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Équipement culturel et développement urbain : le centre d’art contemporain Wiels, héraut des logiques de transformation d’un quartier populaire ?

Publié le mardi 11 juillet, par Simon Debersaques

Le CAC Wiels était à l’origine pris au sein d’une tension entre des logiques de rente immobilière et d’ouverture sur son quartier. Suite au tournant néolibéral de l’action publique, son rôle s’est vu remodelé d’une logique de redistribution sociale et spatiale de la culture à une logique de développement local, souvent orienté par la suprématie des intérêts économiques.

Introduction

1L’ouverture en 2007 du premier centre d’art contemporain bruxellois dans une portion de la commune de Forest caractérisée par un tissu urbain industriel et une précarité socio-économique semble avoir marqué une ère nouvelle pour ce quartier, comme en témoigne la presse internationale (Figures 1 et 2). Installé dans un bâtiment d’une friche brassicole, le WIELS se voit de loin : non seulement son architecture Art Déco impressionne depuis sa rénovation, mais le drapeau flottant à son sommet et les imposants titres d’expositions apposés sur les verrières attirent l’attention depuis les rues environnantes. À ces éléments visuels marquants s’ajoutent les activités de création (résidence d’artistes), de diffusion (expositions temporaires) et de médiation (activités éducatives et/ou socio-artistiques) organisées par le centre d’art.

Figure 1. Cet article – ou plutôt cette promotion immobilière (contacts de deux agences immobilières en fin d’article) – du Financial Times, sorti quelques jours avant l’ouverture du WIELS, présente la commune de Forest comme une future commune bruxelloise à haute « qualité de vie ». Selon le journaliste, ce changement serait en grande partie dû à la reconversion de la friche Wielemans-Ceuppens en pôle culturel, et dont l’arrivée du WIELS pourrait catalyser la revalorisation immobilière du bas de la commune.
Figure 1. Cet article – ou plutôt cette promotion immobilière (contacts de deux agences immobilières en fin d’article) – du Financial Times, sorti quelques jours avant l’ouverture du WIELS, présente la commune de Forest comme une future commune bruxelloise à haute « qualité de vie ». Selon le journaliste, ce changement serait en grande partie dû à la reconversion de la friche Wielemans-Ceuppens en pôle culturel, et dont l’arrivée du WIELS pourrait catalyser la revalorisation immobilière du bas de la commune.
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Source : G. Parker, Financial Times, 13 janvier 2007

Figure 2. Le New-York Times présente le WIELS comme l’une des composantes majeures à l’émergence d’une nouvelle dynamique artistique à Bruxelles
Figure 2. Le New-York Times présente le WIELS comme l’une des composantes majeures à l’émergence d’une nouvelle dynamique artistique à Bruxelles
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Source : R. Donadio, New-York Times, 17 juillet 2015

1 KETTANI S., LAFFINEUR T., REGNIERS M-C. La ville créative : un cocktail aux ingrédients subtils. In (...)

2À partir des années 1980, suite à la désindustrialisation et l’avènement d’un régime de compétition interurbaine, les discours liant la culture au « renouvellement » des espaces urbains n’ont cessé d’être mis en avant par les politiques urbaines, les organismes et agences de développement local, les médias, et même certains investisseurs et promoteurs privés. À titre d’exemple dans le cas bruxellois, le groupe immobilier Atenor – très actif dans la zone du canal depuis plusieurs années – a récemment fait une analogie avec le secteur militaire pour invoquer la nécessité des villes à s’insérer dans la « course aux armements culturels »1. Comme de nombreux auteurs qui ont analysé ce « tournant culturel de la régénération urbaine » [Miles, 2005], E. Vivant affirme que « l’usage de la culture dans les politiques urbaines est une tendance marquante des modes de production de la ville depuis une trentaine [quarantaine] d’années dans un contexte de transition postindustrielle. » [Vivant, 2007 : 171].

3Si la culture est souvent présentée aujourd’hui comme un instrument de développement territorial [OCDE, 2005 ; PRDD, 2013 : 40 ; EESC, 2016, notamment] conciliant croissance économique (par son potentiel d’attractivité) et cohésion sociale (par son potentiel de participation et de reconnaissance), l’équipement culturel serait devenu un actant privilégié des dynamiques de « redéveloppement » des anciens territoires industriels. En effet, il serait générateur de retombées positives sociales, économiques et urbaines. Pour B. Lusso, « s’il est clair que les musées peuvent être des pierres angulaires à la transformation physique de la ville et à l’amélioration de son image de marque, les impacts en matière économique et sociale sont néanmoins beaucoup plus mitigés » [2009 : 1]. D’autant plus que, sans actions politiques fortes et proactives accompagnant ces investissements culturels aux différentes échelles, des effets pervers peuvent en résulter [Lusso, 2009 ; Colomb, 2011]. Ainsi, l’équipement culturel est devenu une clé de lecture intéressante pour analyser la territorialisation de la culture dans les politiques de « revitalisation » des anciens quartiers industriels. Par le terme équipement culturel, nous entendons tout lieu « accueillant des manifestations artistiques, et où la “ culture ” est produite, transmise ou consommée » [Bianchini, Ghilardi, 1997 : 49]. Suite au tournant néolibéral de l’action publique [Jobert, Théret, 1994], le rôle de l’équipement culturel issu du keynésianisme spatial [Reigner, 2011] s’est vu remodelé au sein de la fabrique des espaces urbains : passant d’une logique de redistribution sociale et spatiale de la culture (l’accès à la culture pour tous) à une logique de développement local (la mise en valeur de l’expression culturelle/créative de chacun), souvent orienté par la suprématie des intérêts économiques [Hélie, 2009].

