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Décomposition : autour de la civilisation et de la domestication

Publié le lundi 11 juillet, par Collectif

Sommaire

- Introduction
- Playlist
- Pourquoi être anti-civ (paru dans "Why anti-civ ? A short introduction to green anarchism", 1990s)
- Civilisation et Effondrement (par Ainle, dans "Actualising collapse", 2015)
- Conquête patriarcale et civilisation industrielle (par Brent Taylor, dans "War on Patriarchy, War on the Death Technology", 1990s)
- Contre le cauchemar genré, fragments sur la domestication (par Bæden, extrait traduit de "Bæden 2, a queer journal of heresy", 2014)


Introduction

Nous traduisons ces textes sans pour autant partager tous les points de vue et analyses qui y sont exposés. Nous avons été inspiré-e-s personnellement et politiquement en lisant des parties de ces textes et pensons qu’ils méritent d’être traduits, lus, et partagés autant que possible mais cela ne veut pas dire que nous cautionnons les tactiques qui sont développées à certains moments ou que nous soutenons l’usage de langage ancré dans la domination. Nous recommandons, néanmoins, à celleux qui lisent l’anglais de se procurer les brochures dont ces textes sont extraits et de les lire entièrement.

Ce ne sont bien évidemment que des fragments de réflexions, mais des pistes inspirantes et intéressantes.

Une grande partie de la théorie anti-civilisation qui existe est centrée sur une réflexion anarcho-primitiviste, ce qui ne nous intéresse pas. Nous ne cherchons pas à vivre dans le passé et à romantiser les fables que les historien-ne-s nous ont raconté, ce qui nous intéresse est de combattre la civilisation maintenant. Nous voulons comprendre et analyser les centaines de façons et outils que la civilisation utilise pour nous domestiquer, et comment nous pouvons échapper, partiellement au moins, à son emprise, voir comment l’attaquer de façon un tant soit peu effective. Nous ne nous faisons pas d’illusions sur le fait que la civilisation nous a amputé de choses que l’on ne pourra jamais retrouver, et qu’aucune révolution ne nous aidera à nous rapprocher de ce que l’on a perdu.

Parce que l’horreur de la civilisation présente se trouve dans son caractère totalitaire, dans l’infinité de formes sous laquelle elle se présente et de chemins sinueux où elle se duplique. C’est un monstre à combattre de l’intérieur car ses entrailles putréfiées constituent la cage dont nous devons nous échapper.

Ce n’est ni dans le passé que nous trouverons des réponses car nous ne croyons pas aux fantômes, ni dans le futur dans lequel nous ne croyons pas plus.

Breakdown - 2016


Playlist

"The belly of the beast" - Cistem Failure
"Sugarcoated yet it festers inside" - Witch Hunt
"Baring Teeth" - Wolf Down
"Witches" - Blackbird Raum
"The Dead Flag Blues" - Godspeed You ! Black Emperor
"Raccooooon" - Mogli and the Dirty Sisters
"There is no beauty" - Ecocide
"Cut the cord" - Rvivr
"A song for that feeling that you will never be who you really are" - Hex Partners
"North Star, Inverted" - Circle Takes the Square
"The Wild One" - Suzi Quatro
"I’m an Animal" - Neko Case
"Eulogy Pt. 2" - Broken Bow
"Hounds of Love" - Kate Bush


Pourquoi être anti-civilisation ?
Une courte introduction à l’anarchisme vert

Ce texte a originellement été publié dans le zine « Disorderly Conduct ». C’est une introduction basique aux idées anti-civilisation. Nous pensons que l’argument anti-civilisation est assez évident pour quiconque regarde simplement la société-prison dans laquelle nous sommes enfermé-e-s.

"Pour la destruction totale de la civilisation et vers une libération conséquente de tous les animaux humains et non-humains, et de la Terre !"
Le collectif anarchiste sXe des vegans féroces de l’espace

Avec tout ce qui se passe dans le monde, pourquoi ces fanatiques féroces, ces rejets de l’anarchisme, ces écologistes de l’extrême, ces messager-e-s du chaos mâchonneurs de muesli, pourquoi ont-ils besoin de passer tellement de temps à attaquer la civilisation ?

