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Évolution des activités productives en Région de Bruxelles-Capitale et besoins des habitants : les discours institutionnels à l’épreuve des faits

Publié le vendredi 29 décembre 2017, par Alexandre Orban, Claire Scohier

Table des matières

Introduction

1. Méthodologie

1. 1. Objectifs principaux et question de recherche

1.1.1. La place des activités productives dans la planification bruxelloise

1.1.2. Des activités productives pour quels besoins

1.2. Approche générale, sous-objectifs et récoltes de données

2.1. Valoriser le flou productif

2.2. Tout le monde aime les zones monofonctionnelles

2.3. Peu de perspectives pour l’emploi « peu qualifié »

2.4. Économie circulaire et métabolisme urbain : un écofonctionnalisme de second plan

Conclusion

Bibliographie

Lexique

Exemple de questionnaire

Fiches d’entretiens

Introduction

Depuis une quarantaine d’années, Inter-Environnement Bruxelles (IEB) se positionne pour défendre la qualité de vie pour les Bruxellois et leur implication dans les prises de décisions liées à la transformation de la ville, revendiquant la prise de mesures adéquates pour prendre en considération les besoins des habitants dans une logique de justice sociale et environnementale. Si la démocratisation des procédures d’urbanisme, la sauvegarde des écosystèmes, une mobilité égalitaire et écologique ou le droit au logement se sont rapidement imposés comme des thèmes phares dans l’histoire de la fédération bruxelloise, les dimensions économiques de la Région de Bruxelles-Capitale (RBC) ont, dans un premier temps, été moins au centre de ses préoccupations.

Pendant plusieurs décennies, ce sont essentiellement les conséquences urbanistiques de la tertiairisation de la ville qui ont attiré l’attention d’IEB, laquelle s’est développée avec force après la Deuxième Guerre mondiale. Les surfaces de bureaux ont connu une telle croissance qu’aujourd’hui l’offre dépasse largement la demande, générant une vacance immobilière importante (plus de 1 million de m² de bureaux vides sur le territoire régional selon l’Observatoire des Bureaux de 2016). Si bien que le bureau, ancienne fonction forte de la ville est devenu aujourd’hui une fonction urbanistique moins rentable que le logement. Jusqu’il y a peu, on peut considérer qu’outre IEB, les institutions régionales elles-mêmes portaient peu d’attention aux activités économiques secondaires, telles que l’industrie ou l’artisanat. C’est probablement la réflexion supra-locale portant sur la réindustrialisation des territoires urbains combinée à une crise du foncier Bruxellois chassant les dernières entreprises qui a ravivé l’intérêt actuel des institutions pour les activités productives en ville.

Le contexte a changé : jusque dans les années 1990, la Région ne connaissait pas de crise du logement, confrontée qu’elle était à un déclin de la population résidente s’expliquant par un phénomène d’exode urbain [1]. Depuis les années 2000, la Région connaît au contraire une nette croissance démographique, que les institutions appellent « boom démographique ». L’augmentation de la population a conduit la RBC à identifier tous les terrains, publics et privés, susceptible d’accueillir du logement. Cette quête a eu pour conséquence de provoquer une hausse foncière particulièrement palpable dans les quartiers centraux qui bordent le canal [2], précisément là où se niche l’essentiel de l’activité productive persistante.

L’évolution contemporaine de l’économie de la RBC s’exprime notamment au travers de la création en 2013 des zones d’entreprises en milieu urbain (ZEMU) lesquelles viennent se fixer sur les anciennes zones d’industrie urbaine (ZIU). Cette transformation risque d’impacter de plein fouet les activités économiques installées sur ces territoires. Elle pose notamment la question de la viabilité et de la cohabitation de ces entreprises avec les habitants invités à s’installer dans des logements aujourd’hui autorisés sur ces territoires alors qu’ils étaient jusqu’alors interdits en ZIU [3].

La part de l’industrie déjà réduite à portion congrue ces dernières années ne cesse de perdre du terrain. Selon Christian Vandermotten (IGEAT), le secteur industriel ne générait en 2013 plus que 6 % de la valeur ajoutée totale et seulement 3 % de l’emploi salarié bruxellois [4].

En parallèle, l’importance du maintien des activités productives semble revenir à l’ordre du jour dans le débat public bruxellois depuis le début des années 2010, et particulièrement au sein des institutions régionales. Les nombreuses études lancées sur le sujet en témoignent : les rapports de l’Observatoire des activités productives, le Plan Marchandise, les études sur le transport de marchandises et la logistique, le Plan Régional d’Economie Circulaire,…sans oublier le futur Plan Industriel du cabinet Gosuin prévu pour 2018.

À l’heure où l’on parle beaucoup de résilience, le départ massif des activités productives nous rend d’autant plus dépendants de productions mondialisées. Le processus s’accompagne de divers effets collatéraux : évolution des rapports salariés, disparition de niches d’emplois peu qualifiés, transformation socio-économique des quartiers centraux, accroissement de la congestion dû au transport de marchandises, etc. Le peu d’intérêt porté jusqu’il y a peu à la question laisse d’importantes zones d’ombre sur les aspects bénéfiques ou non de cette mutation. Il importe de se poser aujourd’hui la question du devenir des activités productives en ville, de leur (non)utilité, de l’impact de leur disparition sur l’emploi, l’environnement, l’équilibre socio-économique de la Région.

Au-delà des constats posés, les derniers mois ont été le théâtre politique d’une multitude de prises de position sur le sujet par de nombreux acteurs. Il s’agit de profiter d’un contexte institutionnel à première vue favorable à une transformation des politiques en termes d’activités productives. L’effervescence que connaissent aujourd’hui les institutions régionales autour de ces aspects nous invite à tenter d’amener des éléments de réflexion critique à ces acteurs afin d’alimenter le débat public. La fédération qu’est IEB doit affronter et se confronter à cette évolution qui n’est pas sans conséquence sur la ville et ses habitants.

La première partie de ce travail explique les objectifs et la méthodologie en termes de collecte de données et de leur analyse. Nous expliquerons les raisons des choix opérés pour la conduite de l’étude et y détaillerons la manière dont nous avons procédé pour arriver à nos résultats.

La seconde partie analyse les discours d’acteurs dominant le processus décisionnel concernant l’aménagement du territoire en Région de Bruxelles-Capitale. Afin d’éviter une description simpliste et de construire une critique, nous confronterons leurs interprétations et positionnements à d’autres sources d’informations.

En guise de conclusion, nous présenterons des premières pistes d’action et de réflexions visant à tenter d’éclairer les décideurs et d’aider la prise de position de la fédération Inter-Environnement Bruxelles.

En outre, la bibliographie, le lexique, un exemplaire de questionnaire et les fiches des entretiens sont disponibles en fin de document.

1. Méthodologie

Avoir l’ambition d’analyser l’évolution contemporaine des activités productives à Bruxelles et leur potentielle utilité sociale implique de s’attarder un moment sur la méthodologie adoptée pour l’étude. Nous détaillons dans cette partie les multiples choix opérés en termes de question de recherche, de vocabulaire utilisé, d’objectifs secondaires, d’approche générale, de récolte de données, d’analyse de celles-ci, de limites de l’étude et enfin de l’ensemble de facteurs qui ont motivé ces choix.

1. 1. Objectifs principaux et question de recherche

Comme nous l’avons vu dans l’introduction, les objectifs principaux de cette étude sont intimement liés à l’histoire d’IEB et plus largement de la RBC. Il s’agit d’une part d’objectiver la situation contemporaine des activités productives. D’autre part, il est question d’explorer les débats qui l’entourent et tenter de les démystifier au regard de ses enjeux sociaux, économiques et environnementaux. Pour problématiser ces deux objectifs, nous avons formulé une question de recherche qui sous-tend l’étude : quelles politiques d’activités productives mettre en œuvre en Région bruxelloise pour répondre aux besoins socio-économiques de la ville et de ses habitants ? Deux dimensions majeures sont prises en compte : (i) la place des activités productives dans la planification bruxelloise et (ii) les besoins auxquels elles répondent et devraient répondre.

1.1.1. La place des activités productives dans la planification bruxelloise

Le concept au cœur de notre questionnement est « l’activité productive ». Il semble difficile d’ignorer que le sens donné à ce concept n’est pas compris par tous de la même manière. Certains l’entendraient en tant qu’activité industrielle traditionnelle, c’est-à-dire comme l’ensemble des activités économiques qui produisent des biens matériels par la transformation et la mise en œuvre de matières premières (Larousse). D’autres en auraient une compréhension englobant également l’innovation technologique et l’industrie créative dématérialisée (numérique, informatique, audiovisuel, etc.). Toujours est-il qu’au niveau de la planification bruxelloise, la définition du Plan Régional d’Affectation du Sol (PRAS) fait autorité. Selon ce document réglementaire fondamental, les activités productives sont comprises comme les « activités artisanales, activités de hautes technologies, activités industrielles, activités de production de services matériels et de biens immatériels ». Le PRAS ajoute que « sont assimilés aux activités productives, les travaux de gestion ou d’administration, l’entreposage et les commerces qui en sont l’accessoire ». En d’autres mots, des activités tertiaires de bureaux peuvent se trouver dans les zones qui sont dédiées aux activités productives.

Malgré les différentes interprétations du concept d’activité productive, la définition du PRAS reste valorisable, dans le sens où sa délimitation est profondément ancrée dans le réel de par son statut réglementaire en termes d’aménagement du territoire. Il ne s’agit donc pas d’un concept platonique déconnecté des réalités bruxelloises. La définition du PRAS sera prise en considération dans la suite de cette étude comme référent central tout en reconnaissant qu’elle n’est pas unique ou figée. Bien entendu, cela ne doit nullement empêcher la critique de ce cadre référentiel, la réflexion posée pouvant amener à sa remise en question ou, en tout état de cause, celle de l’interprétation extensive qui en a été historiquement faite permettant de faciliter l’implantation de l’activité de bureaux dans les zones d’industries urbaines.

En effet, un rapide coup d’œil dans le rétroviseur montre qu’un des objectifs du PRAS, adopté dans la lignée du premier Plan régional de développement (1995), était de maîtriser la fonction de bureau et de maintenir l’activité industrielle dans la Région bruxelloise. Le premier PRAS créait les zones de mixité dans les quartiers centraux précisément pour reconnaître l’imbrication entre logement et entreprises artisanales ou manufacturières intégrées. Il faut dire qu’à l’époque (1994), la Région compte déjà 60 000 chômeurs (il y en a 40% de plus aujourd’hui) et l’industrie autrefois florissante se déplace toujours plus vers l’extérieur de la RBC, que ce soit en périphérie régionale ou dans des pays à la main-d’œuvre bon marché [5]. La portée du PRD restera limitée par rapport à ces ambitions dès lors que certaines mesures préconisées telles que le droit de préemption, pour freiner la spéculation, seront implantées de façon limitée. Le deuxième PRD voit le jour en 2002. L’absence de réflexion sur l’économie locale combinée à la désindustrialisation et au poids d’une économie mondialisée conduit à une optique visant plus à la maximalisation des performances économiques qu’à la résorption du chômage et à la création d’emploi.

En 2012, en se basant sur une étude préparatoire affirmant la capacité insuffisante du territoire pour répondre à la crise du logement, le gouvernement modifie le PRAS afin d’autoriser une proportion de logements plus importante, soit dans des zones où celui-ci était déjà autorisé (les zones de bureaux, par exemple), soit dans des zones où il était quasiment interdit car considérées comme peu compatibles avec les activités autorisées, essentiellement dans les zones d’industrie urbaine. Le PRAS met ainsi en péril la fonction économique.

Selon la Société régionale de développement bruxelloise (SDRB), aujourd’hui rebaptisée Citydev, la moitié des entreprises qui cherchent à s’implanter ou à se maintenir sur le territoire bruxellois ont des activités incompatibles avec le logement. Les terres mises ainsi en péril bordent pour l’essentiel le canal et ses quartiers populaires. IEB défend l’idée que les activités qui y sont ou qui pourraient opportunément s’y implanter créeraient de l’emploi peu qualifié pour les habitants de ces quartiers et que ces activités pourraient, en outre, tirer parti de la voie d’eau pour acheminer biens et matières premières et soulager nos voiries de nombreux camions. Mais le gouvernement persiste dans son projet, voire le renforce, en se dotant en 2014 d’un Plan canal à dimension esthétique et architecturale plus que socio-économique. Résultat : un effet d’emballement immobilier sur les territoires qui bordent le canal.

L’actuel projet de Plan Régional de Développement dit « durable » [6], toujours en discussion, évoque le risque réel qu’il fait courir à Bruxelles de voir se réaliser de manière prioritaire, voire exclusive, les fonctions les plus fortes de la ville, plus rentables pour les promoteurs, au détriment des fonctions faibles, celles, fondamentales, qui répondent aux besoins actuels de la population telle que certaines activités productives. Néanmoins, malgré ce risque évoqué, le projet de PRDD fait le choix de prendre pour colonne vertébrale le développement territorial par zones prioritaires créant des attentes sur une portion réduite du territoire avec pour conséquence une hausse certaines valeurs foncières sans que des mécanismes viennent suffisamment réguler ces hausses. Or nombre de ces zones prioritaires sont des zones d’activités économiques : Heyvaert, Biestebroeck, Tour et Taxis,...

Ce bref résumé historique nous montre que l’évolution de ce type d’activités à Bruxelles n’est pas le produit exclusif de dynamiques macro-économiques sur lesquelles nous n’aurions aucune prise. Entre 1997 et 2011, plus d’un million de mètres carrés d’activités productives a été perdu selon l’Observatoire des activités productives (2012) et cette situation problématique est liée à un manque de mesures efficaces des politiques régionales pour y remédier. La demande est là puisque Citydev constate que quatre demande sur cinq émanent d’entreprises souhaitant une relocalisation intra-bruxelloise. Ce besoin ne cesse de s’accroître (62 % en 2009 pour 84 % en 2012) mais est bloqué par le manque de terrain disponible [7].

Mettre en débat la direction prise par les institutions régionales semble essentiel pour IEB, dans l’optique de remédier à ces obstacles pour répondre aux besoins socio-économiques de la Région en lien avec les besoins des populations bruxelloises.