4Pour comprendre la trajectoire du Centre d’art contemporain WIELS au prisme de la transformation contemporaine des espaces urbains, il est nécessaire de replacer le cas d’étude dans son contexte urbain. Le projet Wiels se développe au début des années 2000 – une période charnière dans les politiques urbaines et culturelles bruxelloises. J-M. Decroly et M. Van Criekingen [2009] montrent, au travers de deux plans stratégiques régionaux, une « transition significative dans les politiques urbaines » au cours des années 2000. Alors que le Plan Régional de Développement [PRD, 1995, 2002] prônait la « revitalisation » des quartiers centraux et l’organisation interne du territoire régional, le Plan de Développement International [PDI, 2007] mise sur une stratégie de valorisation des dernières réserves foncières régionales par des projets urbains « ambitieux ». Au niveau de la politique des équipements culturels, cela se traduit par le passage d’une politique de soutien aux équipements de proximité sur l’ensemble du territoire [PRD, 2002] à une politique d’incitation à la réalisation de grands équipements « conçus comme fers de lance de la promotion internationale de la ville » [PriceWaterHouseCoopers, 2007 : 38].

2 Toutefois, suite au deuxième volet de la 6e réforme de l’Etat en 2014, la Région bruxelloise s’est (...)

5Dans le même temps, suite à l’évènement Bruxelles 2000 – Capitale européenne de la culture, des acteurs de la société civile et de la scène artistique locale se sont mobilisés face à la complexité institutionnelle du secteur culturel bruxellois pour aboutir à un Plan culturel pour Bruxelles [RAB/BKO, 2009]. En effet, les matières culturelles étant de la compétence des deux communautés, la politique culturelle bruxelloise est dépendante de l’Etat belge, des deux communautés flamande (VG) et française (FWB), de la Région de Bruxelles-capitale à travers la VGC, la COCOF et la COCOM, et enfin des 19 communes (échevins de la culture francophones et néerlandophones)2. Cette fragmentation peut ainsi mener à des constructions financières et organisationnelles complexes des institutions culturelles.

6A l’heure du syndrome de Bilbao (la quête mondiale au plus grand projet muséal) et de l’injonction tous azimuts à la créativité dans les espaces urbains, l’article cherche à comprendre les logiques et les effets socio-spatiaux du « développement urbain par la culture » [Teisserenc, 1997], et plus particulièrement à travers une analyse approfondie de la relation entre un lieu culturel et son quartier. Après une présentation du cadre théorique sous forme typologique et du contexte territorial dans lequel le centre d’art s’est implanté, nous analyserons plus précisément la trajectoire du WIELS au travers des logiques de production (stratégies d’acteurs) et des dynamiques socio-spatiales réellement à l’œuvre depuis son ouverture (relation équipement/quartier).
1. Cadre d’analyse théorique : une typologie des logiques socio-spatiales d’implantation d’un équipement culturel

7Malgré une abondante littérature sur la relation entre un équipement culturel et son environnement urbain, il existe peu de synthèse concernant les logiques sous-jacentes à l’implantation d’un équipement culturel dans un territoire. Ainsi, nous avons établi une typologie – articulée autour de quatre idéaux-types – qui a constitué la première grille de lecture pour analyser le cas du WIELS (Tableau 1). S’il est difficile de comparer les relations entre les équipements culturels et leur environnement étant donné leur grande diversité (type de culture et de programmation) et leur contexte urbain différent (acteurs, politiques urbaines, enjeux métropolitains et caractéristiques du quartier), l’objectif de cette typologie est d’ordre conceptuel (classification) plutôt qu’empirique (comparaison).

Tableau 1. Typologie des logiques socio-spatiales d’implantation d’un équipement culturel
Tableau 1. Typologie des logiques socio-spatiales d’implantation d’un équipement culturel
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8La typologie est construite à partir de deux dimensions caractérisant les logiques de production d’un équipement, et qui opposent, chacune, deux modalités. La première dimension d’ordre politico-spatial fait référence aux modes de « développement urbain par la culture » [Leloup et Moyart, 2014] :

Un « modèle exogène » : ce modèle normatif considère la culture comme un moteur de développement urbain dans la mesure où l’implantation d’une culture « universalisée » serait source d’attractivité (attraction de visiteurs et activités extérieurs). Ainsi, ce mode de développement cherche à doter un territoire d’un « capital symbolique collectif » [Harvey, 2001] construit de toutes pièces dans une logique d’activation de certains effets d’entrainement au niveau social, économique et urbanistique. En définitive, dans une approche top-down, l’équipement culturel devrait définir la trajectoire d’un territoire.

Un « modèle endogène » : ce modèle territorial considère la culture comme un vecteur de développement urbain dans la mesure où l’activation de ressources matérielles ou immatérielles locales – c’est-à-dire du savoir-faire, du patrimoine, des traditions, des expressions créatives et des spécificités locales – serait un moyen de (ré-)affirmer une identité locale [Baily, Miles, Stark, 2004 ; Garcia, 2004]. Ainsi, ce mode de développement urbain cherche à stimuler un « capital symbolique collectif » [Harvey, 2001] existant dans une logique de production sociale et située de l’espace. En définitive, dans une approche bottom-up, le territoire local devrait définir la trajectoire de l’équipement.