Le communiqué qui suit a été trouvé sur les lieux d’une rencontre secrète interrompue à Dover, Delaware, où devait voir le jour une alliance entre Chevron, Pepsi-CO, Microsoft, le Sierra Club, la Fédération du New Jersey Nord des Anarcho-Stalinistes, Michael Albert, et l’Institut pour l’Ecologie Sociale. Cette interruption semblait être l’évidence que les actions et idées des anarchistes verts insurrectionnel-le-s et anarcho-primitivistes se répandaient !

Communiqué # 23

On nous dit souvent que nos rêves sont irréels, nos demandes impossibles, que nous sommes carrément à côté de la plaque de ne serait-ce que proposer un concept aussi ridicule que la « destruction de la civilisation ». Ainsi, nous espérons que cette brève déclaration apportera un peu de lumière sur la raison pour laquelle nous ne nous contenterons de rien de moins qu’une réalité totalement différente que celle qui nous est imposée aujourd’hui. Nous pensons que les possibilités infinies de l’expérience humaine s’étendent autant en avant qu’en arrière. Nous voulons l’effondrement de la dissension entre ces réalités. Nous luttons pour une réalité « future-primitive », une que tous nos ancêtres ont connu un jour, et une que nous viendrons peut-être à connaître : une réalité pré-post/technologique, pré/post-industrielle, pré/post-coloniale, pré/post-capitaliste, pré/post-agraire, et même pré/post-culturelle – quand nous étions, et serons peut-être encore, sauvages !

Nous sentons qu’il est nécessaire de soulever certaines questions fondamentales comme où nous en sommes maintenant, comment nous en sommes arrivé à ce point, où nous dirigeons-nous, et peut-être plus important, d’où nous venons. Cela ne devrait pas être perçu comme une évidence irréfutable, les Réponses, ou des ordonnances pour la libération, mais à la place, comme des choses à prendre en compte quand tu te bats contre la domination ou quand tu essayes de créer un nouveau monde.

Nous pensons que l’anarchie est l’expérience libératoire ultime et notre condition naturelle. Avant, et en dehors de la civilisation (et ses influences corruptrices), les humain-e-s étaient et sont, faute de meilleurs termes, anarchistes. Pour la plupart de notre histoire nous avons vécu dans des groupes de moindre taille avec des prises de décision en face à face, sans la médiation d’un gouvernement, la représentation, ou même la moralité d’une chose abstraite appelée culture. Nous communiquions, percevions, et vivions sans médiation, de façon instinctive et directe. Nous savions quoi manger, ce qui nous guérissait, et comment survivre. Nous faisions partie du monde autour de nous. Il n’y avait pas de séparation artificielle entre l’individu, le groupe, et le reste de la vie.

Dans le cadre plus étendu de l’histoire humaine, il n’y a pas si longtemps (certain-e-s disent il y a 10 ou 12 000 ans), pour des raisons sur lesquelles nous ne pouvons que spéculer (mais que nous ne connaîtrons jamais), un changement a commencé à se produire dans quelques groupes d’humain-e-s. Ces humain-e-s commencèrent à avoir moins confiance dans la terre comme « donneuse de vie », et commencèrent à créer une distinction entre elleux et la terre. Cette séparation est une fondation de la civilisation. Ce n’est pas vraiment une chose physique, même si la civilisation a quelques très réelles manifestations physiques, mais c’est plus une orientation, un état d’esprit, un paradigme. Elle se base sur le contrôle et la domination de la terre et de ses habitant-e-s.