1.1.2. Des activités productives pour quels besoins

La situation des activités productive et ses pistes d’action politiques seront traitées au regard des besoins de la Région et de ses habitants. Il s’agit ici d’un choix préalable posé par IEB en tant que fédération de comité d’habitants. La fédération bruxelloise constate qu’une attention forte est portée à l’économie exogène (tournée vers le tertiaire, le financier, l’international) au détriment de l’économie endogène s’adressant aux besoins des habitants de Bruxelles (crèches, bibliothèques, commerces de proximité, activités productives liées aux besoins de la ville, recyclage…). Par ailleurs, le modèle exogène contemporain n’est pas suffisamment régulé, produisant un accroissement de la dualisation sociale et une économie de l’international peu redistributive (Van Hamme et al., 2011). Pour exemple, la croissance du tourisme, si elle est créatrice d’emploi, génère un marché du travail dual avec la croissance, au pôle supérieur, des fonctions très qualifiées et, au pôle inférieur, de services de base captifs, notamment à destination des classes supérieures (gardes d’enfants, loisirs, Horeca,...). Face à ce constat, IEB cherche a promouvoir un équilibre régional qui mettrait davantage l’accent sur l’économie endogène.

En parlant des « habitants », il semble pertinent d’éviter les visions dangereusement simplificatrices d’une population bruxelloise homogène encore trop souvent présente dans le débat public régional. Bien entendu, qui dit différences de situation, dit différences en termes de besoins. Dès lors, répondre aux objectifs de l’étude impliquera de facto une prise de position par rapport au degré de nécessité des besoins des différentes populations bruxelloises. Sous cet angle, IEB inscrit sa réflexion dans le cadre de la revendication d’un « droit à la ville » suivant les travaux du sociologue français Henri Lefèbvre [8]. En ce sens, s’interroger sur la place des activités productives en ville ce n’est pas abonder vers une idéologie productiviste et consumériste où les besoins sont définis selon ce qui est nécessaire à la société capitaliste, a l’image d’une ville qui se développe selon les besoins de l’industrie, comme au 19e siècle. Le droit à la ville donne une suprématie à la valeur d’usage sur la valeur marchande, aux besoins l’homme émancipé sur l’homme au service des modes de production. Cette perspective anime l’équipe d’IEB et ses collectifs-membres depuis plusieurs années.

1.2. Approche générale, sous-objectifs et récoltes de données

La présente étude suit une approche qualitative pour aborder les questions d’activité productive à une échelle régionale. Comprendre la situation contemporaine, ses caractéristiques, ses liens de causalités, les actions des acteurs, leurs relations avec d’autres ainsi que leurs interprétations est essentiel. L’intérêt est de rendre compte de la réalité sous un angle systémique. À cela s’ajoute une conception matérialiste de la ville (Vandermotten, 2014). Selon celle-ci, l’évolution des activités productives bruxelloises et de leurs enjeux, mais aussi des discours est le produit de rapports sociaux. Il ne s’agit ni d’un état de fait figé ni d’une dynamique « naturelle ».

Nous souhaitions déterminer quelles peuvent être les informations objectivables à propos de la situation contemporaine des activités productives et de leurs enjeux. Il s’agirait de poser les constats principaux sur lesquels s’appuyer dans les débats et pour l’analyse des discours des acteurs institutionnels. Cette démarche serait alimentée par une série de documents écrits dont les principaux sont les rapports de l’Observatoire des activités productives, divers rapports et statistiques d’institutions bruxelloises (e.g. Actiris), fédérales (e.g. ONSS) et européennes (e.g. Eurostat) ainsi que des études phares sur l’économie bruxelloise provenant de centre de recherches et des bureaux d’études tels qu’Ecores, BATir (ULB) ou l’IGEAT (ULB). Mais cette partie est en cours de rédaction et n’est donc pas encore disponible à l’heure actuelle. Elle sera intégrée en 2018.

Par contre, l’analyse des discours des acteurs institutionnels fait ici l’objet d’un premier développement qui devra ultérieurement être confronté au diagnostic en cours de réalisation. Il s’agit ici d’identifier les différentes interprétations des activités productives au sein des personnes formant l’« élite » [9] de l’aménagement du territoire bruxellois et d’analyser leurs positionnements. La démarche a de l’intérêt, car elle permet potentiellement à ces acteurs – comme à IEB – de se situer dans le réseau d’organismes régionaux, d’identifier des éléments de convergence ou de divergence, de réfléchir et de faire progresser la situation contemporaine des activités productives. Cette partie est le fruit d’une récolte de données empiriques via la direction d’entretiens semi-directifs avec des personnes des organismes institutionnels bruxellois majeurs (Citydev, Perspective, Impulse, le Cabinet Gosuin, le Bouwmeester Architecte, le Conseil Economique et Social de la Région de Bruxelles Capitale), des chercheurs universitaires, privés et institutionnels (IGEAT - ULB, Cosmopolis – VUB, LoUIsE – ULB, Observatoire des activités productives, Architecture Workroom) et des associations représentant des intérêts privés (FGTB, BECI). Les détails de ces entretiens sont disponibles en annexe tout comme le questionnaire général, construit afin de mettre en discussion les opinions partagées. À cela s’est ajoutée une partie spécifique à chaque interviewé. Ainsi, chacun de ces entretiens a été réalisé après la lecture d’un ou plusieurs documents éclairant sur le positionnement de l’organisation concernée et permettant de déterminer une ou l’autre question abordant les particularités de son discours.

1.3. Limites

La présente étude a plusieurs limites. Tout d’abord, l’approche qualitative ne permet pas de rendre compte d’une véritable représentativité. Cela vaut plus particulièrement pour les données empiriques récoltées, car le travail de synthèse des parties historique et de diagnostic comprend une série d’informations provenant d’études quantitatives.

Ensuite, le périmètre de l’étude est l’ensemble de la Région de Bruxelles-Capitale. Certains cas emblématiques touchant des zones plus précises seront cités, mais ils ne constituent pas l’objet principal de notre recherche. Les dynamiques à échelles des communes ou des quartiers ne sont donc pas analysées. Pour appliquer les réflexions menées dans ce travail à des zones plus restreintes, un travail d’adaptation aux réalités locales sera nécessaire.

Enfin, la récolte de données est restreinte par le temps et les ressources imposés. La focalisation sur les acteurs institutionnels à ce stade ne permet pas de rendre compte des interprétations et des prises de position des entreprises ou des habitants, éléments fondamentaux de l’évolution des activités productives et de ses enjeux en RBC. D’autres études devraient compléter cette première exploration.

Sources

  • Accardo, A. (2006). Introduction à une sociologie critique. Lire Pierre Bourdieu (Éléments). Marseille : Agone.
  • Administration de l’Aménagement du Territoire et du Logement (AATL). (2005a). Disposition relatives à l’affectation du sol, Plan Régional d’Affectation du Sol. Bruxelles : Ministère de la Région de Bruxelles-Capitale.
  • Bruxelles Urbanisme et Patrimoine. (2017). L. Glossaire des principaux termes utilisés dans les prescriptions urbanistiques. Dernièrement consulté le 10 aout 2017 via https://urbanisme.irisnet.be
  • De Keersmaecker, M-L. (2016). Observatoire des Loyers. Enquête 2016, Société du Logement de la Région de Bruxelles-Capitale, réalisée en collaboration avec la Sonecom. Bruxelles : SLRB.
  • Demeuter, P., Doomaert, A., Hanssens, B., Boswel, R. (2017). Observatoire des Bureaux. Vacances 2016 à Bruxelles et zoom sur le Quartier Midi, Observatoire des Bureaux, nº37. Bruxelles : Citydev.brussels
  • Merlin, P., Choay, F. (2000). Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement. France : PUF.
  • Vandermotten, C. (2014). Bruxelles, une lecture de la ville (Editions de l’Université de Bruxelles).Bruxelles.
  • Van Hamme, G., Wertz, I., Biot, V. (2011). La croissance économique sans le progrès social : l’état des lieux à Bruxelles, Brussels Studies [en ligne], nº48, mis en ligne le 28 mars 2011, consulté le 26 décembre 2017. URL : http://journals.openedition.org/brussels/850 ; DOI : 10.4000/brussels.850

2. Interprétations et positionnement : le cas de l’élite institutionnelle bruxelloise

La deuxième partie de ce travail s’attache à l’analyse des interprétations et positionnements de l’élite institutionnelle régionale concernant la situation actuelle des activités productives sur le territoire bruxellois. L’étude des discours des acteurs régionaux majeurs permet de faire émerger les principaux consensus et controverses liés aux enjeux des activités productives, de les mettre en débat et de proposer une critique au regard des connaissances existantes. Il n’est ici nullement question de pointer du doigt des acteurs qui seraient en désaccord avec nous, mais bien d’affronter la complexité des questions et d’acquérir une meilleure compréhension des positions des uns et des autres. Lorsque ces discours relèvent d’une position institutionnelle, le nom de l’organisme ou de la politique concernée est mis en évidence pour rendre compte des jeux d’acteurs dépassant les simples individus, relatifs aux politiques d’activité productives, et leurs intérêts respectifs.

Ainsi, des personnes œuvrant pour différents organismes bruxellois ont été sélectionnées selon l’importance de leur influence sur les décisions en termes d’aménagement du territoire en lien avec le développement des activités productives. Les entretiens se sont déroulés entre juillet 2017 et décembre 2017. Pratiquement parlant, le choix s’est opéré en suivant l’expérience d’IEB et des acteurs rencontrés, tout en étant limité par les ressources et le timing de l’étude. Les personnes interviewées sont : Christian Vandermotten (IGEAT, ULB), Antoine Philippe et Pierre Demeuter (Citydev), Sarah De Boeck (Cosmopolis, VUB), Roeland Dudal (Architecture Workroom Brussels), Elsa Coslado (Perspective Brussels), Jonathan Ventura et Nicolas Harmel (cabinet Gosuin), Patricia Foscolo (Impulse Brussels), Géraldine Lacasse (Bouwmeester Architecte), Lise Nakhlé (BECI), Pascal Sac, Charlotte Kokken et Claire Heughebaert (SAU), et Stephan Kampelmann (LOUISE, ULB). À cela s’ajoute le témoignage de Philippe Van Muylder (FGTB / Conseil Economique et Social), dont les réponses aux questions ont exceptionnellement été faites directement par écrit. Des fiches résumant le contenu des entretiens et le questionnaire de base sur lequel nous nous sommes appuyés pour conduire les entretiens semi-directifs sont disponibles en annexe.

L’analyse se compose de quatre chapitres, liés aux enjeux socio-économiques contemporains des activités productives en Région de Bruxelles-Capitale : (i) la définition des activités productives, (ii) la mixité fonctionnelle (iii) l’emploi, et (iv) l’économie circulaire.

2.1. Valoriser le flou productif

Avant d’entrer dans le vif des entretiens réalisés, nous pouvons faire quelques remarques préliminaires sur la définition que donne le PRAS des activités productives, dans la mesure où cette définition réglementaire constitue un pivot sur la manière dont l’aménagement du territoire de la Région pense la place des activités productives.

Le glossaire du PRAS définit les activités productives comme les « activités artisanales, activités de haute technologie, activités industrielles, activités de production de services matériels et de biens immatériels. Sont assimilés aux activités productives, les travaux de gestion ou d’administration, l’entreposage et les commerces qui en sont l’accessoire.de production de bien immatériels ».

Cette définition suppose à son tour de définir d’autres concepts tels que :

  • les activités artisanales : « activités de production où la création, la transformation ou l’entretien de biens meubles s’exerce principalement de manière manuelle et pouvant s’accompagner d’une vente directe au public. »
  • les activités industrielles : « activités de production mécanisée portant sur la fabrication ou la transformation de biens meubles ou sur l’exploitation de sources d’énergie. »
  • les activités de haute technologie : « 1° recherche en laboratoire ou conception utilisant et mettant en œuvre de manière significative des technologies avancées ; 2° activités productives de biens et de services recourant de manière significative au transfert de technologies en provenance des universités et des instituts supérieurs d’enseignement ou au résultat des recherches d’un laboratoire ou d’un bureau d’études. »
  • les activités de production de biens immatériels : « activités de conception et/ou de production de biens immatériels fondées sur un processus intellectuel ou de communication ou liées à la société de la connaissance (production de biens audiovisuels, de logiciels, studios d’enregistrement, formation professionnelle spécialisée, services pré-presse, call centers, …) ou encore relevant des technologies de l’environnement. »
  • les activités de production de services matériels : « activités de prestation de services ou liées à la prestation de services s’accompagnant du traitement d’un bien indépendamment de son processus de fabrication (ex. : transport de documents, entreposage de biens, services de nettoyage, de dépannage et d’entretien...). »

La définition des activités productives que fournit le PRAS est gigogne et englobante et navigue entre la production matérielle, les activités liées à la connaissance, des activités de services matériels et la dimension commerciale ou économique de ces activités. L’usage du terme « produire » entretient ce flou sémantique [10]. Si la volonté des auteurs du PRAS de se distancier des fonctions résidentielles est nette, la frontière avec les activités tertiaires et de bureaux est moins marquée dès lors que sont intégrées la gestion et l’administration dites « accessoires ». Il est patent en outre que le PRAS ne limite pas les activités productives à leur dimension manufacturière mais englobe la production de « bien immatériels » [11] et des « services matériels » [12].

S’observe d’emblée une double tension intrinsèque au concept-phare de notre étude : d’une part entre le secondaire et le tertiaire (services, gestion) et d’autre part entre la réalisation de biens matériels et celle de produits immatériels. Cette tension va être déterminante des choix politiques posés dans la mesure où la définition réglementaire laisse une latitude pour mettre l’accent sur l’une ou l’autre des activités économiques en fonction des intérêts des acteurs agissant [13].

C’est à partir de ce constat que nous avons demandé aux acteurs institutionnels interrogés de définir avec leurs propres mots ce que représente une « activité productive » à leurs yeux. Les réponses sont partagées en deux grandes tendances. D’une part, un ensemble d’acteurs institutionnels fait référence au PRAS et à la définition au centre de cette étude. Antoine Philippe et Pierre Demeuter (Citydev), Elsa Coslado (Perspective Brussels), Lise Nakhlé (BECI), Géraldine Lacasse (Bouwmeester Architecte) et Patricia Foscolo (Impulse Brussels) en font partie. Il s’agit de personnes qui ont pour point commun d’avoir eu un parcours académique ou professionnel spécialisé dans l’aménagement du territoire bruxellois. Malgré leur connaissance de la définition du PRAS, ils admettent généralement que cette définition se distingue par un flou important au niveau de sa signification, au vu des activités très différentes qu’elle englobe. Plus spécifiquement, la porte entre-ouverte aux services semble particulièrement questionner les personnes interrogées.