9La seconde dimension d’ordre socio-spatial fait quant à elle référence au degré d’insertion de l’équipement dans la « vie collective » du quartier [Ledrut, 1968, cité dans Grafmeyer, 2006 : 30] – les associations multisectorielles locales. Cette dimension détermine le degré de fermeture/ouverture de l’équipement à son environnement proche, révélant ainsi son degré d’ancrage territorial [Auclair, 2006, 2011].

Insertion faible : l’équipement se construit de façon autonome par rapport au reste du quartier, pouvant dès lors être perçu par les habitants comme un lieu hors-sol.

Insertion forte : l’équipement est co-construit pour/avec le quartier, pouvant dès lors être perçu comme un lieu de vie appropriable par au moins une partie des habitants.

10Dans le Tableau 2, nous résumons brièvement les logiques de ces quatre idéaux-types, tout en les illustrant par des exemples internationaux.

Tableau 2. Synthèse des logiques socio-spatiales et exemples pour chaque idéal-type
Tableau 2. Synthèse des logiques socio-spatiales et exemples pour chaque idéal-type
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11Ce cadre théorique n’est évidemment pas figé : un même équipement peut correspondre à plusieurs idéaux-types. On peut expliquer ceci pour trois raisons. Primo, en raison de l’hétéronomie des politiques culturelles contemporaines [Hélie, 2009] favorisant la production d’équipement culturel hybride. Autrement dit, des institutions culturelles aux enjeux multisectoriels et multi-scalaires – parfois contradictoires – tels que l’attractivité touristique et métropolitaine, la médiation et la sensibilisation de l’art vers la population locale, la création artistique ou encore le marketing urbain. Secundo, en raison de mécanismes d’instrumentalisation et/ou d’institutionnalisation de la culture endogène (Culture Off ou activités socioculturelles) à des fins de pacification sociale et/ou de survie financière [Vivant, 2007, 2009]. Tertio, en raison de l’évolution des modalités de fonctionnement de l’équipement déterminées par les acteurs et les dynamiques urbaines tant au niveau du quartier que de la métropole dans une relation dialectique avec le territoire [Grésillon, 2011 ; Lucchini, 2012 ; Djament-Tran et Guinand, 2014]. Dès lors, nous postulons qu’un équipement peut tendre vers un idéal-type ou l’autre au cours de son fonctionnement.
2. Le bas de Forest : un quartier populaire « en mal d’image » et en voie de « revitalisation »

3 Selon les différents entretiens réalisés. La délimitation de la zone d’étude se détache ainsi de la (...)

12Le WIELS s’est implanté dans un bâtiment iconique – le Blomme, du nom de son architecte – hérité des brasseries Wielemans-Ceuppens, situé dans un quartier péricentral du bas de Forest et hors des zones habituelles de diffusion d’art à Bruxelles (Figure 2). La friche Wielemans-Ceuppens (2,5 ha) se situe le long du chemin de fer et au carrefour de trois axes routiers importants : l’avenue Van Volxem, l’avenue Wielemans-Ceuppens et l’avenue Pont de Luttre. Ces derniers structurent le bas de Forest en trois quartiers distincts dans l’imaginaire collectif3 : le quartier Saint-Antoine stigmatisé par son image de quartier d’immigration révélée et exacerbée par les émeutes des années 1990 ; le quartier Primeurs-Pont de Luttre longtemps oublié en raison de son enclavement dans la zone industrielle par la double voie ferrée ; et la partie du quartier Van Volxem-Van Haelen qui fait transition (au niveau de la densité, des caractéristiques socio-économiques et du bâti) entre les quartiers populaires du bas et les quartiers plus aisés du haut de Forest.

4 Monitoring des quartiers (2012-2013-2014) pour le quartier « Bas Forest » (Saint-Antoine et Primeur (...)

13Ainsi, le périmètre d’étude (Figure 3) reflète des caractéristiques conformes aux quartiers en relégation du « croissant pauvre » bruxellois [Kesteloot et al., 1998 ; Romainville, 2015] : une densité élevée (17 266 hab./km2) nettement au-dessus de la moyenne régionale (7 209 hab/km2), une population jeune (27 % de 0-17 ans et 19 % de 18-29 ans), un revenu médian par déclaration faible (15 813 €, largement en deçà de la moyenne régionale de 18 941 €), et un taux de chômage élevé (34 % contre 23 % en moyenne en RBC) surtout chez les jeunes (48 % contre 38 % en moyenne en RBC)4. Par ailleurs, vu les réserves foncières importantes (il s’agit d’une ancienne dorsale industrielle), ces quartiers connaissent depuis le début du siècle une vague de rénovation privée qui s’est accélérée depuis 2006 suite à un investissement public dans le quartier : Maison des Cultures de Saint-Gilles (2006), le WIELS (2007), le BRASS (2008), ainsi que les différents projets menés dans le cadre des contrats de quartier successifs Saint-Antoine (2008-2014) et Primeurs-Pont de Luttre (2009-2015). Soulignons enfin la fonction de porte d’entrée de la zone d’étude (à mi-chemin entre le ring ouest et le centre-ville, et à proximité de la gare du Midi), ainsi que sa proximité avec la commune de Saint-Gilles en cours de gentrification et connue pour sa forte concentration d’artistes [Debroux, 2013].