Le principal mécanisme de contrôle de la civilisation est la domestication. C’est le contrôle, l’apprivoisement, le dressage, et la modification de la vie pour le bénéfice de l’humain (la plupart du temps pour celleux au pouvoir, ou celleux luttant pour le pouvoir). Le procédé de domestication a commencé à éloigner les humain-e-s d’une existence nomade, vers une existence plus sédentaire et fixée, créant des points de pouvoir (prenant une dynamique bien différente que celle des territoires plus temporaires et naturels), plus tard appelé propriété. La domestication crée une relation totalitaire avec les plantes et les animaux, et éventuellement autres humain-e-s. Cet état d’esprit voit les autres vies, incluant les autres humain-e-s, comme séparées des domesticateur-ice-s, et est la rationalisation pour la soumission des femmes, enfants, et l’esclavage. La domestication est une force colonisatrice sur la vie non-domestiquée, ce qui nous a amené à l’expérience pathologique moderne du contrôle ultime de toute vie, incluant les structures génétiques.

Un pas majeur dans ce procédé civilisateur est le glissement vers une société agraire. L’agriculture crée un paysage domestiqué, un changement du concept selon lequel « la Terre approvisionnera » vers « ce que nous produirons de la Terre ». Les domesticateur-ice-s commencent à travailler contre la nature et ses cycles, et à détruire celleux qui vivent encore avec la Terre et la comprennent. Nous pouvons voir ici les prémisses du patriarcat. Nous voyons non seulement les débuts de l’accumulation compulsive des terres, mais aussi de ses fruits. Cette notion de propriété des terres et de surplus crée des dynamiques de pouvoir encore jamais expérimentées, y compris des hiérarchies institutionnelles et guerres organisées. Nous nous sommes acheminé vers une route insoutenable et désastreuse.

Des centaines d’années après, la maladie progresse, avec ses colonisations et mentalité impérialiste consommant éventuellement une bonne partie de la planète, avec, bien sur, l’aide de propagandistes-religieux, qui essayent d’assurer aux « masses » et aux « sauvages » que ceci est bon et juste. Pour le profit des colonisateur-ice-s, les gens sont monté-e-s les un-e-s contre les autres. Quand les mots du colonisateu-rice ne suffisent pas, l’épée n’est jamais bien loin avec ses conflits génocidaires. Alors que les distinctions de classes se font plus solides, il n’y a plus que celleux qui ont, et celleux qui n’ont pas. Les preneur-euse-s et les donneur-euse-s. Les gouverneur-euse-s et les gouverné-e-s. Les murs se dressent. C’est ainsi que l’on nous dit que cela a toujours été, mais la plupart des gens savent d’une manière ou d’une autre que ce n’est pas juste, et illes ont toujours été celleux qui se battent contre ça.

La guerre contre les femmes, la guerre contre les pauvres, la guerre contre les peuples indigènes et subsistants de la terre, et la guerre contre le sauvage sont toutes connectées. Au regard de la civilisation, illes sont tou-te-s perçu-e-s comme des commodités – des choses à être revendiquées, extraites, et manipulées pour le pouvoir et le contrôle. Illes sont tou-te-s vu-e-s comme des ressources, et quand illes ne sont plus d’aucune utilité pour le pouvoir-structure, illes sont jeté-e-s dans les décharges de la société. L’idéologie du patriarcat est celle du contrôle contre l’autodétermination et viabilité, celle de la raison contre l’instinct et l’anarchie, et celle de l’ordre contre la liberté et le sauvage. Le patriarcat est l’imposition de la mort, plutôt qu’une célébration de la vie. Ce sont les motivations du patriarcat et de la civilisation, et pour des centaines d’années ils ont formé l’expérience humaine sur tous les niveaux, de l’institutionnel au personnel, alors qu’ils dévoraient la vie.

Le processus civilisé se fait plus raffiné et efficace à mesure que le temps passe. Le capitalisme est devenu son mode opératoire, et l’instrument de mesure de l’étendu de la domination et de ce qu’il reste encore à conquérir. La planète entière a été encartée et les terres clôturées. L’état-nation est finalement devenu l’association sociétale suggérée, et ce fut ainsi afin de présenter les valeurs et buts d’un vaste nombre de personnes, bien sûr, au profit de celleux au contrôle. La propagande de l’état, et des églises maintenant moins puissantes, ont commencé à remplacer certaines (mais certainement pas la plupart) forces brutes avec une bienveillance de surface et des concepts comme la citoyenneté et la démocratie. Alors que l’aube de la modernité approche, tout s’empirait vraiment.

