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États généraux de l’alimentation : « Tout cela ne sert à rien »

Publié le mercredi 11 octobre, par Philippe Brochen

A la veille des déclarations d’Emmanuel Macron, une cinquantaine d’ONG ont fait savoir qu’elles ne croyaient pas à un changement notable de la politique agricole.

Demain mercredi, le président Macron parlera agriculture. Ce sera la prise de parole du locataire de l’Elysée la plus attendue depuis sa prise de fonctions à propos de la filière économique française la plus importante dans l’Union européenne. C’est que, depuis près de trois mois, des débats agitent les différents acteurs des pâturages et du bocage, des producteurs (agriculteurs) aux distributeurs (des supérettes aux hypermarchés), en passant par les transformateurs (industriels) et les consommateurs (en bout de ligne).

Initiés par le ministère de l’Agriculture, ces Etats généraux de l’alimentation (EGAlim) ont pour vocation de déboucher sur une plus juste rémunération des différents acteurs de la filière – à commencer par les agriculteurs – tout en garantissant une sécurité alimentaire meilleure qu’aujourd’hui sur les plans sanitaires et environnementaux. La première partie de ce raout, qui a porté sur la rémunération des différents acteurs, vient de s’achever.

Sans attendre la restitution présidentielle de ces échanges qui aura lieu ce mercredi à Rungis à partir de 16 heures, une cinquantaine d’organisations non gouvernementales se sont réunies ce mardi midi, pendant deux heures pour restituer leur ressenti des différents ateliers des EGAlim. Pour eux, le compte n’y est pas et les ONG ne sont pas écoutées. Pour la Confédération paysanne, « on a compris qu’il ne faut rien toucher ». « On nous a fait comprendre qu’il ne fallait pas toucher à la vision actuelle de l’agriculture », résume son porte-parole, Laurent Pinatel. Or, poursuit le syndicaliste, « on attend que ce gouvernement nous dise clairement sa vision de l’agriculture. Car nous, nous voulons aller vers plus de qualité et moins de production. Mais pour cela, il va falloir un certain courage politique de la part du ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, et d’Emmanuel Macron. »
« Cette alimentation pas chère nous coûte cher »

Julie Stoll, déléguée générale de la Plateforme française pour le commerce équitable, ne dit pas autre chose. « Il y a urgence à changer sur la rémunération des paysans et à s’attaquer aux coûts environnementaux qui induisent de la perte de biodiversité, des coûts de santé (diabète, obésité, maladies chroniques…) importants. Cette alimentation pas chère nous coûte cher. Une transition alimentaire est indispensable. » Quelles solutions ? « Il faut absolument relocaliser les systèmes alimentaires pour créer de l’emploi agricole, en finir avec cette course mondiale aux prix bas, soutenir les circuits courts et des prix équitables. »

De son côté, Bernard Pinaud, directeur général du CCFD, argumente : « Sur le Ceta [accord de libre-échange entre l’UE et le Canada, ndlr], le Macron président est en contradiction avec le Macron candidat. Sans compter la fin des aides au maintien de l’agriculture bio décidée par le gouvernement. » Pour lui, ces arbitrages « râpent la confiance de bon nombre de participants non gouvernementaux dans la transition agricole et alimentaire ». La représentante des consommateurs, Simone Sitbon, de l’Unaf (Union nationale des associations familiales), admet accepter de « payer quelques centimes de plus à condition que la qualité des produits vendus réponde à nos attentes. Mais pour ce faire, il faut que l’on nous prouve que cette qualité a été augmentée sur les plans sanitaire et environnemental ».

Des déclarations du président de la République, demain à Rungis, toutes ces ONG participant aux Etats généraux de l’alimentation n’attendent globalement rien. A l’image de la Confédération paysanne : « On va l’écouter. Et puis jeudi après-midi, on décidera en comité national si on continue de participer à ces débats ou si on en sort. Car pour l’instant, c’est très timide », a affirmé Laurent Pinatel. Contactée par nos soins, la principale organisation agricole, la FNSEA, proche du ministère de tutelle, n’a pas répondu.
Philippe Brochen

Voir en ligne : Libération.fr

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Dernier ajout : 16 décembre.