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Figure 3. Carte schématique de localisation de la friche Wielemans-Ceuppens à l’échelle de la Région de Bruxelles-Capitale
Figure 3. Carte schématique de localisation de la friche Wielemans-Ceuppens à l’échelle de la Région de Bruxelles-Capitale
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Figure 4. La zone d’étude et ses différents quartiers
Figure 4. La zone d’étude et ses différents quartiers
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3. La trajectoire de l’équipement et l’évolution de ses relations avec le quartier
3.1. Méthodologie

15Au cours de l’enquête de terrain, nous avons différencié les logiques de production de l’équipement (2000-2006), étudiées au départ des stratégies d’acteurs, et ses logiques de fonctionnement (2007-2016), étudiées sous trois angles différents :

L’évolution des relations avec les habitants : analyse du lien avec la population locale selon la vision du WIELS (analyse de la programmation/fréquentation) et selon la vision du quartier (via les associations socioculturelles locales partenaires ou non) ;
5 Si le promoteur n’a jamais répondu aux deux demandes d’entretien, une rencontre informelle avec l’a (...)

L’évolution des relations avec le développement immobilier : analyse des projets immobiliers d’un promoteur identifié comme acteur-clé du projet Wiels, à savoir JCX Immo5 ;
6 Catégorisation [Debroux, 2013] : édition de biens culturels ; activités cinématographiques et vidéo (...)

L’évolution avec les logiques de métropolisation : analyse de la formation d’un potentiel pôle culturel et/ou créatif (effets d’entrainement au niveau des lieux culturo-artistiques et des activités économiques dites « créatives »6).

16Etant donné le peu de statistiques spatialisées sur le public des différentes activités du WIELS, nous avons mené une analyse essentiellement qualitative. Cette dernière a mobilisé différentes méthodes : des entretiens semi-directifs (acteurs à la base du projet Wiels, équipe actuelle du WIELS, échevin de l’urbanisme forestois, 9 associations du quartier), des discussions informelles (l’agence immobilière Wiels, 5 anciens commerçants et 5 nouveaux travailleurs du quartier), une analyse de la littérature grise et des articles/communiqués de presse, des relevés de terrain et une analyse cartographique (projets immobiliers, nouveaux lieux d’art et nouvelles activités créatives), une analyse de documents promotionnels sur le quartier (projets immobiliers, projets communaux, activités créatives), et des observations non-participantes lors des activités du WIELS et de l’ambiance du quartier.

17En définitive, la multiplication et le croisement des méthodes qualitatives ont permis d’interpréter l’évolution de la relation entre le WIELS et les quartiers du bas de Forest.
3.2. La genèse du projet Wiels : une conjonction d’intérêts venant d’en haut

7 Le Blomme (WIELS), la « salle des machines et l’ancienne salle de brassage » (BRASS) et le Métropol (...)

18L’arrivée du centre d’art contemporain dans ce quartier doit se comprendre dans un contexte de reconversion de friche industrielle. Rachetée par le groupe Artois-Interbrew (ex-Inbev) à la fin des années 1970, l’une des plus grandes brasseries d’Europe s’est progressivement dégradée jusqu’à sa fermeture en 1988 et est devenue le théâtre d’un imbroglio immobilier dans les années 1990. Plusieurs investisseurs belges et étrangers se sont succédés en spéculant sur le changement d’affectation de la zone catalysé par un hypothétique « effet TGV » – la construction d’un quartier tertiaire à proximité de la gare du Midi nouvellement « internationalisée » [Van Criekingen, 2008, 2010]. Il existait néanmoins trois contraintes au développement de la friche dans les années 1990 : le classement en 1993 des trois bâtiments restant7, la parcellisation de la friche (acteurs différents et projets non cohérents) et surtout l’affectation en zone industrielle, contraire à la construction de bureaux souhaitée par les promoteurs.

8 Administratrice déléguée de la société immobilière JCX et présidente du conseil d’administration Ci (...)
9 Entretiens avec l’échevine de l’urbanisme (2000-2006) et avec l’architecte-urbaniste de la commune (...)

19L’arrivée du nouveau Plan régional d’affectation du sol en 2001– réaffectant la friche en Zone d’intérêt régionale (mixité des fonctions) – est la véritable clé à la reconversion de la friche. Parti d’une volonté forte du nouveau conseil communal (2000-2006) de transformer les zones industrielles forestoises en zones résidentielles, le choix de l’affectation culturelle est le fruit d’une alliance entre la commune de Forest, la Région et un acteur privé. En effet, en 2001, l’architecte-urbaniste de la commune invite un promoteur8 sur le site. Cette invitation se matérialise à la fois par le rachat de plus de 60 % de la friche par ce dernier mais aussi par des charges d’urbanisme à hauteur d’un million d’euros pour la rénovation du bâtiment Blomme en contrepartie d’un permis de bâtir (projet d’un complexe de bureaux-lofts)9. Cet acteur privé s’insère ainsi dans une double faille sectorielle. D’une part, grâce au nouvel élan des politiques communales (lancement d’un dossier FEDER-URBAN II en 2001) et régionales (expropriation/emphytéose du bâtiment en 2002), JCX/Blaton a su se glisser dans une faille immobilière. D’autre part, la nouvelle asbl WIELS Centre d’Art Contemporain (2003) – dont le promoteur est trésorier – s’est glissée dans une faille du secteur culturel bruxellois au niveau de l’art contemporain. Par ailleurs, le financement européen se composait en réalité de deux projets culturels : d’un côté, un centre d’art au rayonnement international (production/diffusion) dans le bâtiment iconique Blomme (le WIELS), et d’un autre côté un centre culturel communal (formation/sensibilisation) proche de son quartier dans les bâtiments de l’ancienne salle de brassage et des machines (le Brass’Web). L’objectif initial était que ce dernier puisse faire le lien entre le quartier et le centre d’art.