Au cours de son développement, la technologie a toujours joué un rôle en expansion constante. En fait, les progrès de la civilisation ont toujours été directement connectés, et déterminés par le développement de technologies toujours plus complexes, efficaces, et innovatrices. Il est difficile de dire si c’est la civilisation qui pousse la technologie, ou vice-versa. La technologie, comme la civilisation, peut être vu plus comme un procédé ou un système complexe que comme une entité physique. Cela implique de façon inhérente une division du travail, l’extraction de ressources, et l’exploitation par le pouvoir (celleux possédant la technologie). Tout contact avec, et les conséquences de la technologie, sont toujours une réalité aliénée, arbitrée et lourdement chargée de conséquences. Non, la technologie n’est pas neutre. Les buts et valeurs de celleux qui produisent et contrôlent la technologie sont toujours inscrits en elle. Différente d’un simple outil, la technologie est connectée à un processus plus large et infectieux, et projeté lui-même en avant par son propre élan. Ce système technologique avance toujours, et a toujours besoin d’inventer de nouvelles façons de se supporter, s’alimenter, se maintenir et se vendre lui-même. Une partie clé de la structure moderne-techno-capitaliste et l’industrialisme, le système mécanisé de production fondé sur un pouvoir centralisé et l’exploitation des individus et de la nature. L’industrialisme ne peut exister sans génocides, écocides et impérialisme. Afin de le maintenir, la coercition, l’expulsion de terres, le travail forcé, la destruction culturelle, l’assimilation, la dévastation écologique, et le commerce global sont acceptés et perçus comme nécessaires. La standardisation de la vie par l’industrialisme l’objectifie et en fait une commodité, voyant chaque vie comme une ressource potentielle. La technologie et l’industrialisme ont ouvert la porte à la domestication ultime de la vie – l’étape finale de la civilisation – l’âge de la néo-vie.

Ainsi nous sommes maintenant dans la post-moderne, neo-libérale, bio-tech, cyber-réalité, avec un futur apocalyptique et un nouvel ordre mondial. Est-ce que les choses peuvent vraiment empirer ? Ou cela a-t-il jamais été si mauvais ? Nous sommes presque totalement domestiqués, à l’exception de quelques rares moments (émeutes, se faufiler dans le noir afin de détruire des machineries ou les infrastructures de la civilisation, se connecter avec d’autres espèces, nager nu-e dans la rivière d’une montagne, manger de la nourriture sauvage, faire l’amour [1]… ajoutez vos préférés) durant lesquels nous avons un aperçu de ce que cela pourrait être que d’être sauvage. Leur « village global » s’approche bien plus du parc d’attraction global, ou du zoo global, et ce n’est pas une question de boycott mais c’est parce que nous y sommes tou-te-s, et c’est en chacun-e d’entre nous. Et nous ne pouvons juste nous échapper de nos propres cages (même si nous sommes sans défense si nous ne commençons pas par là), nous devons faire exploser tout ce foutu endroit, festoyer des gardien-ne-s de zoo et celleux qui les dirigent et en profitent, et redevenir sauvages à nouveau (quoique cela signifie pour toi !). Nous ne pouvons réformer la civilisation, la rendre verte, ou la rendre plus juste. Elle est pourrie jusqu’à l’os. Nous n’avons pas besoin de plus d’idéologie, morale, fondamentalisme ou d’une meilleure organisation pour nous sauver. Nous devons nous sauver nous-mêmes. Nous devons vivre en accord avec nos propres désirs.

Nous devons nous reconnecter avec nous-mêmes, avec celleux à qui on tient, et avec le reste de la vie. Nous devons nous libérer et détruire cette réalité. Nous avons besoin d’Action.

Pour faire simple, la civilisation est une guerre contre la vie, nous nous battons pour nos vies, et nous déclarons la guerre à la civilisation !

T.H.U.G. (Tree Huggin’ Urban Guerillas = Guérillas urbaines des calineur-euse-s d’arbres)


Civilisation et effondrement

Commençons cette discussion en définissant deux choses : la civilisation et l’effondrement.