D’autre part, un deuxième ensemble d’acteurs ne fait pas référence à la définition du PRAS. Certains d’entre eux, tels que Sarah De Boeck (Cosmopolis, VUB), Roeland Dudal (Architecture Workroom Brussels), Jonathan Ventura et Nicolas Hamel (cabinet Gosuin), Charlotte Kokken (SAU), Elsa Coslado (Perspective Brussels) et Philippe Van Muylder (FGTB / Conseil Economique et Social) en ont une conception différente, pas toujours très précise. Des formules telles que « produit matériel », « travail manuel », « transformation », « qui répondent aux besoins de la ville », « qui n’est pas du service ou du résidentiel » ou encore « intégration à la fonction logement » sont fréquemment associés à leur compréhension des activités productives. Il semble qu’une certaine confusion existe avec les concepts d’ « industrie », de « manufacture » ou même d’ « activité économique ». Quant aux autres, ils ne cherchent pas à distinguer ce qui caractérise vraiment le concept d’activités productives. Il s’agit des chercheurs Christian Vandermotten (IGEAT) et Stephan Kampelmann (LOUISE) qui ne l’utilisent pas dans leurs recherches, car il manque de précision à leurs yeux.

Plus encore, Roeland Dudal (Architecture Workroom Brussels) pense qu’il ne faut pas chercher à les définir précisément. Dans ce sens, un argument cité est que définir plus précisément les activités productives reviendrait à exclure des secteurs, ce qui ne serait pas une bonne chose. Un autre argument est que les zones d’activités productives permettraient de rassembler des activités qui ne se retrouvent pas dans les autres catégories d’activités et d’en suivre l’évolution. Balayer un spectre large est perçu comme un atout d’adaptabilité. Selon Elsa Coslado (Perspective Brussels), la définition large des activités productives selon le PRAS est volontaire pour rencontrer ce facteur évolutif.

Les deux réflexions sont intéressantes dans le sens où elles reflètent une même tension intrinsèque aux plans réglementaires d’affectation des sols. Leur fonction première devrait être de légiférer sur qu’est-ce qui peut s’établir et où, afin de prévenir des développements néfastes. En actant une attribution de tel territoire à telle fonction urbanistique à un moment donné, sa catégorisation devient vite limitée face aux évolutions les plus récentes de l’économie et le reste. Établir des zones d’activités productives peu définies arrangerait les acteurs économiques et politiques pour prévoir des espaces susceptibles d’accueillir des activités économiques innovantes. Seulement, la visibilité de ces nouvelles activités et de leurs évolutions reste relativement faible. À l’image des codes NACE, reconnus par plusieurs acteurs interrogés tels que Lise Nakhlé (BECI), Patricia Foscolo (Impulse Brussels), Antoine Philippe et Pierre Demeuter (Citydev), comme étant obsolètes, l’application du PRAS a de fait pour conséquence de rendre observable des activités...et d’en ignorer d’autres.

La tension entre cet intérêt et celui d’encadrement de dynamiques privées fait des plans réglementaires d’affectation des sols des documents éminemment politiques. Mais toujours est-il que le PRAS avait pour ambition d’encadrer le développement des bureaux et de maintenir les activités industrielles qui souffraient de la tertiarisation à outrance. Or en observant la situation actuelle, il apparaît clairement que c’est le contraire qui s’est produit. Face à ce constat, on en vient à se demander si le flou de la définition n’a pas contribué à servir des intérêts privés, notamment de promotion immobilière, au lieu de permettre au PRAS de les encadrer pour assurer la préservation de l’intérêt général.

Une question subsidiaire à la définition a été aussi systématiquement posée aux personnes interviewées. Il s’agissait de demander un ou plusieurs exemples d’activité productive et d’activité « non productive ». L’ensemble des personnes interrogées a répondu. En guise d’exemple d’activités productives, ont été cités la construction d’automobiles, la transformation de viande, l’impression de livre, la réalisation de films, la fabrication de vêtements de mode et d’objets de design, la chocolaterie, la brasserie, la menuiserie, la réparation de vélo, la ferronnerie d’art et les « fablabs ». Ce résultat semble relativement correspondre aux activités reprises par le premier rapport de l’Observatoire des activités productives (2012). Du côté des exemples d’activités non productives, on retrouve les cabinets d’avocat (plusieurs fois cités), les administrations et les commerces. Dans le cas de cette question subsidiaire, une forme d’opposition entre activités productives et tertiaires s’exprime plus nettement que dans le PRAS.

Qu’on fasse référence au PRAS ou pas, une impression générale de « flou » quant à la définition des activités productives semble être bien présente parmi les acteurs interrogés. Paradoxalement, les acteurs rencontrés non seulement utilisent ce terme dans leur discours, mais surtout soutiennent le fait qu’il faille favoriser leur maintien à Bruxelles. Cette observation pose question vu la polysémie du concept. Les élites institutionnelles valorisent une entité peu ou prou définie dans le débat public [14]. Toutefois, il semble que cette valorisation s’accompagne d’une dé-diabolisation de certaines activités économiques chez l’ensemble des personnes interrogées, et plus spécifiquement de l’industrie. L’évolution contemporaine de ce secteur d’activités est intimement liée à la question de la transformation des zones définies au PRAS comme étant « mixtes », dont nous parlerons dans le prochain chapitre.

2.2. Tout le monde aime les zones monofonctionnelles

L’industrie est un secteur d’activité qui a fortement marqué le paysage bruxellois jusqu’à la deuxième guerre mondiale. Les années 60 font face à un développement important des bureaux et de la spéculation foncière. A partir des années 70, les classes populaires sont particulièrement touchées et le chômage augmente. L’adoption du Plan de secteur en 1979 qui cherche à protéger les fonctions faibles de l’époque, dont l’artisanat et l’industrie prône une mixité fonctionnelle mêlant habitat et entreprises industrielles, particulièrement au sein des territoires du « croissant pauvre ». À la création de la Région, ce principe est repris dans le PRAS au travers de la création des zones mixtes qui sont affectées aux logements, aux équipements d’intérêt collectif ou de service public, aux bureaux et aux activités productives.

Le premier rapport de l’Observatoire des activités productives montrera en 2012 que ce sont dans les zones mixtes et de forte mixité qui bordent le canal que la reconversion de terrains d’activités productives en logements et bureaux est la plus importante. En 1997, on recensait 5 722 412 m² des superficies consacrées à l’activité productive. En 2011, ce chiffre chute à 4 730 000 m², soit une perte d’environ 1 000 000 m² en 15 ans dont 800 000 m² rien que dans la zone centrale du canal [15]. La dernière révision du PRAS a favorisé la mise en difficulté des activités productives en les confrontant à la nécessité d’une intégration avec la fonction logement. Cette révision a transformé de nombreuses Zones d’Industrie Urbaine (ZIU) en Zone d’Entreprise en Milieu Urbain (ZEMU), ouvrant la porte au résidentiel et excluant les activités économiques considérés comme incompatibles avec cette dernière fonction. Pascal Sac (SAU) et Elsa Coslado (Perspective Brussels) soulignent que l’industrie a été – et reste – régulièrement représentée dans l’imaginaire collectif comme une source de nuisances diverses (sonores, visuelles, pollutions, etc.). La subjectivité dominante de l’utilisation de la notion de « nuisance » apparaît clairement : l’industrie poserait problème de manière directe pour les personnes qui logent aux alentours. En soi, rien ne nous empêche d’envisager un retournement sémantique de ce terme. Nous pourrions mettre en avant les nuisances pour les entreprises, comme le suggère Lise Nakhlé (BECI), ou pour les travailleurs. Nous pourrions également considérer cette notion sur des temps plus longs ou sous des formes moins visibles. Les processus tels que la gentrification des quartiers centraux sont à ce titre de bons exemples.

IEB observe que certains espaces d’activités productives peuvent avoir une utilité sociale en RBC en freinant des processus de gentrification en cours. Non seulement les promoteurs immobiliers pensent qu’ils parviendraient plus facilement à vendre un bien immobilier lorsqu’il n’est pas situé à proximité d’une production industrielle, mais les classes supérieures qui investissent les quartiers populaires ont aussi des attentes plus élevées sur ce qui est de l’ordre de l’acceptable ou pas. Un exemple est celui du bruit des voitures de l’avenue du Port au sujet desquels les habitants socio-économiquement favorisés de la tour UP-Site se sont particulièrement plaints.

L’image perçue d’un quartier par les sociétés immobilières et ses potentiels clients semble ainsi avoir une importance non négligeable sur les processus de gentrification [16]. En parallèle, la nuisance perçue, comprise comme sous le prisme des problèmes directs et pour les habitants les plus aisés, prévaut dans les discussions avec les acteurs institutionnels. Hormis lors des entretiens avec Sarah De Boeck (Cosmopolis, VUB) et Christian Vandermotten (ULB), les processus d’exclusion subreptices des populations les plus pauvres sont relativement peu abordés durant les discussions, tout comme le potentiel de ralentissements de ces processus par les activités productives [17]. A contrario, la gentrification des entreprises, elle, inquiète plusieurs acteurs tels qu’Antoine Philippe (Citydev), Jonathan Ventura et Nicolas Hamel (cabinet Gosuin), Lise Nakhlé (BECI), Patricia Foscolo (Impulse Brussels), Géraldine Lacasse (Bouwmeester Architecte), Philippe Van Muylder (FGTB / Conseil Economique et Social), Christian Vandermotten (IGEAT, ULB) et Sarah De Boeck (Cosmopolis, VUB).

Le premier rapport de l’Observatoire des activités productives (2012) et l’analyse du cas de la zone de Biestebroeck par Louise Babar et Claire Scohier (2013) ont confirmé les craintes d’un processus d’industrial gentrification – pour reprendre le terme de Sarah De Boeck – lié au ZEMU. Tous les acteurs rencontrés sont bien conscients de cette exclusion de la fonction faible qu’est devenue l’industrie, et dans une moindre mesure des activités productives, face au bureau et au logement. Les ZEMU – et dans une moindre mesure les zones mixtes en général – sont l’objet de critiques récurrentes parmi les personnes interrogées [18]. Mais ces critiques ne forment pas un tout uniforme et invitent à des pistes de solution différentes en termes d’intervention des pouvoirs publics, reconnue par tous comme nécessaire.

Deux voies principales et non exclusives sont prônées. La première est qu’il faudrait maintenir – voire développer – des zones de « monofonctionnalité » destinées aux activités productives. Cette nécessité est soutenue par la quasi-totalité des acteurs interrogés.

Selon les acteurs interrogés, il s’agit principalement d’exclure la fonction logement de certains territoires bruxellois, fonction représentant le danger de la pression immobilière. La place de la fonction bureau est bien moins claire, en raison notamment de la perméabilité de la définition du PRAS aux services. La sélection des types d’activités repris dans les activités productives semble être tout aussi floue. Nous en reparlerons dans le chapitre dédié à l’enjeu de l’emploi.

Cette première voie pose la question la localisation des zones monofonctionnelles et de leur ampleur par rapport aux autres zones. La plupart des acteurs interrogés se positionnent pour le maintien des zones monofonctionnelles existant et gardent pour idée générale la nécessité d’avoir une mixité fonctionnelle importante dans les quartiers centraux (il n’est donc pas question d’être « contre les zones de mixité »). La monofonctionnalité d’activités productives doit pour la plupart des acteurs interrogés être reléguée en périphérie, notamment au sud et au nord de la zone canal. La réinstallation de l’industrie dans les quartiers centraux de la RBC est par exemple souvent considérée comme impensable.

La seconde voie consiste à changer le rapport entre activités productives et autres fonctions au sein même des ZEMU. Le but serait de faciliter l’installation d’activités productives dans les zones mixtes. Cette seconde voie est soutenue par Antoine Philippe (Citydev), Roeland Dudal (Architecture Workroom), Lise Nakhlé (BECI), Philippe Van Muylder (FGTB / Conseil Economique et Social), Sarah De Boeck (Cosmopolis, VUB). L’idéal type serait que toutes les différentes fonctions de la ville peuvent parvenir à s’intégrer harmonieusement si on a les bonnes règles qui les encadrent et les bons accompagnements publics. À plusieurs reprises, cet équilibre à trouver par la société bruxelloise prend des connotations organiques avec des termes tels que « métabolisme urbain » ou « fonctionnement naturel ». Nous en reparlerons dans le chapitre sur l’économie circulaire.

Rappelons que, à l’heure actuelle et au-delà des effets des prix du foncier, la mixité fonctionnelle a tendance à exclure les activités productives qui ne sont pas jugées compatibles avec le logement et/ou le bureau, notamment pour les questions de nuisances précitées. Dès lors, cette voie ne peut être une solution que pour des entreprises dont le processus de production n’est pas considéré comme source trop importante de nuisances par les voisins. Nous pouvons nous demander si ce problème est pris en considération par Didier Gosuin et son Plan Industriel. Au vu de ses déclarations lors du colloque du 8 juin 2017 du Conseil Economique et Social, c’est « l’industrie 4.0 » (numérique, informatique, audiovisuel, etc.) qui est au centre de ses préoccupations. Il souhaite que son cabinet vérifie sa compatibilité avec le cadre réglementaire des ZIU et des ZEMU dans le cadre du futur Plan Industriel.

Par ailleurs les personnes interviewées restent relativement évasives sur comment mettre de tels objectifs de mixité en œuvre. En prenant un peu de recul, ces deux voies se fondent sur l’instauration d’un rapport de force encadrant juridiquement le droit à la propriété privée. À l’heure actuelle, Claire Heughebaert et Charlotte Kokken (SAU) se sentent en effet relativement démunies dans les négociations en aval lorsqu’elles essaient d’intégrer telle ou telle clause favorable aux activités productives dans un projet immobilier face aux volontés des propriétaires qui prédominent. La piste des zones monofonctionnelles existe au sein des ZIU mais supposerait de revenir en arrière des dernières modifications apportées au PRAS ou de revenir sur la définition des ZEMU en revoyant la part minimale des affectations consacrées aux activités productives ou en en éjectant des activités cannibales.