10 « Par manque de temps dans la rédaction du dossier FEDER » (Echevine de l’urbanisme 2000-2006, 2015 (...)

20Malgré une consultation assez superficielle des associations locales10, on peut conclure que le projet Wiels reflète ainsi un modus operandi top-down, dans lequel la Région – non compétente en matière culturelle – a eu un rôle central entre les différents acteurs. En 2005, le permis de rénovation du Blomme est octroyé et le WIELS ouvre ses portes en 2007.
3.3. La conception d’un équipement hybride aux logiques ambivalentes

11 Cinq emplois A.C.S., des subsides aux asbl contribuant à la promotion de l’image de la Région et le (...)
12 S’il n’existait aucune statistique en 2015 sur la provenance des visiteurs, les membres de la bille (...)
13 Echevine de l’urbanisme et architecte de la commune (2000-2006) et le promoteur JCX dans le film « (...)

21Le WIELS est une des rares institutions bruxelloises bicommunautaires, tout en étant soutenue par le secteur privé (mécénat et sponsoring nationaux et internationaux) et la Région de Bruxelles-Capitale11. Dans un double objectif de rayonnement international et d’ancrage local, sa programmation est diversifiée et peut se décomposer en quatre types d’activités : des expositions temporaires qui attirent un public tant national qu’international12 et qui s’exportent à l’étranger (au MoMA à New-York, notamment), des résidences d’artistes (huit artistes sur neuf sont étrangers), des activités « kids » de médiation à l’art contemporain (stages, ciné-club, ateliers hebdomadaires, initiation à l’art pour des enfants de 6 mois à 3 ans) et enfin des projets socio-artistiques en partenariat avec les associations et écoles locales. Ainsi, le WIELS peut être décrit comme une institution hybride entre le musée, l’atelier artistique et le centre culturel. Par ailleurs, si l’objectif initial de « brassage de populations » était affirmé haut et fort par les protagonistes13, les observations révèlent néanmoins que les différents types d’activités – et leur public – s’entremêlent peu. Ainsi, nous préfèrerons parler d’un équipement hybride à la programmation diversifiée.

22Au niveau des logiques dominantes lors de la période de conception (2005-2007), le WIELS pouvait être compris au sein d’une tension entre un équipement vitrine – une pierre angulaire d’une stratégie immobilière intégrée à des politiques communale et régionale de revitalisation du quartier – et un équipement communautaire lié au financement européen. Outre l’invitation gratuite des associations locales aux premières expositions, son « comité social et pédagogique » est allé à la rencontre des associations locales quelques mois avant l’ouverture du WIELS afin d’identifier les besoins du quartier. Cette ouverture anticipée s’est immédiatement traduite par des emplois – en réalité du bénévolat défrayé – d’assistance, de surveillance et de maintenance lors de leurs évènements. Si le coordinateur de la Maison des jeunes de Forest voit les effets positifs de la création d’emplois pour le quartier, nous pouvons nous demander si ces derniers ne confineront pas à terme ces jeunes dans une certaine précarité.
3.4. La relation WIELS-Quartier : une trajectoire spécifique ?

14 Entre autres, liées au blocage des fonds Beliris nécessaires à la poursuite de la rénovation du bât (...)

23Nous avons identifié deux périodes dans la relation entre le WIELS et son quartier : une période d’implantation, marquée par des difficultés financières14, et une période de pérennisation, suite au sauvetage financier du WIELS par la Région de Bruxelles-Capitale fin 2011 [Picqué, 2011].

15 Masterplan de la ZIR 7 « Van Volxem, cadran artistique émergent » (2009) par le bureau d’étude MSA (...)

24Dans la phase d’implantation, la crise financière et le caractère populaire du quartier semblent avoir ralenti les ambitions de JCX Immo tant sur la friche que dans le quartier, et fait par ailleurs ressortir la volonté du WIELS à s’ouvrir au quartier. En effet, alors que les fondations et les premiers pieux étaient en cours de construction (à l’origine de l’actuel Marais Wiels), le projet de bureaux-lofts sur la friche Wielemans-Ceuppens est avorté en 2008 suite à l’annulation inopinée des crédits bancaires. Malgré l’échec d’un deuxième projet de Pôle Culturel sur la friche en 201015, le promoteur lancera successivement les travaux de rénovation de deux autres sites industriels voisins sur l’avenue Van Volxem, également acquis au début des années 2000 (Figure 5) : le complexe de logements de luxe « Bata » et le complexe de logements moyens « Ducuroir » (en partenariat avec Citydev). Face aux difficultés rencontrées lors de la vente sur plans des appartements, le promoteur n’a pas hésité à mettre en avant l’image du WIELS comme symbole d’un renouveau « arty » du quartier (Figure 6) – reflétant une stratégie de vente dont l’objectif est de redresser le standing immobilier du quartier.