Civilisation

Avec sa racine provenant du mot latin « civis » qui signifie « citadin », la civilisation peut être interprétée comme le produit final d’une suite d’institutions (l’église, l’état et l’industrie, pour en nommer certaines) qui ont combiné leur influence et leur pouvoir pour créer et maintenir des villes, comme un moyen de faire durer leur pouvoir.

Vu l’incapacité physique des villes à maintenir de grands nombres de vies humaines qui seraient indépendantes de ces institutions, ielles ont créé une structure-pouvoir qui a pour but final la dépendance totale de tous ses sujets, cet empire a grandi au point que même celleux qui dirigent l’agrandissement de la civilisation seraient maudits sans elle.

Telle est la nature de toutes les civilisations, passées et présentes, qui s’élèvent tout autour du monde à travers le temps, avec peu ou aucun contact entre elles, s’effondrant lorsqu’elles ont épuisé toutes les ressources qu’elles pouvaient atteindre physiquement. Seulement maintenant, avec le modèle techno-industriel, une seule civilisation est capable de s’étendre globalement sans même atteindre sa masse critique, maintenant l’épuisement de cette forme de ressources de civilisations porte avec elle la mort de la plupart des formes de vies sur terre, puisque chaque arbre, rivière, montagne et océan est maintenant capable d’être récolté et l’environnement naturel est rendu obsolète avec des technologies hautement sophistiquées comme les nanotechnologies utilisées pour tenter de maintenir la civilisation et le pouvoir qu’elles donnent à celleux qui se trouvent en haut des hiérarchies sociales.

La civilisation peut aussi être interprétée comme une mentalité ou une façon de se comporter – caractérisée par le terme « civilisé » – la totalité de la domestication humaine, la soumission totale au mythe du progrès qui a, dans le monde civilisé, complètement remplacé le vieux dogme religieux barbare avec un nouveau modèle scientifique « civilisé » qui recherche à « comprendre » chaque aspect du monde physique et psychologique via un contrôle total et la manipulation de l’échelle sociale à l’échelle atomique.

Effondrement

D’un point de vue anti-civilisation, « effondrement » fait référence à l’arrêt définitif des institutions qui rendent la vie civilisée possible.

Certaines personnes pensent que l’effondrement du monde est synonyme de « révolution » et partage le même processus systématique et le même effet global, mais ce n’est qu’une autre forme du mythe du progrès qui pénètre les esprits de tellement de « révolutionnaires » ou d’activistes politiques.

Nombreux-es qui se disent s’opposer à la civilisation et rêvent d’ « effondrement » rêvent d’un futur où la civilisation se rapproche de sa ruine et où l’immense population humaine et ses nombreuses factions de guerre atteindraient une quelconque « illumination » dans la perspective des catastrophes globales irréversibles amenées par la civilisation industrielle et son fonctionnement. Cette réalisation soudaine encouragerait les factions de guerre et la population humaine à stopper la production industrielle, s’abstenir de se reproduire, s’auto-organiser horizontalement et revenir à un mode de vie plus agraire dans d’abondants pâturages de permaculture. Ce n’est pas plus un rêve irréaliste, utopique, progressiste et anthropocentrique que celui des civilisations vertes, « eco-friendly », durablement approvisionnées et technologiquement sophistiquées que les anarchistes sociaux et travaillistes et que les organisations et partis capitalistes environnementaux prônent.

Où on va à partir de ça ?

Soyons honnêtes, il n’y aura pas de pâturages abondants, chaque chose que la civilisation a créé, elle la détruit et maintenant nous contemplons un monde où la plupart des biorégions sauvages habitables par les humain-e-s sont complètement détruites ou toxiques et la majorité de la faune humaine et non-humaine a été exterminée ou réduite en esclavage.

En partant de ce constat, nous devons nous rendre à l’évidence que nous – anarchistes, nihilistes, insurrectionnalistes, amoureu-se-s de la nature et ainsi de suite – ne déclencherons jamais un effondrement industriel à grande échelle, les structures-pouvoir sont trop fortes, et celleux qui tentent de réaliser leurs tendances vers la liberté sont trop peu nombreu-se-s.