À l’heure actuelle, le PRAS définit la ZEMU de la sorte : « Ces zones sont affectées aux activités productives et aux services intégrés aux entreprises, à savoir les services « business to business », dont la superficie de plancher est limitée à 2.000 m² par immeuble. »

Le « business to business », c’est « des services offrant des tâches de conception, de gestion, techniques, commerciales ou de conseil tels que le développement de systèmes informatiques, de communication ou de gestion pour les entreprises, la publicité ou le développement de design à l’exclusion des services financiers, bancaires et d’assurances et des services prestés par des professions libérales. »

Or ces dernières semblent avoir la cote chez les promoteurs qui ont plus facile à les intégrer dans le projet immobilier au détriment des activités productives. Le business to business pourrait être évacué des ZEMU

L’article 9bis4 des prescriptions littérales du PRAS prévoit également que : « La réalisation d’un projet portant au moins sur 10.000 m² de superficie de plancher peut être autorisée moyennant le respect des conditions suivantes (…) :

  1. 1° Le projet prévoit d’affecter aux activités productives, aux services intégrés aux entreprises, aux commerces ou aux commerces de gros une superficie de plancher qui correspond, au minimum, à 90% de l’emprise au sol du projet ;
  2. 2° Le projet prévoit d’affecter au logement au minimum 40 % de la superficie de plancher. »

Des aménagements de cette disposition pourrait avoir lieu et notamment permettre l’activité de logistique qui est souvent associée aux activités productives.

Une autre piste, non exclusive de celles précitées, serait d’intégrer de nouveaux moyens d’encadrement des dynamiques immobilières, notamment par un mécanisme de captation des plus-value tel qu’il existe dans d’autres pays européens ou encore une amélioration du droit de préemption. Il va sans dire que ce type de pratique est loin de faire consensus auprès des élus bruxellois [19] et reste très peu abordé par les acteurs interrogés.

Nous pouvons aussi souligner que le soutien généralisé à la monofonctionnalité ne vient pas de nulle part. Les relativement récentes déclarations Citydev en faveur de zones monofonctionnelles en RBC sont maintenant une référence pour plusieurs acteurs interrogés. Elles seraient, selon Sarah De Boeck, un signe de changement de mentalité général des institutions bruxelloises [20]. Soulignons qu’il n’est nullement question d’exclure catégoriquement les zones mixtes. L’ensemble des acteurs qui ont affirmé l’importance des zones monofonctionnelles se positionne en faveur d’un mélange entre les deux types de zones en vue de développer des activités productives. Ils reconnaissent aisément le potentiel des zones mixtes, notamment en termes de lutte contre la congestion automobile, les émissions de gaz à effets de serre ou encore la visibilité de la production de biens matériels nécessaires à la ville. De plus, elles autorisent la liaison sur un même territoire entre logements et lieux de travail. Le travail qui reste, sous le prisme de l’emploi, un enjeu important des activités productives pour les personnes interrogées.

2.3. Peu de perspectives pour l’emploi « peu qualifié »

De manière relativement systématique, nous avons demandé lors des entretiens quelle(s) utilité(s) sociale(s) avaient les activités productives en RBC. La problématique de l’emploi apparaît comme la considération majeure auprès de l’ensemble des acteurs interrogés. Les interviewés abordent très spontanément cet enjeu dans la discussion. La capacité d’une entreprise à créer de nouveaux emplois est déterminante dans la volonté des acteurs institutionnels à garder une entreprise en RBC. Cependant, nous nous devons de prendre en compte la non-homogénéité du marché du travail bruxellois pour éviter une vision simplificatrice déconnectée des besoins des populations régionales.

L’état des lieux de l’Observatoire bruxellois de l’emploi (2014) sur le marché de l’emploi en Région de Bruxelles-Capitale est révélateur sur plusieurs aspects. Premièrement, il montre que, depuis la création de la Région en 1989, le taux de chômage est passé de 12,4% à l’époque à 20,1 % en 2014. Deuxièmement, entre 2009 et 2014, l’Observatoire bruxellois de l’emploi note une augmentation particulièrement forte des personnes hautement qualifiées dans la population des demandeurs d’emploi inoccupés. Malgré cela, le pourcentage de chômeurs faiblement qualifié reste nettement supérieur et le chômage reste particulièrement élevé chez les jeunes. Du côté de l’offre, l’Agence de Développement Territoriale (2011) soulignait dans l’état des lieux préalable au projet de Plan Régional de Développement Durable que le nombre d’emplois peu qualifié a particulièrement baissé (-41%) entre 1989 et 2007, alors que le nombre d’emploi hautement qualifié a fortement augmenté (+62%) [21], nettement plus que dans les deux autres régions du pays, en raison d’une plus forte concentration de fonctions supérieures dans la Région.

Ce qui reste de l’emploi industriel à Bruxelles est en grande partie orienté vers des activités administratives ou commerciales. Or les emplois peu qualifiés occupent plus la main d’œuvre bruxelloise. On observe qu’entre 2003 et 2013, la part de Bruxellois au sein des emplois peu qualifiés est passée de 55% à 67% alors qu’elle diminuait dans les emplois hautement qualifiés. [22]

La situation est préoccupante dans une des régions les plus riches d’Union Européenne (UE) en termes de PIB/habitant. C’est pourquoi notre analyse dans ce chapitre ne se focalise pas uniquement sur la création d’emplois sans aucune distinction mais bien sur les types d’emplois créés.

Le potentiel de création d’emplois des activités productives, ou même simplement industrielles ne fait pas l’unanimité. Des acteurs tels qu’Elsa Coslado (Perspective Brussels), Jonathan Ventura et Nicolas Hamel (cabinet Gosuin), Lise Nakhlé (BECI) et Patricia Foscolo (Impulse Brussels) pensent que le développement de ce type d’activités seul ne va pas répondre au problème du chômage et de l’emploi non universitaire. L’argument est que la majorité des postes peu qualifiés se trouvent dans les activités de service et que le travail en usine se fait aujourd’hui par des ouvriers sérieusement formés à l’utilisation des machines requises. Les travaux de Christian Vandermotten (IGEAT) confirment ce postulat. Selon des chiffres de l’ONSS [23], il y avait en 2015 une part de 53% d’employés dans les secteurs industriels manufacturiers et extractifs en Région de Bruxelles-Capitale, qui sont généralement plus qualifiés que les ouvriers. Ces derniers trouvent beaucoup plus d’emplois dans les activités de service [24], et dans une moindre mesure dans l’horeca. Les acteurs rencontrés ont bien conscience de ces tendances et Christian Vandermotten est devenu une référence sur ces questions. Jonathan Ventura et Nicolas Hamel (cabinet Gosuin) vont même plus loin en déclarant que créer des emplois peu qualifiés n’est même pas un objectif du futur Plan Industriel. La logique est que des forces économiques dépassant Bruxelles se cristallisent dans la capitale et qu’il est illusoire, voire non désirable, de vouloir aller contre ce courant.

"Evolution de l'emploi industriel en Région de Bruxelles-Capitale et sa périphérie, de 1981 à 2014", Christian Vandermotten, 8 juin 2017.

D’autres pensent que développer des activités productives est une opportunité pour remédier au problème du chômage à Bruxelles et des nombreuses personnes peu qualifiées qui le composent. Christian Vandermotten (IGEAT) témoigne que, durant les années 90 et encore un peu aujourd’hui, un dénigrement de l’emploi peu qualifié de service s’est couplé à une valorisation de l’emploi industriel dans le débat public bruxellois. Il s’agirait, selon lui, de l’œuvre d’acteurs comme La Fonderie, Bruxelles Fabriques ou les syndicats, suivant une forme de mythe du « bon » emploi industriel déconnecté des réalités économiques régionales. Face à cette apparente contradiction, Philippe Van Muylder (FGTB /Conseil Economique et Social) se défend. Selon lui, développer des activités productives c’est permettre à une diversité d’emploi de venir prendre place à Bruxelles, de l’universitaire au peu qualifié, même par le biais d’industries de haute technologie, numériques ou audiovisuelles. Cet avis est partagé par Antoine Philippe (Citydev). S’il semble clair que ces secteurs ont eux aussi besoin de main-d’œuvre pour des tâches manuelles peu qualifiées (e.g. nettoyage), la vraie question est la proportion de postes de qualifications différentes que les futures entreprises vont créer. Il est bien beau de parler de diversité d’emploi, mais l’intérêt est qu’elle réponde à un besoin réel des populations bruxelloises et ne serve pas juste à un marketing urbain.

Les personnes interrogées vont très rarement jusque là dans leurs réflexions lors des entretiens effectués. Reste que le nombre réel des emplois peu qualifiés en RBC est largement sous-estimé en raison de l’économie informelle et de l’économie non déclarée et que nos décideurs se gardent bien de lever le voile sur ce qui reste un tabou. La prise en considération du nombre d’emplois réels pour répondre aux besoins du secteur de la construction devrait amener nombre de questions sur le potentiel de ce secteur en le liant à la qualité des conditions de travail (cfr infra). Un autre tabou est celui de l’obsolescence des biens combinée au prix non concurrentiel de la main d’œuvre locale si bien qu’il revient moins cher d’acheter du neuf produit ailleurs que de réparer localement un bien défaillant.

En termes d’intervention institutionnelle, plusieurs pistes liées aux activités productives sont identifiées par les acteurs rencontrés. La première et la plus unanimement critiquée est la Zone d’Économie Urbaine Stimulée (ZEUS). Les personnes interrogées ont toutes marqué leur profonde opposition face à ce projet, pour plusieurs raisons. La base territoriale des aides financières accordées, focalisées sur certains secteurs statistiques est particulièrement pointée du doigt. Antoine Philippe et Pierre Demeuter (Citydev), Lise Nakhlé (BECI) affirment que les secteurs statistiques ne sont pas pertinents pour localiser les personnes peu qualifiées ou au chômage. Lise Nakhlé (BECI) va plus loin, en soulevant que cela peut avoir des conséquences en termes de spéculation foncière en attirant d’un coup de nombreuses entreprises désireuses de bénéficier des aides fiscales. Un autre défaut majeur mis en évidence par Roeland Dudal (Architecture Workroom), Antoine Philippe et Pierre Demeuter (Citydev) est que le modèle des zones franches dont la ZEUS découle est particulièrement dépendant de subventions publiques. Dès qu’elles s’arrêtent quelques années plus tard, les entreprises repartent et les potentiels effets positifs pour les populations locales aussi.

Les travaux de Sarah De Boeck, David Bassens et Michael Ryckewaert (2015) sur les zones franches françaises sont éclairants sur la pertinence de ces critiques. Des effets de hausse de prix du terrain, d’attraction de petites entreprises mobiles et de fuite de ces mêmes entreprises dès que les subventions publiques ne sont plus attribuées sont observés dans les régions françaises. Plus de 5000 postes ont été créés entre 1997 et 2001 à Roubaix, dont 60% d’entre eux ne sont que des transferts de postes préexistants, mais ce qui laisse quand même 40% de nouveaux. Selon les auteurs les habitants locaux n’en tirent finalement que peu ou prou d’avantages. Ils soulignent toutefois que des conditions favorables à un succès des zones franches peuvent être mises en place, telles qu’un leadership fort combiné à une vision commune de coopération à échelle métropolitaine, la complémentarité de plusieurs instruments politiques, la sensibilisation des entreprises aux discriminations, l’accessibilité physique à la zone ou encore le soutien de programme de développement européen.

Alors que le projet de ZEUS est laissé à l’abandon depuis plusieurs années, le ministre Didier Gosuin a annoncé en juin dernier vouloir relancer sa mise en place dans le cadre de son Plan Industriel. Il est possible qu’il ne s’agisse que d’une annonce sans suivi. Si ce n’est pas le cas, nous verrons si le cabinet Gosuin prendra en compte ces conditions favorables et les mettra en application. Ce qui est clair c’est que l’idée d’appliquer tel quel le projet de ZEUS ne semble actuellement pas du tout soutenue par les autres institutions bruxelloises.

La deuxième piste est celle de la formation. Elle est prônée par des acteurs tels que Patricia Foscolo (Impulse Brussels), Lise Nakhlé (BECI), Jonathan Ventura et Nicolas Hamel (cabinet Gosuin)…mais pas n’importe comment. La logique de base est que la formation peut contribuer à ce que des personnes trouvent des emplois et donc des revenus en se formant pour répondre à la demande d’entreprises. Lise Nakhlé (BECI) a d’ailleurs particulièrement insisté sur le fait qu’il faudrait que les individus s’adaptent aux besoins des entreprises et non l’inverse (en sélectionnant les entreprises qui répondront aux besoins de la population). Placer la priorité sur le besoin de l’entreprise pour déterminer les critères de formation ne peut être une option soutenue par IEB car elle vise à confier les rennes de la politique de l’enseignement au secteur privé, lui-même soumis à des dynamiques capitalistes mondiales et à l’influence d’organismes économiques dominants (multinationales, États, banques, etc.) qui le dépassent complètement. Les forces macro-économiques dont les institutions publiques se font ainsi les tributaires sont bien éloignées des besoins des habitants bruxellois. N’y a-t-il pas d’autres voies envisageables qu’une simple soumission aux besoins d’entreprises et des dynamiques capitalistes ? [25] Revendiquer un droit à la ville passe par la contestation de cette domination de la logique entrepreneuriale et de l’intérêt privé sur l’émancipation des populations et les transformations de la ville. L’efficacité limitée des politiques de formation pour répondre aux problèmes du chômage et de l’emploi peu qualifié à Bruxelles a été Analysée par les travaux de Gilles Van Hamme (2009) de l’Institut de Gestion de l’Environnement et d’Aménagement du Territoire (ULB). Selon cette analyse, la qualification croissante des habitants de la Région ne se traduit pas forcément par une amélioration de la situation du marché du travail. En outre, à l’échelle intra-urbaine, la formation croissante de la population n’a pas permis de diminuer les inégalités socio-spatiales d’insertion sur le marché du travail. Les personnes issues des quartiers défavorisés ont à la fois un accès plus difficile au diplôme et connaissent, à diplôme égal, un risque de chômage de plus en plus élevé. Jusqu’à présent, les différentes politiques de formation (discrimination positive, formation professionnelle) se sont donc avérées incapables de résorber le chômage et sa concentration dans les zones les plus pauvres de la ville [26]. Soulignons également les observations d’IEB selon lesquelles dans certains secteurs d’activités productives tels que la transformation de la viande des formations se font sans diplômes, « sur le tas », sans même passer par des centres de formation professionnalisant. En effet, à Bruxelles, depuis quelques années, il n’y a plus de section d’enseignement secondaire professionnel en boucherie. Elles auraient fermé faute d’élèves et à cause du coût exorbitant des investissements nécessaires à la mise aux normes AFSCA des ateliers de pratique [27].