Figure 5. A l’arrière-plan se trouve une pancarte promotionnelle pour les appartements Bata sur le bâtiment « Métropole » (JCX/Blaton) de la friche Wielemans-Ceuppens, visible depuis l’avenue Van Volxem. A l’avant-plan, les pancartes de l’ancien projet JCX « Van Volxem » (bureaux-lofts) sur la friche sont recouvertes de graffitis, parfois contestataires (« spéculation »).
Figure 5. A l’arrière-plan se trouve une pancarte promotionnelle pour les appartements Bata sur le bâtiment « Métropole » (JCX/Blaton) de la friche Wielemans-Ceuppens, visible depuis l’avenue Van Volxem. A l’avant-plan, les pancartes de l’ancien projet JCX « Van Volxem » (bureaux-lofts) sur la friche sont recouvertes de graffitis, parfois contestataires (« spéculation »).
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Source : photo personnelle (avril 2015)

Figure 6. Promotion du quartier « Van Volxem » par JCX Immo
Figure 6. Promotion du quartier « Van Volxem » par JCX Immo
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Source : http://www.batajcx.be

16 Magazine WIELS « Témoignages/Getuigenissen – Projets socio-artistiques 2009-2013 » [Versaen, 2013].

25En parallèle, dans une logique de reconnaissance et de confiance auprès de la population locale, plusieurs projets socio-artistiques ponctuels en partenariat avec les associations locales ont vu le jour durant les premières années16. Même si son ouverture vers le quartier semble aujourd’hui bien perçue par les habitants du quartier, la fidélisation sur le long terme de ce public de proximité reste plus compliquée face aux barrières socio-symboliques de l’art contemporain et de son public.

« Le WIELS est ouvert sur le quartier dans le sens où il ne ferme la porte à personne mais je pense qu’il pourrait faire plus d’efforts pour venir vers les habitants du quartier et [surtout] développer des activités avec eux ; car la culture et les habitus différents ne permettent pas aux populations musulmanes d’avoir directement accès à cette culture-là. » (Coordinateur d’un centre culturel musulman)

« Pour moi, on aurait pu faire un super WIELS-BRASS au lieu de ce doublon. […] Les partenariats structurels sont plus compliqués que faire connaitre l’art contemporain, c’est un travail de longue haleine. » (Directrice d’une Maison de quartier, 2015)

26De plus, les associations et les habitants rencontrés témoignent d’un sentiment ambigu entre fierté, lié au changement d’image du quartier, et intimidation, lié à l’arrivée de nouvelles populations plus aisées – visiteurs, résidents et travailleurs – dans le quartier.

« Le WIELS est arrivé comme un gros bateau dans le quartier étant donné qu’il ne représente pas le premier besoin du quartier. Néanmoins, ils [l’équipe du WIELS] nous [la Maison des jeunes] ont mis au premier plan et amené l’intérêt des politiques vers le quartier et ses associations. » (Coordinateur d’une Maison de jeunes, 2015)

« Le WIELS propose un art trop conceptuel [pour notre public] et attire ainsi un public trop élitiste [et plus métropolitain]. » (Coordinatrice socio-artistique d’une Maison de quartier, 2015)

27Cette ambivalence n’est cependant pas ignorée et est prise en compte par le WIELS :

« Lors de l’ouverture du WIELS, un garçon du quartier m’a dit : “ des gens habillés comme ça, je savais que ça existait, j’en voyais à la télévision, mais je n’en avais jamais vus en vrai. ” […] Savoir comment intéresser des populations moins qualifiées à une institution culturelle pointue, c’est un peu le challenge mais en même temps c’est un peu schizophrénique avec l’art contemporain… » (Directrice du service Education & Publics WIELS, 2015)

Tableau 3. Evolution des activités socio-artistiques et éducatives
Tableau 3. Evolution des activités socio-artistiques et éducatives
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Source : www.wiels.org (archives « évènements »)

* Activité socio-artistique : activité en partenariat avec un association socioculturelle du quartier. Activité « kids » : activité payante et/ou en partenariat avec des acteurs métropolitains

** Ponctuelle : activité non-reproduite (une édition) ; Structurelle : activité reproduite hebdomadairement et/ou annuellement (plusieurs éditions)

17 Entretien avec la directrice du service Education & Publics WIELS, 2015.

28Dans la phase de pérennisation, le WIELS semble s’être progressivement orienté vers un équipement de type créatif dont les interactions avec la métropole priment sur celle du quartier. Tout d’abord, nous pouvons observer une évolution dans la programmation (Tableau 3). Suite à une baisse de plusieurs financements dont dépendent les projets socio-artistiques (communautés, Loterie nationale et surtout la fin du contrat de quartier Saint-Antoine) à partir de 201317, il semble que ces derniers aient diminué au profit des activités d’éducation artistique dites « kids » attirant un public plus métropolitain. Ce type d’activités de médiation peut plus facilement faire appel à un financement des participants eux-mêmes et/ou à des sponsors privés.

