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Des pratiques collaboratives aux gains environnementaux « sous conditions »

Publié le mardi 28 mars, par Rachida Boughriet / Actu-Environnement

Covoiturage, échange de logements ou encore prêts et réemploi de biens entre particuliers : ces pratiques de consommation dite « collaborative » ont des impacts environnementaux « positifs » mais « sous conditions ». Consommer de manière collaborative « ne signifie pas automatiquement consommer responsable. En effet,le gain environnemental dépend fortement de la pratique conventionnelle à laquelle la pratique collaborative se substitue ».

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie pointe des limites aux gains environnementaux générés par des pratiques d’échanges de services ou de biens entre particuliers.
Gouvernance | 10 mars 2017 | Rachida Boughriet
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Des pratiques collaboratives aux gains environnementaux "sous conditions"
© anetlanda

Covoiturage, échange de logements ou encore prêts et réemploi de biens entre particuliers : ces pratiques de consommation dite "collaborative" ont des impacts environnementaux "positifs" mais "sous conditions", relativise l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), dans une étude publiée le 9 mars. Ces impacts sont "très contrasté[s] d’une initiative à une autre".

Consommer de manière collaborative "ne signifie pas automatiquement consommer responsable. En effet,le gain environnemental dépend fortement de la pratique conventionnelle à laquelle la pratique collaborative se substitue", explique l’Ademe. Et de pointer les bénéfices générés par le covoiturage sur longue distance.

Covoiturage : les bénéfices dépendent du report modal

Si les impacts environnementaux du covoiturage longue distance sont "positifs" avec son taux moyen élevé d’occupation (3,5 passagers/véhicule en moyenne), le report modal depuis les modes de transport ferroviaires est toutefois "conséquent" :en l’absence de cette offre de covoiturage, 63% des covoitureurs auraient en effet pris le train, et 12% n’auraient pas voyagé. La réduction des impacts environnementaux "n’est que de 12% quand on prend en compte cette réalité de substitution (effet rebond inclus)", ont calculé les auteurs.

En revanche, pour les trajets courts tels que domicile-lieu de travail réalisés "en majorité en autosolisme", le covoiturage "est une solution pertinente sur le plan environnemental", souligne l’étude. En l’absence de cette offre, 80% des gens auraient pris leur voiture et seuls 20% auraient choisi les transports en commun. Son taux d’occupation moyen de remplissage (2,56 personnes) reste néanmoins à "optimiser."

Echange de biens : des impacts négatifs liés au transport

L’étude souligne également un impact positif des locations et des prêts d’objets, comparé à l’achat de matériel neuf. Par exemple, si une perceuse est utilisée 24 fois par an (dix minutes par jour) en étant louée à trois particuliers, les réductions d’impact "sont d’environ 60% pour chaque utilisation par rapport à une utilisation simple individuelle".

Mais le transport du bien entre les usagers peut générer des impacts négatifs sur le bilan environnemental. Pour une tondeuse prêtée ou louée entre trois particuliers, son transport peut entraîner jusqu’à +60% d’impacts carbone par rapport à la pratique conventionnelle (utiliser un bien équivalent acheté), selon les auteurs. "La localisation du bien n’est donc pas à négliger".

La seconde vie des produits et la durée d’usage des biens peuvent générer des gains environnementaux. Par exemple, une tablette informatique dont la durée d’utilisation passe de 2 à 4 ans permettrait d’améliorer de 50% son bilan environnemental. Pour une durée prolongée de 4 à 6 ans, le gain additionnel est de 25% environ.

Pour un lave-linge utilisé 10 ans dans un foyer, s’il est aussi réutilisé dans un autre foyer, sa durée de vie est rallongée de 3,6 ans en moyenne. Ce qui réduit l’impact environnemental de 10%.

Logements partagés : impacts de la surface

Concernant la location de logement de courte durée, "dès que la surface augmente, les impacts environnementaux du logement proposé par un particulier sont alors plus élevés" que ceux d’une chambre d’hôtel (à partir d’une surface de logement 25% plus élevée), ajoute l’étude. Si le logement du particulier est en moyenne de 80 m2, contre 50 m2 à l’hôtel, ce sont 30% d’espace supplémentaire à alimenter en énergie. L’étude prévient également des effets rebonds : "la diminution des prix de la location peut augmenter le temps de séjour ou encourager les destinations plus éloignées (trajets en avion), ce qui contrebalance les éventuels bénéfices liés à la location courte durée chez un particulier".

La colocation longue durée en appartement a en revanche un impact positif car elle favorise le partage des consommations. "Lorsque l’on vit à quatre plutôt que seul, on bénéficie d’environ 40% de réduction d’impact", estiment les auteurs.

"Si l’on regarde les différentes initiatives une par une, il ressort que les pratiques de mobilité et le réemploi [d’objets] sont les pratiques à plus fort potentiel de réduction des impacts environnementaux", conclut l’Ademe. "En vue d’atteindre les objectifs environnementaux ambitieux que la France s’est fixés, la consommation collaborative élargit le champ des possibles, et constitue en cela une marge de manœuvre supplémentaire mobilisable".

Voir en ligne : Actu Environnement

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