Ces constats nous invitent à avoir une vision plus complexe et réaliste de la relation entre emploi et formation et à l’intégrer dans nos réflexions.

La troisième piste consiste à favoriser des secteurs d’activités productives particulièrement pourvoyeurs d’emplois peu qualifiés. L’idée est mitigée auprès des acteurs institutionnels interrogés. Plusieurs personnes interrogées, telles que Roeland Dudal (Architecture Workroom) et Charlotte Kokken et Claire Heughebaert (SAU), me disent que ce n’est pas à eux de décider quelle entreprise ou filière de production devrait venir s’installer à condition qu’elles s’intègrent dans la ville. Elles n’auraient pas la légitimité ou les compétences pour se positionner sur de telles questions. L’argument d’une primauté d’une opinion populaire dans une optique démocratique est également plusieurs fois revenu dans les entretiens. « Ce n’est pas à moi de dire de prendre cette décision », « qui suis-je pour décider », etc. Un autre argument relevait d’une posture d’honnêteté scientifique et d’objectivité. « Je ne dis pas si c’est bien ou pas, j’expose des faits », « la réalité est complexe et change chaque jour », etc. Mais sous ce vernis de scientificité, d’objectivité et de volonté démocratique, ne s’agit-il pas d’un aveu d’impuissance du secteur public actuel à réguler le secteur privé et à identifier avec clarté les besoins et les mesures à entreprendre pour ne fut-ce que soutenir un secteur en voix d’extinction pure et simple ? La réalité aujourd’hui est que nombre de PME actives parfois depuis des décennies, ont cédé lentement à la pression des logements induite par le PRAS. Le coût du foncier, l’impossibilité de s’agrandir, la congestion automobile, les plaintes des riverains, autant d’éléments qui ont poussé les PME à s’implanter hors des frontières régionales.

Il s’agit donc de promouvoir le débat politique sur les besoins et les apports des activités productives au-delà d’un mythe abstrait du retour à l’industrie. Bien entendu, la réalité est loin d’être simple et des positionnements politiques ne peuvent être gravés dans le marbre alors que le contexte évolue incessamment. Bien sûr, la planification dure à l’égard des entreprises n’est pas souhaitable et ne fonctionne pas. Faut-il pour autant laisser se développer une politique actuelle d’aménagement du territoire chevillée à la spéculation immobilière chassant littéralement les entreprises en les mettant en concurrence avec des fonctions économiques plus fortes (logements privés, centres commerciaux, hôtels, etc. ) ? Nous manquons visiblement de données sur les types d’emplois en lien avec les activités productives. Nous nous arrêtons souvent à la grande industrie alors qu’une des spécificités du tissu économique bruxellois est d’être constitué d’un réseau dense de PME. Les entreprises actives dans le secteur agroalimentaire, la chimie et la fabrication métallique étaient 1245 en 2014 et comptabilisaient 17.000 postes de travail correspondant à 2,7 % de l’emploi salarié bruxellois. 56 % de ces entreprises comptaient moins de 5 salariés et sont des PME favorisant l’emploi local [28]. Il faudrait disposer d’une meilleure photographie de cette réalité bruxelloise complexe pour identifier les mesures permettant de maintenir et faire fructifier les activités utiles à la ville déjà en place. Lors du colloque du Conseil économique et social du 8 juin 2017, le ministre-président de la Région faisait cet aveu : « Nous n’avons jamais suffisamment analysé tous les moyens pour maintenir une certaine forme d’industrie – et par conséquent d’emploi – dans une capitale urbanisée comme Bruxelles. Nous n’avons pas réfléchi non plus à la manière dont nous pouvons faire grandir nos artisans, comment nous pouvons trouver des lieux de production locaux ».

Le Conseil économique et social constate ce hiatus : la RBC atteint un taux de chômage chez les jeunes de près de 30 % alors qu’elle connaît une pénurie de main d’œuvre dans les métiers suivants : boucher, mécanicien, dessinateur en mécanique, métiers de l’automobile, technicien de la transformation du métal, manutentionnaire et métiers de la logistique,... [29]

Mettre en débat la question des secteurs à favoriser notamment en fonction de leur potentiel de création d’emplois adaptés à la main d’œuvre bruxelloise semble d’autant plus important que la réalité semble imposer ce débat.

Les secteurs économiques et entreprises en RBC sont déjà soutenus par des institutions de diverses manières [30]. Un exemple marquant est celui des clusters sectoriels (technologies de l’information et de la communication, écoconstruction, tourisme, soins de santé, technologies vertes et audiovisuel) d’Impulse Brussels. L’organisme fournit des accompagnements en termes de sources de financement régional, de montage de projet, de soutien logistique ou encore d’expertise socio-économique aux entreprises des secteurs concernés. Le gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale avait d’ailleurs clairement indiqué ses orientations dans sa Stratégie 2025, désirant soutenir les technologies de l’information et de la communication, de l’ « industrie technologique », la construction, le recyclage ou encore le transport et la logistique. En prenant connaissance des résultats de l’étude des secteurs industriels par l’Observatoire bruxellois de l’emploi (2016), il semble particulièrement dommage que le soutien à l’industrie agroalimentaire ne soit pas dans les grandes priorités économiques régionales. Non seulement le secteur de l’alimentation se caractérise par une part importante d’emplois peu qualifiés (41% des salariés étaient de niveau secondaire inférieur, en 2014), mais il concentre également de la main-d’œuvre locale de manière significative (57% d’emplois en moyenne entre 2012 et 2014). Certains métiers, comme notamment dans la transformation de la viande, sont peu mécanisables et sont facilement accessibles à des populations plus précarisées. Il s’agit essentiellement de petites entreprises, ce qui peut avoir de l’intérêt pour éviter une concentration d’emplois et de capitaux sous une seule entité. En termes de synergie, certaines grandes sociétés ont des accords pour pallier au problème de la saisonnalité qui caractérise la transformation alimentaire. Leonidas et Viangro se sont ainsi mis d’accord pour des transferts de travailleurs selon les pics d’activité. Bref, il y a là des aspects relativement positifs concernant plusieurs indicateurs qui ont attrait à l’intérêt collectif et à l’utilité pour les Bruxellois et la Région de Bruxelles-Capitale.

Enfin, les entretiens effectués font ressortir la relative absence de réflexions sur la qualité des emplois existants et à créer dans les secteurs d’activités productives. L’aspect de la quantité de postes créés est omniprésent et domine les débats. A contrario, les questions de conditions de production, de relations salariales ou de bien-être au travail sont peu ou prou citées par les acteurs interrogés. Seuls les syndicats s’inquiètent de cette question et regrettent une dualisation de l’emploi au sein des entreprises manufacturières avec des fonctions ouvrières de plus en plus exercées sous forme de contrats intérimaires pour permettre à l’entreprise de s’adapter à la conjoncture [31]. Ces constats posent question, d’autant plus que ces problèmes sont loin de n’être que le lointain souvenir d’une période industrielle archaïque et dépassée [32]. L’Observatoire de l’emploi (2016) a ainsi analysé les problèmes d’emploi intérimaire et de sous-traitance dans les secteurs industriels bruxellois. Si on prend le cas du secteur de la construction, il semble légitime à titre fonctionnel de vouloir garder les sites de stockage de matériaux et de machines à l’intérieur d’une ville qui est constamment en chantiers, afin d’éviter une mobilité superflue qui serait source de nuisance et de pollution. Cependant l’état actuel des relations de travail dans le secteur de la construction n’est pas glorieux. Le recours à de multiples niveaux de sous-traitance, la flexibilité accrue des ouvriers et la compétitivité entre les travailleurs européens sont autant de problèmes qui mettent à mal leur santé physique et psychologique [33]. Promouvoir le développement d’activités productives en ville, c’est bien, mais encore faut-il que les emplois que les entreprises attirées créent se déroulent dans de bonnes conditions.

Nous pouvons nous demander à quel point la diffusion des modèles « écologiques » de la ville, représentant l’urbain comme un ensemble de flux de matières qu’il faudrait harmoniser, ne contribue pas à occulter la dimension des conditions de travail et de relations salariales. Cette représentation de Bruxelles en tant que « métabolisme urbain » est, comme nous le verrons dans le prochain chapitre, intimement liée aux réflexions en termes d’économie circulaire.

2.4. Économie circulaire et métabolisme urbain : un écofonctionnalisme de second plan

Développé originellement par le milieu de la consultance, l’économie circulaire est un modèle économique qui a connu un véritablement succès international ces dernières années, aussi bien auprès d’acteurs publics que privés (Kampelmann, 2016). Les institutions de la Région de Bruxelles-Capitale l’ont aussi adopté et ont mis des moyens non négligeables pour la mise en application de mesures concrète. Le résultat majeur est le Plan d’Économie Circulaire (PREC), lequel vise à assurer une transition de l’économie linéaire actuelle (extraire, produire, consommer, jeter) vers une économie circulaire (récupérer, produire, consommer, réutiliser). Ce document est devenu une référence en termes de politique d’activités productives. Cela dit, une référence toute relative dès lors que le projet de PRDD n’y fait même pas écho tout concentré qu’il est sur l’économie d’attractivité internationale (voir infra).

Toutefois, la grande majorité des acteurs interrogés l’ont mentionné de manière spontanée et en ont une image positive. L’économie circulaire viendrait apporter des réponses aux préoccupations de l’emploi et de la gestion de déchets qui font généralement consensus au sein des institutions bruxelloises. Il s’agirait de réconcilier l’économie et l’environnement tout en opérant une politique qui bénéficie d’une touche « verte » dans l’ère du temps, comme le font remarquer Jonathan Ventura et Nicolas Hamel (cabinet Gosuin), et généralement appréciée par l’opinion publique [34].

Les personnes interviewées n’ont pas toutes foi dans le potentiel du PREC et nous pouvons relever leur principale critique. Stephan Kampelmann (LOUISE, ULB) par exemple déplore le fait que, si l’emploi semble dominer les préoccupations économiques, la dimension environnementale ne passerait qu’au second plan. Ce plan reste assez évasif et traduit d’évidence une volonté de conserver la compétitivité des entreprises bruxelloises dans un contexte de rareté des ressources en énergie et en matières premières. Le PREC est mis en application et bénéficie de fonds régionaux, mais ils ne suffiraient pas dans l’état actuel à apporter une solution sérieuse à la problématique des déchets. Le débat autour de l’économie « endogène », c’est-à-dire l’ensemble des activités économiques qui a pour finalité de répondre aux besoins locaux, est à ce titre révélateur. L’ensemble des personnes interrogées sont pour le développement de ce type d’économie et c’est pourquoi les activités productives sont promues. Selon Patricia Foscolo (Impulse Brussels), produire localement est aujourd’hui une démarche tout à fait légitime auprès des acteurs institutionnels bruxellois.

Néanmoins, ces réflexions vont relativement à l’encontre de l’orientation des politiques régionales majeures de ces dix dernières années qui, comme nous le soulignons plus haut, mettent l’accent sur le développement hautement technologique s’adressant à des travailleurs hautement qualifiés et sur les services de pointes et les fonctions internationales (command and control), depuis l’adoption du Plan de Développement International (PDI) en 2007. La ville est reconnue comme étant profondément marquée par ces activités de service international de haut niveau, à tel point qu’un changement radical d’orientation économique semble difficilement concevable auprès d’acteurs institutionnels tels que Charlotte Kokken et Claire Heughebaert (SAU). Les volontés de réduire l’empreinte environnementale, de diminuer la congestion automobile ou de gagner en indépendance par rapport à des productions externes à la ville en accueillant plus d’entreprises d’activités productives en ville, avancées par Pascal Sac (SAU) semblent rester des vœux pieux dès lors qu’aucune mesure forte n’est là pour restaurer l’équilibre entre les forces économiques « exogènes » [35] largement dominantes et les forces endogènes malmenées [36]. La réflexion reste peu présente auprès des acteurs institutionnels rencontrés sur le comment faire pour opérer ce rééquilibrage nécessaire.

Les enjeux de mobilité sont au cœur de cette aporie. Les problèmes sérieux de congestion automobiles en RBC sont connus de l’ensemble des personnes rencontrées et la nécessité d’y remédier fait consensus. Pourtant, la réponse à ces problèmes semble n’être qu’un objectif de second ordre lorsqu’il est question d’activités productives. Plus précisément, les aspects de transport de marchandises comme de personnes ne sont, la plupart du temps, qu’envisagés à l’échelle de chaque projet d’urbanisme. Il semble qu’il y ait un retard conséquent sur la façon de penser la logistique en RBC, retard que tente de rattraper certains acteurs de Bruxelles Mobilité. Malgré cela, force est de constater que le très pertinent Plan stratégique pour le transport de marchandises en RBC adopté par le gouvernement en juillet 2013 reste un des plans oubliés par nos décideurs. La question d’une politique cohérente de mobilité à échelle régionale et la nécessité de mettre en place des infrastructures de transport de marchandise et de logistique dépassant le cadre d’un seul projet urbanistique ne sont que très peu abordées.

Des acteurs comme le Port de Bruxelles et IEB défendent depuis plusieurs années l’importance qu’il y a à apporter à un plan logistique à l’échelle de la Région,requête appuyée par les travaux de plusieurs académiques bruxellois (e.g. Strale et al., 2015) [37]. De plus, soulignons que l’enjeu de la mobilité est très peu cité par les acteurs interrogés lorsque la question de l’utilité sociale des activités productives leur est posée. Produire des biens en ville destinés aux habitants de cette même entité urbaine, c’est aussi une manière de contribuer à atténuer les problèmes de congestion. En bref, de manière similaire aux questions environnementales, les causes profondes des problèmes de mobilité et les pistes de réflexion pour y soumettre des solutions sérieuses et adaptées semblent ici encore trop peu présentes dans les discours de l’élite institutionnelle bruxelloise. Tant et si bien que les fameuses nouvelles ZEMU censées accueillir des activités productives ne peuvent accueillir de l’activité logistique, un non sens !