29Cette rupture dans la programmation peut être illustrée par le projet de palissade (entre le WIELS et le BRASS) : alors qu’en 2013 il a été l’objet d’une co-production avec des jeunes du quartier en partenariat avec une Maison de quartier (Figure 7), en 2015, ce dernier est remplacé par une production d’un artiste nouvellement installé dans le quartier (Figure 8).

Figure 7. Projet « Murmuur » dans le cadre du contrat de quartier Saint-Antoine (2013).
Figure 7. Projet « Murmuur » dans le cadre du contrat de quartier Saint-Antoine (2013).
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Source : www.wiels.org

Figure 8. Inauguration de la « Palissade Obêtre » en présence de l’artiste et le bourgmestre de Forest
Figure 8. Inauguration de la « Palissade Obêtre » en présence de l’artiste et le bourgmestre de Forest
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Source : Photo personnelle (25 avril 2015)

30En parallèle, le WIELS devient la figure emblématique d’un discours d’acteurs tant publics que privés autour d’une nouvelle centralité métropolitaine – le nouveau quartier Wiels ou Van-Volxem – fondée sur une image culturelle et créative. Plusieurs documents et manifestations culturelles en témoignent : le Masterplan de la ZIR 7 « Van Volxem, cadran artistique émergent » [MSA à la demande de JCX Immo, 2009], les documents promotionnels de JCX Immo (Figure 6), le rapport « Quartier-Midi » [ARAU/ADT, 2012], la description du quartier par les nouvelles pépinières d’entreprises créatives (siteweb), la Kunst Promenade organisée par les affaires néerlandophones de la commune de Forest (2013), et le Parcours d’artistes Saint-Gilles/Forest (2014, 2016). Ce discours cherche à mettre en évidence, voire stimuler, les multiples effets d’entrainement annoncés à l’ouverture du WIELS.

Figure 9. Localisation des projets JCX Immo, des lieux d’art et des activités créatives (implantés entre 2006 et 2015, et toujours existant en 2015)
Figure 9. Localisation des projets JCX Immo, des lieux d’art et des activités créatives (implantés entre 2006 et 2015, et toujours existant en 2015)
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18 Aucune augmentation significative au niveau résidentiel entre 2007 et 2015 selon J-P. Wouters (agen (...)

31Bien que l’arrivée de nouveaux lieux d’art et d’activités créatives dans le quartier s’observe (Figure 8), le rôle du WIELS semble toutefois secondaire – et difficile à mesurer – face à d’autres facteurs tels que les bas loyers18, la disponibilité de grands espaces vacants, la localisation stratégique et les politiques de revitalisation urbaine. L’école de danse P.A.R.T.S. et les studios nWave Digital – deux activités au rayonnement international – se sont implantés dans le quartier bien avant l’arrivée du WIELS. Par ailleurs, ces nouvelles activités sont rarement visibles depuis l’espace public en raison de leur implantation en intérieur d’îlot (porte-garage, grille, etc.), liée à leur caractère off [Vivant, 2007] ou à des logiques de sécurisation (Figure 9). À ce manque de visibilité s’ajoute l’absence d’une dynamique commerciale répondant à la demande des visiteurs du WIELS et des nouveaux usagers du quartier (travailleurs et habitants). Pour plusieurs d’entre eux, seul la salle de brassage du WIELS (café-restauration et librairie) y fait exception. Ainsi, il existe un décalage entre le discours d’une nouvelle « dynamique culturelle et créative » de certains acteurs et la réalité du quartier (visibilité et ambiance de fait).

Figure 10. Porte-Garage de l’atelier-galerie L’Appat (en haut à gauche), le bureau d’architecture R2D2 en intérieur d’îlot (en haut à droite), et l’entrée sécurisée de la pépinière d’entreprises Workspaces en intérieur d’îlot (en bas)
Figure 10. Porte-Garage de l’atelier-galerie L’Appat (en haut à gauche), le bureau d’architecture R2D2 en intérieur d’îlot (en haut à droite), et l’entrée sécurisée de la pépinière d’entreprises Workspaces en intérieur d’îlot (en bas)
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Sources : Photos personnelles (Février 2015)
Conclusion

32Si la grille des quatre idéaux-types aide à structurer l’analyse, au final, l’étude de terrain a révélé un lieu culturel hybride dont la relation au territoire a évolué en cours de fonctionnement. De l’équipement-vitrine lors de sa conception, s’orientant vers l’équipement communautaire durant ses premières années d’existence, le WIELS s’affirmerait aujourd’hui comme un équipement créatif, sans pour autant effacer les logiques des deux idéaux-types précédents. Ainsi, en 2017, les logiques socio-spatiales à l’œuvre en relation avec le WIELS se superposent et empruntent des éléments aux différents idéaux-types : en tant qu’équipement communautaire par exemple, il offre aux habitants du quartier de nouvelles activités socio-artistiques, tandis que sa dimension de vitrine a, quant à elle, entraîné une revalorisation d’image de cette portion de la ville dont se sont emparés certains promoteurs immobiliers.

