre culturel, allant de la « culture bourgeoise » à la « contre-culture urbaine », diversité exceptionnelle qui lui procure un atout considérable pour faire émerger un modèle pluriculturel, contribuant au renforcement du rayonnement international de la métropole. En effet, la banlieue propose quatre grands types de culture, qui peuvent s’avérer, au premier abord, antagonistes, mais, dont les potentielles synergies lui assurent un renouveau certain.
La culture « bourgeoise »

Commençons par la plus ancienne, chronologiquement parlant, la « culture bourgeoise ». La banlieue n’est pas née du néant, mais s’inscrit dans des territoires qui ont une histoire plutôt bourgeoise. En effet, avant la Révolution industrielle, ce qui allait devenir la banlieue était, dans son ensemble, un lieu de villégiature, couvert de nombreux domaines, abritant les populations fortunées de la capitale à la recherche d’air pur. Or ces derniers, pour la plupart réduits aujourd’hui à l’état de vestiges, sont rarement mis en valeur, d’où une absence d’appropriation par la population, en particulier les classes populaires. Il s’ensuit qu’une politique active de réaménagement des bâtiments toujours debout et des vestiges des domaines, ainsi que de redécouverte des anciens tracés des jardins, s’inspirant de la politique de préservation du petit patrimoine des campagnes françaises, dans l’ensemble de la zone dense de l’Ile-de-France serait la bienvenue.

La culture « culture industrialo-ouvrière »

A la suite de la Révolution industrielle au XIXe siècle, une deuxième culture a émergé en banlieue, la « culture industrialo-ouvrière », dont l’héritage, sur le plan architectural, demeure dans la majorité des communes de Petite Couronne. Pourtant, il est triste de constater que les politiques d’urbanisme des dernières décennies ont eu tendance à faire table rase des bâtiments industriels, même dans les municipalités communistes, a priori, plus portées à mettre en valeur cette culture, la plaine Saint-Denis avec ses alignements de bureaux sans charme en constituant un exemple frappant… Contrairement au reste du monde développé, le patrimoine industriel n’a jamais réellement été perçu en banlieue comme une ressource culturelle, la tertiarisation de l’économie ayant balayé les héritages de l’industrialisation. Par ailleurs, concernant le volet « ouvrier » de cette culture, il est malheureusement grandement menacé, étant donné l’absence de transmission générationnelle. Tout un folklore risque de disparaître si rien n’est fait rapidement. Dans ce cadre, il s’agit de sauvegarder ce qui peut encore l’être et de faire comprendre aux élus locaux que ce n’est pas en faisant disparaître les traces de leur passé qu’ils pourront reconstruire une identité culturelle territoriale forte. L’industrie fait partie de la culture du Grand Paris !
La « contre-culture urbaine »

Poursuivant notre remontée vers le présent, après la désindustrialisation de la banlieue à partir des années 1970, les communes les plus populaires sont devenues des territoires d’immigration, à l’origine d’une « contre-culture urbaine » spécifique, qui a émergé de manière endogène, fortement inspirée par la culture noire nord-américaine. Les nouveaux arrivants et leurs descendants ont développé sur place une culture populaire, différente de la culture ouvrière de l’époque des Trente Glorieuses, autour du street art, de la danse et du hip-hop. Cette « contre-culture urbaine », relativement valorisée auprès de la jeunesse de ces territoires et relayée par une partie des dirigeants politiques locaux, souffre cependant d’une perception d’elle-même qui se veut antagoniste avec la « culture bourgeoise », mais aussi avec la « culture industrialo-ouvrière », jugée comme « beauf ». En conséquence, il existe très peu de passerelles entre ces différentes cultures, alors que la « contre-culture urbaine » devrait, au contraire, permettre aux populations qui la pratiquent de s’approprier aussi les autres formes de culture. A quand un « hip hop ouvrier » magnifiant l’héritage industriel !
La « culture des pays d’origine »

Enfin, l’immigration a aussi une autre conséquence, qui est l’apport de la « culture des pays d’origine ». Or, cette dernière apparaît comme la grande oubliée de la banlieue, dans un contexte d’une « République une et indivisible », qui s’est toujours méfiée de la diversité culturelle. En effet, si la « contre-culture urbaine » bénéficie d’une certaine reconnaissance institutionnelle, par contre, la culture des pays d’origine n’est pas du tout mise en avant par les acteurs locaux. Aucun établissement culturel majeur ne lui est consacré, les seuls, dignes de ce nom, se trouvant dans Paris intra-muros.

Pourtant, de par sa diversité ethnique, la banlieue pourrait potentiellement proposer une offre culturelle infinie, si les acteurs métropolitains se décidaient, enfin, de créer des établissements culturels portant sur toutes les grandes civilisations du monde au-delà du Périphérique. Cette politique, inédite à l’échelle mondiale, permettrait une réappropriation certaine de leur culture d’origine par les descendants d’immigrés, en mal de racines, et un meilleur dialogue avec la culture majoritaire, qui se verrait grandement enrichie de ces apports innombrables. Dans ce cadre, la transformation d’un château, symbole de la culture bourgeoise, en grand musée d’une culture non européenne, sur le modèle de Tervuren en Belgique, est plus que souhaitable.

La banlieue offre donc au Grand Paris tous les éléments pour en faire, de nouveau, la capitale culturelle de la planète, qu’elle serait probablement restée si la France n’avait pas été envahie par l’Allemagne en 1940. Aux acteurs locaux désormais de saisir ces atouts pour que le potentiel infini que l’on pressent se traduise dans la réalité !
Laurent Chalard Géographe, European Centre for International Affairs

Voir en ligne : Libération.fr

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