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Une monnaie citoyenne à Schaerbeek ?

Publié le lundi 30 octobre, par dewey

Le boulanger du coin, l’épicier où vous avez coutume de faire vos achats, le webdesigner qui refait votre site internet, le libraire qui transmet la passion du livre à vos enfants, le taxi qui vous conduit à la Gare du Midi lors de votre départ en vacances : tout ce tissu économique local est aujourd’hui mis sous pression et – je ne vous apprends rien – soumis à des jeux de concurrence déloyaux.

Votre boulanger doit faire face à la concurrence des pains précuits du groupe Delhaize, l’épicier à celle des enseignes du groupe Mestdagh, le webdesigner à celle d’UpWork, le libraire à celle d’Amazon, le taxi à celle d’Uber et l’hôtelier à celle d’AirBnb. Enfin – en bout de course – toute la richesse qui est produite sur leur dos échappe très largement à l’impôt sur les entreprises : là où votre libraire qui affiche un revenu imposable de 20.000 euros par an paie 24,25% d’impôt sur les entreprises, Amazon (avec son chiffre d’affaire de 129 millards de dollars) y échappe presqu’entièrement.

Crédit photo : M. Simonson

Crédit Photo : M. Simonson

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Alimentation Angelopoulos
Crédit Photo : M. Simonson

Crédit photo : P. Bouffioux

Crédit photo : P. Bouffioux

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Crédit photo : M. Simonson

Crédit photo : M. Simonson, 2014

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Si tout cela n’était qu’un simple jeu de société, il s’en faudrait de peu pour que nous – commerçants et clients – décidions de retirer nos billes… S’il est difficile, voir impossible, de « sortir du jeu », il est en revanche possible de générer une monnaie en complément de l’euro, bref de créer une monnaie locale qui soit au service d’un territoire et de ses habitants … Les monnaies complémentaires ne permettent pas de « changer le système », mais elle ont au moins un intérêt : elles renforcent le tissu économique local. Elles encouragent les citoyens à soutenir leurs commerces de proximité, renforcent les liens économiques locaux, pérénisent l’emploi local, protégent les petits commerces. On dénombre actuellement plus de 5000 monnaies de ce type à travers le monde, et une dizaine rien qu’en Belgique francophone.

« Ces nouvelles monnaies, bien que présentant des différences notables, ont au moins un objectif commun : se réapproprier un outil financier classique pour en faire un outil social, ancré dans l’économie réelle et centré sur les échanges locaux, en renforçant l’identité et la cohésion au sein d’une région donnée. (…) La monnaie est un outil formidable, dont les mécanismes de création sont pourtant encore méconnus du grand public. Elle permet d’intégrer différents objectifs et de réinventer nos manières d’échanger. Plus précisément, avec une monnaie complémentaire, il est question de lutte contre la « monoculture » du système monétaire, qui met en péril toute l’économie d’une région lorsque la confiance en la monnaie dominante est minée, comme c’est le cas actuellement depuis la crise financière dans la zone euro. Si l’euro venait à disparaître, les conséquences économiques et sociales seraient terribles. Sans pour autant avoir la prétention de remplacer les monnaies officielles, la mise en place de monnaies complémentaires permet de limiter, dans une certaine mesure, ces effets négatifs. Dans diverses communes ou régions de Wallonie et de Bruxelles s’est amorcée une réflexion sur la monnaie dominante et sur les alternatives en la matière. Plusieurs groupes de citoyens se réunissent et travaillent pour faire aboutir un rêve commun : lancer des monnaies complémentaires à l’euro avec divers objectifs, comme redynamiser les régions concernées, pérenniser l’emploi dans les petits commerces, soutenir le tissu associatif, créer plus de cohésion au sein de nos communautés, souvent éclatées, ou encore encourager les changements de comportements des consommateurs pour qu’ils puissent aisément soutenir les producteurs, artisans et commerçants de leur région (Source : Financité, Guide pratique des monnaies complémentaires, 2013).

A Bruxelles, aucune monnaie complémentaire n’a émergé depuis l’expérience infructueuse de l’EcoIris. Pour rappel – en 2012 – Bruxelles Environnement lance une monnaie complémentaire qui aurait dû avoir pour double avantage de renfocer le tissu économique local et d’encourager les gestes « éco-citoyens ». Pour accéder aux EcoIris, les citoyens devaient transmettre des preuves d’achat qui attestaient du fait qu’ils avaient posé des gestes « éco-citoyens » (achat d’un vélo ou d’un vermi-compost, installation d’une citerne de récupération de l’eau de pluie etc.). L’idée est belle, mais trop exigente, trop restrictive, trop « exclusive » … Rares sont les bruxellois qui prennent la peine de s’intégrer dans le système d’échange. Quelques mois après son lancement, les critiques fusent. On reproche à Bruxelles Environnement son plan de communication trop couteux : 400.000 EUR d’investissement pour l’équivalent de seulement 8000 EUR en circulation.
Ironie du sort : avec une infîme fraction de ce buget, des citoyens Liégeois parviennent à lancer le Val’heureux : cinquante mille unités en circulation. Simultanément, on assiste à une floraison de monnaies citoyennes wallonnes : l’épi Lorrain en Gaume, Le Ropi à Mons, le talent à Louvain-le-Neuve, les Blés à Grez-Doiceaux, le Vlotî dans les communes de Ciney, Hamois, Havelange, Marche-en-Famenne, Nassogne, Rochefort et Somme-Leuze. Aujourd’hui – fin 2017 – trois collectifs bruxellois sont bien décidés à suivre l’exemple de leurs voisins wallons, avec le soutien de l’association Financité : à Anderlecht, Etterbeek-Ixelles et à Schaerbeek !

Voir en ligne : http://www.ezelstad.be/2017/10/30/m...

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Dernier ajout : 20 novembre.