33Face à la nature hybride de tel équipement implanté en quartier populaire, à celle des activités et des acteurs qui y sont associés, nous pouvons nous interroger sur les tensions entre les différentes logiques socio-spatiales et sur les conséquences sociales à plus long terme dans son environnement proche. En effet, la pérennisation de ces logiques et l’équilibre entre celles-ci dépendent du contexte urbain, tant local que métropolitain, à savoir les jeux d’acteurs, le type et le caractère structurel des financements, l’insertion de l’équipement dans les projets et dispositifs urbanistiques, la dynamique culturelle et artistique métropolitaine ou encore la conjoncture socio-économique. La relation dialectique entre l’équipement et son territoire, à travers l’équilibrage des logiques à l’œuvre, peut ainsi impacter différemment les populations et les fonctions en place.

34Dans le cas du WIELS, les transformations à l’œuvre dans son environnement social et bâti semblent annoncer un scénario de gentrification du quartier. En effet, si les logiques de vitrine et communautaire ont eu respectivement pour conséquences de donner un coup de projecteur sur ce quartier industriel et péricentral tout en ancrant assez pacifiquement l’institution dans un quartier populaire, la logique créative développée plus récemment a pour effet structurel d’attirer dans le bas de la commune de Forest de nouveaux résidents plus aisés et de nouvelles activités qualifiées faiblement pourvoyeuses d’emplois. Les projets urbains à venir confortent d’ailleurs la poursuite de ce processus : le nouveau projet immobilier Van Volxem Housing sur la friche Wielemans-Ceuppens (10 immeubles d’une capacité de 229 logements), le nouveau Contrat (régional) de rénovation urbaine CRU Avenue du Roi (dont le périmètre relie le centre d’art à la commune de Saint-Gilles et la gare du Midi) ou encore le futur contrat de quartier durable intitulé CQD Wiels. Néanmoins, dix ans après son inauguration, il semble encore tôt pour définir si le WIELS tient un rôle de « tête de pont à la métropolisation sélective » [Djament & Guinand, 2014] ou d’un « avant-poste à la gentrification » [Clerval, 2013] dans un espace populaire péricentral concentrant aujourd’hui les intérêts des acteurs publics et privés de la production urbaine à Bruxelles.
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Notes

1 KETTANI S., LAFFINEUR T., REGNIERS M-C. La ville créative : un cocktail aux ingrédients subtils. In : Divercity, Donnons du sens à la ville. Avril 2011. Bruxelles : Atenor Group, no 2, pp. 4-9.

2 Toutefois, suite au deuxième volet de la 6e réforme de l’Etat en 2014, la Région bruxelloise s’est vue attribuer des compétences pour certaines matières biculturelles d’intérêt régional et ne relevant pas de l’Etat fédéral (musées nationaux).

3 Selon les différents entretiens réalisés. La délimitation de la zone d’étude se détache ainsi de la représentation spatiale du monitoring des quartiers : le quartier « Bas Forest » et le quartier « Van Volxem-Van Haelen ».

4 Monitoring des quartiers (2012-2013-2014) pour le quartier « Bas Forest » (Saint-Antoine et Primeurs-Luttre).

5 Si le promoteur n’a jamais répondu aux deux demandes d’entretien, une rencontre informelle avec l’architecte (Art & Built Architect) du projet Wiels et Van Volxem a été réalisée.

6 Catégorisation [Debroux, 2013] : édition de biens culturels ; activités cinématographiques et vidéo ; activités de radio, TV et agences de presse ; commerce de détail de livres, journaux et papeterie ; activités artistiques et spectacle vivant ; activités de conservation et bibliothèques ; activités publicitaires ; bureaux d’architectes.

7 Le Blomme (WIELS), la « salle des machines et l’ancienne salle de brassage » (BRASS) et le Métropole (ancienne façade de la CGER de la place De Brouckère, non rénové et propriété de JCX/Blaton).

8 Administratrice déléguée de la société immobilière JCX et présidente du conseil d’administration Cit Blaton.

9 Entretiens avec l’échevine de l’urbanisme (2000-2006) et avec l’architecte-urbaniste de la commune de Forest (2000-2006), 2015.

10 « Par manque de temps dans la rédaction du dossier FEDER » (Echevine de l’urbanisme 2000-2006, 2015).

11 Cinq emplois A.C.S., des subsides aux asbl contribuant à la promotion de l’image de la Région et les financements nécessaires à la deuxième partie de la rénovation du bâtiment via Beliris (2015).

12 S’il n’existait aucune statistique en 2015 sur la provenance des visiteurs, les membres de la billetterie estiment la répartition comme suit : 25 % d’internationaux, 25 % de belges (hors-RBC) et 50 % de bruxellois (RBC).

13 Echevine de l’urbanisme et architecte de la commune (2000-2006) et le promoteur JCX dans le film « une femme entreprenante » (S. Augustijn, 2004).

14 Entre autres, liées au blocage des fonds Beliris nécessaires à la poursuite de la rénovation du bâtiment en 2008 suite à un conflit d’intérêt en la personne du promoteur [Duplat, 2009].

15 Masterplan de la ZIR 7 « Van Volxem, cadran artistique émergent » (2009) par le bureau d’étude MSA à la demande de JCX Immo.

16 Magazine WIELS « Témoignages/Getuigenissen – Projets socio-artistiques 2009-2013 » [Versaen, 2013].

17 Entretien avec la directrice du service Education & Publics WIELS, 2015.

18 Aucune augmentation significative au niveau résidentiel entre 2007 et 2015 selon J-P. Wouters (agence immobilière Wiels).

Simon Debersaques

Voir en ligne : Brussels Studies

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Dernier ajout : 19 septembre.