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Keelbeek : la lutte continue…

Publié le vendredi 13 avril, par dewey

La friche du Keelbeek est (ou était) – il faut peut-être déjà en parler au passé – un des derniers grands espaces verts du nord de Bruxelles (18 hectares de nature). A partir de 2014, des centaines de Bruxellois – riverains et d’activistes – s’y sont réunis pour en faire la première ZAD de Belgique (« zone à défendre »).

Le combat des zadistes du Keelbeek c’était la rencontre de deux mondes qui n’avaient pas forcément l’habitude de se côtoyer : d’une part des gens comme Luk Vervaet qui – depuis plus de 15 ans – voient la Belgique s’enfoncer dans une spirale sécuritaire et qui militent pour le défense des droits des détenus. Et d’autre part des militants d’écologistes qui voient leur ville se minéraliser, année après année, et demandent un moratoire sur le démolition des espaces de nature.

Crédit photo : Keelbeek Libre, CC-BY-SA

Les premiers soulignent l’inefficacité et la caractère profondément dégradant de la politique carcérale : pour remédier aux maux qu’il engendre, le système carcéral belge n’a pas trouvé de meilleure solution que de les placer loin des regards : parquer les détenus en marge de la ville, loin des lieux de vie de leurs famille et de leurs amis, loin du palais de justice aussi, loin des cabinets d’avocats chargés de les défendre …

Les seconds demandent – comme dans la lettre ouverte de Tom Grimonprez, le 24 novembre 2014 – une meilleure protection du patrimoine naturel bruxellois. Ceux-ci estiment qu’avant de permettre la démolition d’un espace de nature, les pouvoirs publics devraient évaluer le potentiel de certains espaces déjà bâtis, mais inutilisés. Des milliers de logements restent vides. Plus d’un million de m2 de bureaux restent totalement inoccupés. Alors pourquoi s’acharner à imperméabiliser ce qui reste de nature ?

Crédit Photo : Keelbeek Libre

La prison de Haren : ou comment sacrifier un espace naturel à l’appétit des spéculateurs (en prétendant servir le « bien commun »)

Face à ces critiques, les promoteurs du projet de la méga-prison utilisent le prétexte de la surpopulation carcérale et du respect de la dignité des détenus (voir Masterplan Prisons & Internement). Pour Luk Vervaet – qui travaille en prison depuis les années 1990 – c’est clairement un faux prétexte … et, il suffit de s’intéresser à la logique des promoteurs du projet (Macquarie, Denijs …) pour se convaincre de son caractère foncièrement inutile, et étranger au « bien commun ».

Macquarie est un groupe financier australien passé maître dans l’art de transformer les biens publics en « produits financiers », avec le complicité des Etats. Depuis quelques années, elle jette son dévolu sont les réseaux autoroutiers (en France), les aéroports (Aberdeen, Glasgow, Southampton),les réseaux de chemins de fer, les réseaux hydrologiques, les réseaux gaziers (en Irlande), les centrales thermiques au gaz (au Royaume-Uni), les réseaux électriques (en Chine et au Royaume-Uni), mais aussi … les prisons (Gafton en Australie, Auckland et Wiri en Nouvelle-Zélande, Haren en Belgique).

Le modus operendi du groupe Macquarie est le suivant : premièrement, nouer (avec des gestionnaires de services publics) des partenariats avantageux et peu risqués, deuxièmement en tirer tous ce qu’on peut en tirer et troisièmement s’en défaire avant de risquer d’en payer les conséquences. C’est-à-dire que (quand le bien semi-public et n’offre plus les ‘retours’ attendus) on le jette, et on passe à autre chose. Bref, si Macquire place ses billes dans les infrastructures publiques, c’est moins pour répondre à des besoins de société que pour proposer des « produits spéculatifs » sûrs (avec la promesse de gros dividendes pour les actionnaires du groupe).

Les effets collatéraux c’est abandon des travaux d’infrastructure, la dégradation des biens publics, une déterioration des services et des conditions de travail… Les employés de l’aéroport de Bruxelles en savent quelque chose : après neuf ans de de gestion calamiteuse, Macquarie (propriétaire à 70%) commence à se désintéresser de l’aéroport pour investir … le secteur carcéral belge. Oui, car, (pour les apprentis sorciers du « financial ingeneering ») il n’y a pas de pari plus sûr que de miser sur la capacité à enfermer.

L’Etat fédéral examine la demande – en 2013 – et accepte confier à Macquarie (via le consortium Cafasso) le projet du futur « village pénitentiaire » de Haren, sur le site naturel du Keelbeek. Opacité complète sur les termes de ce contrat. A Bruxelles, le projet a été confronté à une forte résistance locale – occupations, manifestations et multiples recours au conseil d’Etat – qui n’aura hélas pas suffit à faire échouer le projet. Les travaux de « déblaiement » ont débuté fin février : aujourd’hui, près de 300 arbres ont déjà abattus …

La lutte du Keelbeek continue, à Haren (où des associations telles que « Haren Observatory » mettent le doigt sur les failles de la procédure suivie par Cafasso, le SPF Justice et la Régie des Bâtiments). Elle continue également dans une foule d’autres coin menacés par la spéculation immobilière : la plateau Avijl (à Uccle), les jardins Ernotte (à Ixelles), le plateau du Heysel (à Laeken), ou encore le parc Tenreuken à Boitsfort où la commune a remporté son recours (début 2018) contre le projet immobilier de la société Cofinimmo, en lisière de la forêt de Soignes.

Voir en ligne : http://www.ezelstad.be/2018/04/09/k...

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Dernier ajout : 20 juillet.