En vue de poursuivre la réflexion sur le concept d’économie circulaire, nous remarquons qu’il est souvent mis en lien avec l’idée d’un « métabolisme urbain » chez les personnes interrogées, comme chez Lise Nakhlé (BECI) et Patricia Foscolo (Impulse Brussels). Il s’agit de comparer le territoire régional à une forme organique qui aurait des flux de matières entrantes et sortantes à transformer ou à faire transiter selon un processus biologiques. Un bon exemple en ce sens est le rapport d’Ecores, l’Institut de Conseil et d’Etudes en Développement Durable et BATir (ULB) sur l’analyse du « métabolisme de la Région de Bruxelles-Capitale » (2015), sur lequel se base le PREC. Ce rapport fait l’inventaire de manière fouillée des flux de ressources, d’énergie et de déchets qui caractérisent la ville. Il met en évidence la dimension systémique du fonctionnement de l’économie bruxelloise, composé d’un ensemble de phénomènes d’une certaine régularité et de liens de causalité déterminés, ainsi que les besoins des habitants de la RBC. Par exemple, le fait de garder des fonctions de production alimentaire ou de soin hospitalier au sein même de la ville semble être pertinent, car les populations qui y vivent en auront très certainement encore besoin pour de longues années à venir.

La vision du métabolisme urbain n’est pas nouvelle. Elle est observable tout au long de l’histoire chez des intellectuels de la ville aux postures très différentes, du libéralisme économique au matérialisme historique de Marx en passant par la sociologie de l’Ecole de Chicago [38]. Cependant, biologiser les rapports sociaux peut s’avérer terriblement trompeur, représentant les relations des agents économiques comme « naturelles », inscrites dans les gènes mêmes de l’évolution des sociétés humaines. Pour reprendre l’exemple du rapport d’Ecores, l’Institut de Conseil et d’Etudes en Développement Durable et BATir (ULB) sur l’analyse du « métabolisme de la Région de Bruxelles-Capitale » (2015), les questions politiques et sociologiques du fonctionnement de la société régionale ne sont pas intégrées de manière rigoureuses et contextualisées. Cela donne une vision « éco-fonctionnaliste » de la ville déconnectée des besoins et réalités des populations bruxelloises. Ainsi, il semble important de se protéger d’un tel discours biologisant, allant à l’encontre de l’histoire et de décennies de travaux en sciences sociales. Pour le cas de Bruxelles, les travaux d’historiens comme Jean Puissant, Christian Vandermotten et d’Eric Corijn ou plus largement de La Fonderie ont montré que le fonctionnement de l’économie régionale n’a rien d’immuable et que son évolution à travers le temps relève d’une multitude de rapports de force entre intérêts économiques et politiques liés à des facteurs socio-économiques complexe. Tâchons de ne pas l’oublier et de ne pas se laisser aller à une vision organique simplificatrice.

À ce stade, il est difficile d’évaluer la pertinence des critiques du PREC, qui n’a été adopté par le gouvernement bruxellois qu’en 2016. Il est donc un peu tôt pour en mesurer sérieusement les implications en RBC. Néanmoins, il semble que le PREC alimente des débats relativement positifs au regard d’enjeux préalablement cités. Stephan Kampelmann reconnaît dans le PREC une contribution à la valorisation des activités productives, au niveau de leur image, et plus particulièrement du mouton noir de l’industrie qui passe de « source de nuisance et de déchet » à « ressource économique et écologique ».

Le cas d’Inter-Beton est un bon exemple. Il y a quelques années le site à hauteur du bassin Vergote était encore l’objet de plaintes concernant les bruits et les poussières qui y sont émis. D’une part Inter-Beton a réagi en lançant un projet de réaménagement du site, en intégrant notamment une forme de couverture appliquée à la zone de chargement qui limiterait les nuisances citées. D’autre part le secteur de la construction est valorisé pour sa fonctionnalité dans la ville. Lise Nakhlé (BECI) fait notamment remarquer que le béton ne dispose que de 90 minutes entre sa production et son durcissement, ce qui fait de sa position urbaine un atout majeur pour le secteur de la construction bruxellois. Proche des chantiers régionaux, la proximité d’Inter-Beton permet de limiter les transports et leurs impacts sur l’environnement. À côté de cela le PREC favorise la construction utilisant des matériaux écologiques. L’image de l’entreprise, et plus largement du secteur de la construction bruxelloise, ne se résume plus à une simple représentation de béton sale et polluant qui a pu longtemps les suivre.

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Conclusion

L’objectif de cette étude était d’explorer les débats en cours autour des des activités productives et d’en faire un premier état des lieux en les croisant avec les enjeux sociaux, économiques et environnementaux, avec une lecture critique.

La volonté des décideurs, ou en tous les cas d’une grande partie d’entre eux, de développer une meilleure connaissance des activités productives en RBC et d’analyser des pistes pour valoriser celles qui seraient utiles à la ville nous semble de bonne augure. Mais ce stade, force est de constater leur tâtonnement, sans doute parce que le flou entretenu permet de faire consensus autour d’un concept productif à géométrie variable devant se fondre dans l’urbain à l’aide du principe de la mixité fonctionnelle sur base du critère indéterminé d’ « utilité » à la ville. Une façon certaine d’éviter les sujets qui fâchent et d’avoir à arbitrer des questions critiques liées à la rareté du foncier, à la pression immobilière en faveur du logement et de l’économie créative, au caractère « salle » de certaines activités productives pourtant utiles à la ville,...

Qu’il s’agisse des activités productives ou de toute autre fonction faible susceptible de répondre aux besoins des bruxellois, il apparaît urgent que nos décideurs se dotent enfin des outils de maîtrise foncière digne de ce nom : amélioration du droit de préemption, création d’un système de captation des plus-values, encadrement des loyers,… Changer les affectations du sol, comme l’a fait le PRAS démographique, dans un contexte de maîtrise foncière totalement absente, revenait à ouvrir les vannes en faveur du marché privé et d’un aménagement du territoire livré à une approche essentiellement spéculative et provoquant des mécanismes de gentrification tant de personnes que d’entreprises.

Un autre enseignement est la nécessité d’une meilleure connaissance des activités productives installées sur notre sol et de leur apport à divers critères d’utilité urbaine. Il s’agit donc de promouvoir le débat politique sur les besoins et les apports des activités productives au-delà d’un mythe abstrait du retour à l’industrie. Mettre en débat la question des secteurs à favoriser notamment en fonction de leur potentiel de création d’emplois adaptés à la main d’œuvre. Partir de l’existant et comprendre ses besoins, ses apports et ses mécanismes de développement, plutôt que de fonctionner sur des critères abstraits de métabolisme urbain hors sol. Bruxelles à des spécificités et peut se prévaloir de disposer encore d’une industrie à proximité d’un canal industriel, d’un tissu dense de PME, d’être un carrefours de formes de main d’œuvre diversifiée,… Quelles mesures sont les mesures à adopter pour maintenir et faire fructifier les activités « utiles » à la ville déjà en place ?

C’est ici que s’invite cette notion floue d’utilité. Pour IEB, cette utilité devrait notamment prendre en considération des besoins sociaux comme ceux de la création d’emplois mais non en créant des formations pour répondre aux besoins économiques des acteurs privés mais bien en assurant le soutien à des secteurs économiques offrant des services directs à la ville (construction, alimentation, recyclage, textile, réparation mécanique et électronique,…). Il faudrait ensuite avoir égard la valeur ajoutée offerte par ce type d’activités pour qu’elles soient économiquement viables ou, à défaut, considérer leur apport aux besoins essentiels des habitants pour justifier leur inscription dans un système d’économie sociale.

La prise en considération de la logistique et du bilan carbone, trop souvent oubliés dans les politiques économiques, devrait également être des critères majeurs. Bruxelles a un foncier bien trop précieux que pour le consacrer à des activités qui ne font que transiter par son territoire ou dont la proximité n’apporte que peu de plus-value.

Comprendre les besoins des entreprises identifiées comme « utiles » à la ville serait l’étape suivante de façon à pouvoir englober leur préoccupation lors des arbitrages réalisés par les pouvoirs publics en matière d’aménagement du territoire.

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Lexique

Activités artisanales = « Activités de production où la création, la transformation ou l’entretien de biens meubles s’exerce principalement de manière manuelle et pouvant s’accompagner d’une vente directe au public (AATL, 2005a, p.41)

Activités de production de biens immatériels = « activités de conception et/ou de production de biens immatériels fondées sur un processus intellectuel ou de communication ou liées à la société de la connaissance (production de biens audiovisuels, de logiciels, studios d’enregistrement, formation professionnelle spécialisée, service pré-presse, call centers,) ou encore relevant de technologie de l’environnement. » (AATL, 2005a, p.41)

Activités de production de services matériels = « activités de prestation de services ou liées à la prestation de services s’accompagnant du traitement d’un bien indépendamment de son processus de fabrication (ex. : transport de documents, entreposage de biens, service de nettoyage, de dépannage et d’entretien,…). » (AATL, 2005a, p.41)

Activité économique = « Domaine de participation des personnes actives à la production et à l’échange de biens et de services.
On distingue, d’après Colin Clark, trois grands groupes d’activités, en fonction du stade où se situe l’intervention humaine :
les activités primaires correspondent à la production de matières brutes : tel est le cas de l’agriculture (y compris élevage et exploitation forestière), de la pêche, des mines et carrières ;
les activités secondaires (ou industrielles) qui correspondent à la transformation des matières brutes et à la production de produits finis : artisanat, industrie de transformation, bâtiment et travaux publics ;
les activités tertiaires qui correspondent à la production de services : commerce (de gros et de détail), transport, administration et services publics, services privés aux entreprises et aux particuliers, etc. »
(Merlin & Choay, 2000, p.11-12)

Activités industrielles = « activités de production mécanisée portant sur la fabrication ou la transformation de biens meubles ou sur l’exploitation de sources d’énergie. » (AATL, 2005a, p.40)

Activités logistiques = « opérations d’encadrement, de coordination et de mise en place des échanges de biens » (Strale et al., 2015, p.11). Cette définition est différente de celle de l’Agence de l’Aménagement du Territoire selon laquelle les activités logistiques recouvrent un « processus intégré d’opérations que subit un produit fini après sa fabrication jusqu’à sa livraison au client, y compris l’étiquetage, le conditionnement, le stockage, la gestion de stock, la livraison, l’entretien et le service après-vente. Sont assimilés aux activités logistiques, les travaux de gestion et d’administration, l’entreposage et les commerces qui en sont l’accessoire » (AATL, 2015, p.41-41).

Activités productive = « Activités artisanales, activités de hautes technologies, activités industrielles, activités de production de services matériel et de biens immatériels. Sont assimilés aux activités productives, les travaux de gestion ou d’administration, l’entreposage et les commerces qui en sont l’accessoire. » (AATL, 2005a, p.41).

Aire Morphologique Bruxelloise = « continuum des communes atteignant un seuil de densité de population de 650 hab/km2 » (Vandermotten, 2014, p. 19), seuil qui a été retenu dans l’ensemble de l’Europe pour des études comparatives (EPSON).

Artisanat = voir Industrie

Bassin d’emploi = « ensemble des communes contigües envoyant plus de 10% de leurs actifs occupés vers le noyau d’emploi central » (Vandermotten, 2014, p.22), (RBC + Vilvorde, Machelen, Zaventem, Drogenbos) étendu à la fois en Brabant Wallon et en Brabant Flamand, couvrant presque la totalité de l’ancienne province du Brabant (Louvain fait bloc) + un peu Hainaut, Vallée de la Dendre (anciens emplois textiles se sont dirigés vers la capitale) et un peu Namurois. Voir les cartes de Vandermotten (2014), page 16 et 23.

Connectivité = « implantations des bureaux des firmes de services avancés aux entreprises inscrites dans de réseaux internationaux » (Vandermotten, 2014, p.63).

Développement industriel = voir Industrialisation

Désindustrialiasation = voir Industrialisation

Economie réelle = « sphère de l’activité économique uniquement concernée par la production de biens et services par opposition à la sphère financière qui englobe l’ensemble des échanges de titres aujourd’hui dématérialisées sur les marchés (marché monétaire, marché obligataire, bourse des valeurs). » (PSA Banque, 2017)

Fabrique = voir Usine

Industrialisation (ou développement industriel) = « processus de structuration (d’une économie ou d’une société) par l’emploi croissant de machines, d’énergie et de technologie. On parle de désindustrialisation pour la disparition d’activités industrielles, soit dans une région, soit dans un secteur d’activité. Dans les pays développés, l’industrialisation date de la (première) révolution industrielle (XIXème siècle) ; elle est beaucoup plus tardive et n’est souvent encore qu’un objectif, dans les pays en voie de développement ; à l’inverse, certains progrès techniques (électronique, informatique, automatisation de la production, robotique, etc.) ont bouleversé les conditions de production dans de nombreux secteurs au cours du dernier quart de siècle, ce qui a conduit à parler de seconde révolution industrielle, encore en cours.
L’importance de l’industrie pour l’économie est plus large que sa part dans l’emploi ou la valeur de la production, parce qu’elle induit d’autres activités (sous-traitance, services aux entreprises), attire la population qui induit elle-même d’autres activités (dites résidentielles). C’est ce qui explique la priorité accordée par les villes et les régions au développement des industries. (…) »
(Merlin & Choay, 2000, p.433-434)

Industrie = « ensemble des activités collectives de production de biens à partir de matières brutes, à l’aide de travail et de capital : ce sont celles qui correspondent au secteur secondaire, y compris l’industrie du bâtiment et des travaux publics. Bien qu’on parle parfois d’industrie extractive (par opposition aux industries de transformation), les activités minières font partie du secteur primaire (production de matière premières ou brutes) et ne ressortissent pas à l’industrie. De même l’artisanat se distingue de l’industrie en ce qu’il ne concerne que des activités individuelles ou familiales. Ces distinctions ne sont toutefois pas toujours nettes. On peut distinguer dans l’ensemble des activités industrielles :

  • selon la taille des entreprises (effectifs, chiffres d’affaire…) et leur degré de concentration : grande, moyenne et petite industrie ;
  • selon le caractère pondéreux [dont la densité est très élevée] des produits traités et livrés : industrie lourde, semi-lourde et légère ; ce critère est parfois confondu à tort avec le précédent ;
  • selon la finalité des productions : industrie de biens de production ou de biens de production ;
  • selon la place dans le processus de transformation des produits industrie de base (ex. : sidérurgie, chimie lourde, etc.) qui produisent des produits semi-finis (semi-ouvrés) et industrie de produits finis ;
  • selon le niveau technologique : industrie traditionnelle et industrie de pointe, très liée au progrès technique ;
  • selon le type de fabrication : cf. nomenclature des activités ;
  • selon le degré de contrainte quant à l’implantation géographique industries liées aux ressources naturelles (ex. : industries qui ne peuvent se développer favorablement que sur un bassin minier), industries libres, peu dépendantes des coûts de transport, (ex. : électronique, textiles artificiels) et industries induites par une autre industrie dont elles doivent être proches pour des raisons techniques ou commerciales (ex. : activités de sous-traitance). Toutes ces distinctions ne sont en rien absolues et ont tendance, avec le temps, à s’estomper. L’importance de l’industrie est souvent considérée comme une des meilleurs indices de la puissance économique d’un pays ou d’une région (cf. l’expression « pays industriels » souvent opposés à « pays sous-développés »). Pourtant, paradoxalement, on constate que, dans les pays (ou les régions) les plus développées, l’importance de l’industrie tend à diminuer en raison des gains de productivité, mais aussi en vertu d’une division géographique, voire internationale, du travail. (…) » (Merlin & Choay, 2000, p.435-436)

Industrie extractive = voir Industrie

Manufacture = « Lieu de production où un nombre important d’ouvriers sont employés pour effectuer un travail manuel. Etymologiquement, une manufacture est un établissement où le travail se fait à la main, donc à l’aide de techniques de production constantes, contrairement à l’usine capitaliste qui repose sur l’emploi de machines augmentant sans cesse la productivité du travail. » (Larousse, 2000)
Voir Usine.

Métropole régionale = « ville maîtresse ou capitale d’un espace régional. Le sens grec originel, celui de ville mère, ne s’est jamais tout à fait perdu : désigner une cité comme une métropole, c’est rappeler en même temps qu’elle domine et organise un espace alentour.
L’image de la métropole régionale s’est précisée dans le courant du XIXème siècle et au début du XXème siècle : aux fonctions politiques et religieuses des vieilles capitales de province se sont en effet ajoutées peu à peu de nouvelles vocations. Une métropole régionale est un carrefour de communication, un nœud routier et ferroviaire vers lequel tous les courants convergent aisément. Ses commerces sont assez diversifiés pour offrir à l’ensemble de la clientèle régionale les articles rares ou de luxe qu’on ne peut distribuer sans disposer d’une aire de chalandise étendu. Les grossistes et les chaînes succursalistes de la grande ville ravitaillent tous les détaillants de la zone dominée. La métropole régionale tire sa prospérité des services les pus divers qu’elle offre aux particuliers (spécialistes dans le domaine de la santé, centres hospitaliers de haut niveau, écoles, universités, etc.) ou aux entreprises (banques, conseils juridiques, ingénierie, publicité, société de gestion, etc.). Ses fonctions administratives se diversifient à la mesure même des interventions de l’Etat-providence. La métropole régionale est ensuite un centre de vie culturelle : les journaux qu’elle édite font l’opinion dans la région ; la publicité qu’ils insèrent assure la cohérence du marché local et régional pour bon nombre de produits. Les théâtres, les cinémas, un opéra, des festivals contribuent à cette fonction essentielle, dont témoigne également la qualité des recherches universitaires et celles des centres privés dépendant des entreprises.
Pour des raisons historiques, toutes les métropoles régionales ne présentent pas la gamme complète des fonctions qu’on vient d’évoquer. L’épanouissement des fonctions de direction et d’impulsion a été facilité, au XXème siècle, par le rôle des banques régionales ; elles drainaient l’épargne régionale et facilitaient son investissement sur place : l’industrialisation en est souvent résultée. Mais tous les pays n’ont pas laissé s’opérer de la même manière l’évolution des fonctions bancaires. Là où l’Etat a très tôt contrôlé les marchés monétaires et financier, comme en France, la croissance des métropoles régionales a été bridée (…) C’est dire que la plupart des métropoles régionales sont demeurées incomplètes et de taille moyenne, à la différence de ce qui se passait en Allemagne, par exemple. (…)
On désigne par métropolisation la tendance, observée partout dans le monde au cours des années 1980, au renforcement des niveaux supérieurs du réseau urbain. Cette transformation se traduit souvent par le retour à la croissance démographique des grandes villes dans les pays industrialisés ; elle est liée à l’attraction qu’elles exercent vis-à-vis des sièges sociaux d’entreprises, des services qui leurs sont nécessaire et des activités financière. La métropolisation s’est souvent accompagnée d’une flambée spéculative.
Depuis 1990, les prix atteints par l’immobilier et les nouvelles conditions de la concurrence internationale conduisent les entreprises à ne garder dans les très grands centres que leurs fonctions de décision et de contacts. La métropolisation s’en trouve ralentie, mais elle se poursuit au plan fonctionnel. »
(Merlin & Choay, 2000, p.496-497).

Métropolisation = voir Métropole Régionale

Production = « activité consistant à transformer des facteurs de production en de nouveaux produits » (Larousse et Le Monde, 2000 [web])

Remétropolisation = passage d’une situation où la ville d’une région produit moins de richesse économique que la moyenne régionale à une situation inverse où elle produit donc plus de richesse économique que la moyenne régionale (Vandermotten, 2015). Ce qui s’est passé pour Bruxelles.

Semi-industriel = ensemble comprenant des activités industrielles et logistique (De Beule et al., 2012, p.34)

Services intégrés aux entreprise = « services « business to business » offrant des tâches de conception, de gestion, techniques commerciales ou de conseil tels que le développement de systèmes informatiques, de communication ou de gestion pour les entreprises, la publicité ou le développement de design à l’exclusion des services financiers, bancaires et d’assurances et des services prestés par des professions libérales. » (AATL, 2005, p.17

Tertiaire = voir Activité économique

Usine = « Local de production industrielle destiné à la transformation, à l’aide de machine, de matières premières ou de produits semi-ouvrés, en produits plus élaborés. Le terme de manufacture était employé avant la révolution industrielle et désignait de vastes ateliers de production manuelle (ex. manufacture des tapis des Gobelins). Il est encore employé, à tort, comme synonyme d’usine (Larousse). Le terme de fabrique, un peu désuet, est synonyme d’usine.
(…) Les installations industrielles ne se limitent pas aux usines. Elles comprennent aussi les dépôts et des installations complexes telles que les centrales électriques, les raffineries de pétrole, les hauts fourneaux et autre installations de la sidérurgie. »
(Merlin & Choay, 2000, p.869)

Zone d’Economie Urbaine Stimulée (ZEUS) = projet bruxellois ayant « pour objectif d’inciter les entreprises, via des aides financières, qui sont installées dans le périmètre à embaucher de la main d’œuvre qui y est domiciliée. » (ADT, 2017)

Zone Franche = « périmètre au sein duquel les pouvoirs publics octroient, de manière temporaire, un régime préférentiel d’aides aux entreprises.(…) Une fois ces zones établies par les Régions, celles-ci concluent avec le Fédéral un accord de coopération pour relancer les activités économiques locales et ainsi renforcer la création de nouveaux emplois. » (Calomne, 2017)

Zone d’Entreprise en Milieu Urbain (ZEMU) = zone de mixité fonctionnelle affectées selon le PRAS aux activités productives, des services intégrés aux entreprises, des commerces, des commerces de gros, des grands commerces spécialisé, des équipements d’intérêt collectif et de service public et des logement.

Zone d’Industrie Urbaine (ZIU) = zone affectée selon le PRAS aux activités logistiques, aux activités productives et aux activités de réseau (gestion des déchets, épuration des eaux, etc.)

Exemple de questionnaire

Définir le productif

  • Avec vos propres mots, comment définiriez-vous une activité productive ? Qu’est-ce qui la caractérise ?
  • Pourriez-vous me donner un exemple d’entreprise productive ?
  • Pourriez-vous me donner un exemple d’entreprise non productive ?

Plan industriel bruxellois

  • Dans votre Plan industriel bruxellois, vous affirmez être en faveur d’une politique industrielle « compatible avec les réalités bruxelloise » (Van Muylder, 2016, p.4). Qu’entendez-vous par là ? Ou posé autrement, a qui et en quoi les activités productives sont-elles aujourd’hui utiles à Bruxelles ?
  • Dans votre Plan industriel bruxellois, vous prônez une politique industrielle « keynésienne, c.-à-d. couplée avec des investissement public » (p.4). Le mot est lourd de sens et cette affirmation me pose question.
  • D’une part parce qu’elle me semble sous-entendre que le modèle keynésien n’est lié qu’à la présence d’investissement public. Si je ne me trompe pas, le modèle keynésien prévoyait, en résumé, d’augmenter les investissements publics dans l’économie [39], notamment via l’endettement public, et d’augmenter les salaires afin de mener à une politique de la demande avec comme objectif d’augmenter le pouvoir d’achat et la consommation des ménages, permettant ainsi de stimuler l’économie. Qu’en pensez-vous ? Est-ce le type de politique économique que vous prônez ? Si oui, pour quelles raisons ? Ou serait-ce une mécompréhension de ma part ?
  • D’autre part car, historiquement, la mise en application du modèle keynésien à participé à produire un certain nombre de problèmes importants tels que le surendettement public ou la surconsommation. Quelles seraient vos pistes pour ne plus reproduire de tels problèmes ?
  • Dans votre Plan industriel bruxellois, vous affirmez que l’industrie est un facteur important de diversité en termes de fonctions mais aussi en termes d’emplois (Van Muylde, 2016, p.4). À côté de cela, Christian Vandermotten (IGEAT) affirme toutefois que la création d’emplois peu qualifiés aujourd’hui se fait plutôt dans les secteurs de l’horeca et les services de base, et que les entreprises industrielles contemporaines sont plutôt pourvoyeurs d’emplois hautement qualifiés et d’une part importante d’employés. Comment comprendre cette apparente contradiction entre ces deux discours ?
  • Dans votre Plan industriel bruxellois, vous vous positionnez pour des investissements dans la « nouvelle économie » (numérique, économie circulaire et économie de la fonctionnalité) tout en mettant en garde contre le risque de se retrouver face à des secteurs où l’organisation des travailleurs est moins aisée que dans l’industrie. Ne rencontre-t-on pas également ce type d’atomisation des travailleurs dans l’industrie ? Comment prévenir ce risque à l’avenir ?

Colloque du Conseil Economique et Social du 8 juin 2017, « Quelle nouvelles politique industrielle pour la Région de Bruxelles-Capitale ? »

  • Lors du colloque du 8 juin 2017, plusieurs acteurs institutionnels ont affirmé être en faveur du maintien de zone monofonctionnelles en région bruxelloise (e.g. Philippe Antoine de Citydev). Comment interprétez-vous ce changement de position du côté des institutions de la Région ? À ce sujet, quelle type de mononfonctionnalité prônez-vous ?
  • En analysant un peu le colloque du 8 juin 2017, la nécessité de soutenir des activités productives qui fournissent des emplois peu qualifiés à des bruxellois semble être un objectif largement partagé par de nombreux acteurs économiques et de l’aménagement du territoire en Région de Bruxelles-Capitale.
  • Dans cette optique, quels seraient les secteurs économiques que l’ont devrait développer en priorité, selon vous ? Pour quelles raisons ? Pensez-vous à des synergies entre entreprises et secteurs économiques que l’on devrait développer à Bruxelles ?
  • Comment ces secteurs devraient-ils s’intégrer dans le tissu urbain au vu des défis du transport de marchandise et de la logistique en région bruxelloise ?
Fiches d’entretiens

Entretien du 23 aout 2017 avec Christian Vandermotten (IGEAT)
Date : 23 aout 2017
Lieu : Bureaux de l’IGEAT (ULB, bâtiment D)
Interviewé : Christian Vandermotten (CV)
Interviewer : Alexandre Orban (AO)
Durée : 01 :11 :55

Entretien du 21 septembre 2017 avec Philippe Antoine et Pierre Demeuter (Citydev)
Date : 21 septembre 2017
Lieu : Bureaux de Citydev
Interviewé : Philippe Antoine et Pierre Demeuter (Citydev)
Interviewer : Alexandre Orban (AO)
Durée : 01 :05 :22

Entretien du 21 septembre 2017 avec Sarah De Boeck (Cosmopolis)
Date : 21 septembre 2017
Lieu : Café La palais de Balkis
Interviewée : Sarah De Boeck (Cosmopolis)
Interviewer : Alexandre Orban (AO)
Durée partie : 01 :15 :59

Entretien du 21 septembre 2017 avec Roeland Dudal (Architecture Workroom Brussels)
Date : 21 septembre 2017
Lieu : Bureaux d’Architecture Workroom Brussels
Interviewé : Roeland Dudal (RD)
Interviewer : Alexandre Orban (AO)
Durée : 00 :58 :09

Entretien du 22 septembre 2017 avec Elsa Coslado (Perspective Brussels)
Date : 22 septembre 2017
Lieu : Bureaux de Perspective Brussels
Interviewé : Elsa Coslado (Perspective)
Interviewer : Alexandre Orban (AO)
Durée : 00 :50 :27

Entretien du 5 octobre 2017 avec Géraldine Lacasse (BMA)
Date : 5 octobre 2017
Lieu : Bureaux du BMA
Interviewé : Géraldine Lacasse.
Interviewer : Alexandre Orban (AO)
Durée : (pas enregistré)

Entretien du 12 octobre 2017 avec Jonathan Ventura et Nicolas Hamel (Cabinet Gosuin)
Date : 12 octobre 2017
Lieu : Bureaux du cabinet Gosuin
Interviewés : Jonathan Ventura et Nicolas Hamel (Cabinet Gosuin)
Interviewer : Alexandre Orban (AO)
Durée : 00 :55 :44

Entretien du 20 octobre 2017 avec Lise Nakhlé (BECI)
Date : 20 octobre 2017
Lieu : Bureaux de BECI
Interviewée : Lise Nakhlé (BECI)
Interviewer : Alexandre Orban (AO)
Durée partie 1 : 00 :35 :52
Durée partie 2 : 01 :09 :20

Entretien du 26 octobre 2017 avec Patricia Foscolo (Impulse Brussels)
Date : 26 octobre 2017
Lieu : Bureau d’Impulse
Interviewée : Patricia Foscolo (Impulse)
Interviewer : Alexandre Orban (AO)
Durée partie : 01 :07 :39

Entretien du 8 novembre 2017 avec Pascal Sac, Charlotte Kokken et Claire Heughebaert (SAU)
Date : 8 novembre 2017
Lieu : Bureaux de la SAU
Interviewé : Pascal Sac, Charlotte Kokken et Claire Hueghebaert (SAU)
Interviewer : Alexandre Orban (AO)
Durée partie 1 : 01 :20 :20
Durée partie 2 : 00 :43 :23

Entretien du 9 novembre 2017 avec Stephan Kampelmann (LoUIsE)
Date : 9 novembre 2017
Lieu : Bureaux de La Cambre
Interviewée : Stephan Kampelmann (LoUIsE)
Interviewer : Alexandre Orban (AO)
Durée partie 1 : 00 :47 :17
Durée partie 2 : 00 :25 :49

Notes

[1D’après des chiffres du Registre National, la population bruxelloise avait chuté de 130.000 personnes entre 1968 et 1996. Pour plus d’informations, voir l’analyse de la croissance démographique « Augmentation de la population à Bruxelles… oui mais laquelle et où ? » par Marie-Anne Swartenbroekx. Elle est disponible via ce lien : www.ieb.be/Augmentation-de-la-population-a.

[2L’Observatoire des Loyers de 2016 souligne en effet que les augmentations des loyers sont les plus fortes dans les Espaces de Développement Renforcé du Logement et de la Rénovation. Ces espaces se situent principalement dans les quartiers centraux le long du canal et sont particulièrement sujets à des programmes de rénovation urbaine. Ils se juxtaposent au « croissant pauvre » qui concentre des ménages locataires aux revenus peu élevés pour lesquelles une hausse de loyer est particulièrement dommageable.

[3Notons que si le logement n’est aujourd’hui plus communément considéré comme une fonction faible, il reste plus de 40.000 ménages inscrits sur les listes d’attente pour le logement social, et encore davantage qui sont éligibles à ses conditions mais qui n’en font pas la demande (par ignorance de leur droit par exemple).

[4Ces chiffres ont été présentés par Christian Vandermotten lors du colloque du 8 juin 2017 du Conseil Economique et Social de la Région de Bruxelles-Capitale. Il est possible d’avoir un aperçu de sa présentation dans le nº 23 du Magazine du Conseil économique et social de juillet 2017, dans le dossier “Quelle nouvelle politique industrielle pour la Région de Bruxelles-Capitale ?”.

[5Ch. Vandermotten, Bruxelles, une lecture de la ville, Ed. De l’ULB, 2014.

[6Voir l’étude d’IEB : S. D’Haenens, Th. Kuyken, J. Matagne et C. Scohier, Le Plan Régional de Développement Durable : un projet creux, dépassé et antidémocratique, 21 juin 2017.

[7FGTB, Plan industriel bruxellois, novembre 2016.

[8Pour plus d’explications sur le droit à la ville et son interprétation par IEB, voir le dossier du Bruxelles en Mouvement nº259-260 « Le droit à la ville », publié en octobre 2012 par Inter-Environnement Bruxelles.

[9Dans ce travail, nous entendons par “élite” un ensemble des personnes ayant une influence significative sur les prises de décisions politiques, ici en termes d’urbanisme en Région de Bruxelles-Capitale. Nous favorisons l’analyse d’acteurs aux positions importantes dans le fonctionnement des institutions de l’aménagement du territoire régionales, principalement des cadres et des chercheurs. Même si la démarche aurait un intérêt certain, nous n’avons pas fait d’entretien avec des employés de ces institutions sans réelle influence sur le processus de décisions.

[10Pour exemple, le Petit Robert illustré de 2013 fournit une série de significations différentes au verbe « produire », qui ne sont elles-mêmes pas toujours très claires. On y trouve « faire exister, par une activité économique », « faire apparaître, faire connaître », « causer, provoquer » ou encore « assurer la réalisation matérielle ».

[11Le PRAS définit les activités de production de bien immatériels comme les « activités de conception et/ou de production de biens immatériels fondées sur un processus intellectuel ou de communication ou liées à la société de la connaissance (production de biens audiovisuels, de logiciels, studios d’enregistrement, formation professionnelle spécialisée, service pré-presse, call centers,) ou encore relevant de technologie de l’environnement. »

[12Le PRAS définit les activités de production de services matériels comme les « activités de prestation de services ou liées à la prestation de services s’accompagnant du traitement d’un bien indépendamment de son processus de fabrication (ex. : transport de documents, entreposage de biens, service de nettoyage, de dépannage et d’entretien,…). »

[13Nous pouvons nous demander si le flou qui accompagne le concept d’activité productive était conscient à l’époque de la réalisation du PRAS. Nous le verrons, certains acteurs interrogent des intérêts et un contexte particuliers qui pourraient être remis en cause, mais cela reste à vérifier. S’il semble particulièrement difficile de répondre à ces questions, nous sommes en mesure d’identifier en quoi ces aspects vagues peuvent avoir influencé la qualité de vie des bruxellois et en évaluer les résultats concrets contemporains.

[14Notons que cette valorisation du « productif » ne semble pas être naturellement apparue comme par magie dans le débat public. Pascal Sac (SAU) souligne que montrer les avantages d’activités économiques autour de la zone du canal est un des objectifs des autorités régionales depuis une vingtaine d’années. Plus récemment, il semble difficile d’ignorer la contribution d’acteurs publics comme Didier Gosuin, ministre bruxellois de l’économie, de l’emploi, de la formation, de la santé et de la fonction publique, qui a lancé la mise en place d’un Plan Industriel sur le territoire de la RBC à l’horizon 2018 ou d’acteurs privés tels qu’Architecture Workroom et leurs activités socio-culturelles de promotion de l’industrie en ville. De plus, de nombreuses recherches ont été lancées sur les questions d’activités productives dont un exemple est le projet Cities of Making, mené par Cosmopolis (VUB) à l’initiative de BECI.

Plus en amont, Christian Vandermotten (IGEAT) se demande même si le fait que le terme d’activité productive soit apparu dans les années 90 et aie été valorisé dans les discussions relatives au PRAS et au PRD ne serait pas lié à une alliance momentanée d’acteurs pour s’opposer à la spéculation immobilière, à l’époque principalement de bureaux. Il serait intéressant de vérifier cette hypothèse à l’occasion d’une étude connexe.

[15AATL, Observatoire des activités productives. Évolution 1997-2011, n°1, février 2012.

[16À ce propos, nous remarquons également que des considérations d’ordre de l’esthétique sont également présentes dans les discours de certaines personnes interrogées et vont influencer sur ce qu’elles défendent comme vision de l’aménagement du territoire. Des valeurs esthétiques partagées apparaissent dans le milieu des concepteurs architecturaux et urbanistiques et se transmettent vers la classe moyenne.

[17Pour Roeland Dudal (Architecture Workroom Brussels), la gentrification apporterait même des effets positifs, notamment en terme d’amélioration de la qualité de l’espace public. Pour une déconstruction du discours de « gentrification positive », voir l’article « La gentrification et son contraire » de Mathieu Van Criekingen, publié dans le nº76 de la revue “Politique” de Septembre-Octobre 2012 et disponible gratuitement via le lien suivant : http://www.revuepolitique.be/la-gentrification-et-son-contraire/.

[18L’opposition à l’actuel cadre réglementaire des ZEMU semble aller au-delà des acteurs institutionnels rencontrés dans le cadre de cette étude. Géraldine Lacasse (Bouwmeester Architecte) faisait remarquer les ZEMU sont aussi des poids pour les promoteurs immobiliers qui, pour des projets avec une superficie de plus de 10.000 m², doivent intégrer des activités productives et qu’ils le vivent comme une contrainte dérangeante.

[19Les résultats des tentatives parlementaires de réglementation en termes d’encadrement des loyers opérées par Ecolo et le PTB ces dernières années sont des exemples significatifs. Concernant IEB, cela fait déjà plusieurs années que la fédération bruxelloise se positionne de manière générale en faveur d’une captation de plus-value. En 2012, elle avait même soutenu la proposition de la SDRB et du Port de Bruxelles en vue de leur conférer un droit de préemption sur le périmètre de la zone du PPAS de Biestebroeck. Jusqu’ici, ces tentatives n’ont pas rencontré de support signification des élus politiques.

[20On peut même plus particulièrement citer l’intervention de Philippe Antoine lors du colloque du 8 juin 2017 organisé par Conseil économique et social, qui surpris de nombreux acteurs bruxellois. En effet, Citydev promeut depuis de nombreuse années les bienfaits des zones mixtes. Il y a à peine un an, les voir prendre publiquement parti en faveur du maintien de zones monofonctionnelles était loin de relever de l’évidence.

[21Agence de Développement Territorial (2011) Plan Régional de Développement Durable. Etat des Lieux. Agence de Développement Territorial, Bruxelles, p.106 . L’étude de Gilles Van Hamme, Isaline Wertz et Valérie Biot (2011) confirme ce constat en observant les mêmes tendances sur la période 1991-2001.

[22Observatoire bruxellois de l’emploi, Quelles perspectives d’emploi pour les hautement qualifiés à Bruxelles ?, mars 2015.

[23Ces chiffres ont été présentés par Christian Vandermotten lors du colloque du 8 juin 2017 du Conseil Economique et Social de la Région de Bruxelles-Capitale.

[24Selon Elsa Coslado, les administrations bruxelloises sont par exemples des grands pourvoyeurs d’emplois peu qualifiés.

[25Un exemple inspirant d’outil institutionnel pourrait être celui des “feed-in tariffs” d’application dans le secteur énergétique européen. Afin de promouvoir les sources d’énergies renouvelables, de multiples organismes publics ont conclu des accords avec des producteurs. De manière schématique, les contrats stipulent que l’institution publique s’engage à acheter pendant plusieurs années à un tarif attractif l’énergie produite à condition que l’entreprise mettent en œuvre une série de mesures pour garantir que l’énergie soit de source renouvelable et que le processus soit le plus respectueux de l’environnement possible. L’entreprise a une sûreté de vente et de chiffre d’affaire très valorisée – particulièrement dans un contexte contemporain de haute compétitivité entre acteurs privés – et a intérêt à mettre en place les closes demandées par le pouvoir public. Ce dernier parvient quant à lui à intégrer l’intérêt commun dans les dynamiques économiques. A voir si de tels contrats ne serait pas envisageables dans la production de marchandises matérielles en RBC.

[26Gilles Van Hamme, “La formation : réponse aux défis économiques et sociaux des métropoles ouest-européennes ? Le cas bruxellois”, in Espaces et sociétés, 2009, n° 136-137, pp. 99-116. Cela pourrait concorder avec les fait que le croissant pauvre connaît une population de personnes d’origine étrangère importante. En effet, selon le récent monitoring socio-économique du SPF Emploi et Unia (2017) ajoute que les personnes d’origine étrangère en Belgique ont beaucoup moins accès au marché du travail que des personnes d’origine belge, notamment par l’existence de discriminations à l’embauche significatives. La situation du pays est la pire des pays de l’UE et Bruxelles ne semble pas échapper à cette tendance.

[27Voir Forum Abattoir, L’Abattoir illustré, 2016.

[28Compte rendu du Colloque du 8 juin 2017, op. Cit.

[29Compte rendu du Colloque du 8 juin 2017, op. cit.

[30Soulignons que le soutien public à des secteurs d’activités économiques n’est pas seulement le fait d’institutions bruxelloises. En effet, le gouvernement flamand vient par exemple en cette fin d’année 2017 d’octroyer 4,25 millions d’euros à Audi Brussels en vue de la préparation d’une nouvelle chaîne de production de voiture électriques.

[31FGTB, Plan industriel bruxellois, novembre 2016.

[32Pour plus d’informations sur l’évolution du marché du travail belge ainsi que sur les problèmes de précarisation des nouveaux emplois créés dans le tertiaire en Belgique, voir l’étude « Les structures socio-économiques de l’espace belge » de Pierre Marissal, Pablo Medina Lockhart, Christian Vandermotten et Gilles Van Hamme (2006).

[33Cemers, J. (2016). Construction labour, mobility and non-standard employment, Hesamag, nº13, spring-summer 2016, p. 17-21.

[34Ce type de politique alliant objectifs de création d’emplois et promotion de d’activités économiques respectueuses de l’environnement n’est en soi pas nouveau. Il avait déjà été précédemment implémenté en région de Bruxelles-Capitale, comme par exemple au travers du programme Alliance Emploi Environnement (2011-2015) encadré par Bruxelles environnement. Le PREC s’inscrit dans la continuité de ce programme.

[35Nous comprenons par économie « exogène » l’ensemble des activités économiques qui répondent à des besoins extérieurs à l’endroit où elles ont été produites. En RBC, les services internationaux sont compris dans cet ensemble car ils ne répondent pas à des besoins des populations locales.

[36Nous comprenons par économie « exogènes » l’ensemble des activités économiques qui répond à des besoins extérieurs à l’endroit où il a été produit. En RBC, les services internationaux sont compris dans cet ensemble car ils ne répondent pas à des besoins des populations locales.

[37Voir l’étude d’IEB sur le transport de marchandises publiée dans le Bruxelles en Mouvements de février 2016 : http://www.ieb.be/-Bem-280-.

[38“Dans “La formation de l’esprit scientifique (1996), Gaston Bachelard désigne par pensée animiste la tendance à expliquer les phénomènes en se référant à la puissance mystérieuse de la Vie, du flux vital, sans aller chercher, au-delà, d’autres liens causaux. Il y voit des obstacles à la construction d’une réflexion scientifique. Les visions animistes, biologistes ont toujours opéré une forte séduction sur les penseurs de la ville, y compris d’ailleurs chez les plus légitimes d’entre eux, comme les sociologues urbains de l’Ecole de Chicago. Ces visions ont en commun de donner à voir la ville comme une unité biologique soumise à des mécanismes naturalisés de régénération et de dégénérescence. A l’image des cellule, les quartiers urbains seraient soumis à des cycles de valorisation et de dévalorisation. Cette vision animiste est bien souvent le prodrome d’une tendance à l’ébahissement devant la capacité extraordinaire de la ville à se renouveler spontanément, et ce, en défiant la capacité de prévision et de contrôle des édiles et des aménageurs. » (Pinson, 2005, p.40). D’un autre côté, Karl Marx (1869) utilise dans le Capital l’image du « métabolisme » pour aborder les rapports entre l’homme et la nature. Ce type d’analogie se retrouve à plusieurs reprises dans son œuvre et notamment dans des passage analysant des sociétés urbaines (e.g. Choay, 1965, p.192-196). Que ce soit l’Ecole de Chicago ou Karl Marx, l’influence des travaux de Charles Darwin est marquante dans leur analyse des phénomènes sociaux en ville.

[39Même si notre système actuel suit un modèle néolibéral, nous ne sommes pas sans savoir qu’une myriade d’autorités publiques investit dans l’économie bruxelloise.

Études et analyses 2017

Études et analyses 2017

Dernier ajout : 20 janvier.