Ce qui est resté intacte de la nature ne pourrait pas maintenir une fraction de la population humaine actuelle, et les choses ne vont faire que s’empirer pour très longtemps encore.

Même si la civilisation s’arrêtait à cette seconde même, nos sacs plastiques et filets de pêche perdus en mer continueraient à ravager les océans pour des siècles, les centrales nucléaires continueraient à fondre et les déchets déjà produits par elles continueraient à empoisonner l’air et la terre pour des millénaires, tandis que les mentalités violentes produites par la civilisation survivraient à tout ça, si, bien sûr, les humain-e-s sont capables de survivre à tout cet environnement toxique créé par leur propre imprudence.

Abandonner les béquilles de l’espoir

L’espoir, qui est un synonyme de la croyance dans le « futur », est l’élan derrière lequel la plupart des mouvements sociaux anarchistes se rangent, cependant, celleux d’une tendance anarcho-nihiliste cherchent à abandonner cet espoir, et avec lui le poids mort du passé et le fardeau du futur, et à la place commencent à vivre dans le vrai monde, et non dans le monde imaginaire de ce qui devrait arriver ou de respirer la vie dans le cadavre obsolète de l’anarchisme social.

Si nous devons combattre la civilisation avec une quelconque chance de réussir, nous devons nous focaliser et nous concentrer pour frapper son infrastructure là où elle est le plus faible ; mais ces faiblesses, pour la plupart, ne se trouverons pas dans des villes, car les villes sont le cœur des forteresses de la civilisation. En ce moment, la mégamachine est encore assez forte pour que n’importe quelle révolte sous forme de « mouvement » et dégâts dans les villes ne la blesseront pas vraiment ; et si par on ne sait quel moyen, cela posait une menace suffisamment grande pour que les agissements de la civilisation soient un tant soit peu dérangés, les coupables seraient de toute façon tué-e-s ou enfermé-e-s et les choses retourneraient très vite à leur cours habituel ; deux bons exemples sont la campagne SHAC (Stop Huntingdon Animal Cruelty) et l’insurrection d’août 2011 en Angleterre, mais il y a d’innombrables autres exemples.

La liberté hors de la tyrannie ne peut se trouver dans les villes non plus, en tant qu’individus qui vivent pour défier le système, ou en tant qu’individus qui vivent tout court, il est dans notre intérêt de nous évader des villes tant qu’on le peut, car lorsque la civilisation commencera à décliner, elle commencera inévitablement par un stade de renfermement dans les régions-forteresses, et les punitions pour avoir créé ou promu la rébellion seront probablement beaucoup plus sérieuses. Comme si l’état des choses actuelles n’était pas suffisamment mauvais, faisant face à un état policier de plus en plus sophistiqué, à la pollution qui s’empire, l’infini bombardement de substances abrutissantes et de propagandes d’endoctrinement sous forme d’informations et de publicités, et – peut-être le plus préoccupant de tous – la misère de l’aliénation sociale généralisée soutenue par une toile complexe d’institutions et une dépendance manufacturée aux technologies pour guérir la plaie là où nos connexions à la nature sauvage et nos instincts ont été amputés.

Cette analyse nous amène à la compréhension actuelle que les points faibles déjà mentionnés se trouveront le plus souvent dans des zones récemment ou peu industrialisées, et il est presque certain que ces faiblesses ne seront pas dues à l’action de révolutionnaires, mais le résultat des actes mêmes de la civilisation ou de catastrophes environnementales hors de l’influence ou du contrôle humain.

Ces faiblesses se présenteront sûrement sous la forme de débâcles économiques, famines, guerres de ressources, tempêtes, tremblements de terre et ainsi de suite, en tant que résultat direct et indirect de la civilisation industrielle. Ceci couplé avec une agitation croissante des populations humaines, ou des factions diverses combattant le pouvoir, il est fort à parier que celleux avec un grand pouvoir investi dans la civilisation industrielle tenteront de préserver leurs ressources et opéreront une retraite tactique loin des zones affectées par ces faiblesses, laissant derrière elleux ce qui peut être reconnue comme une zone « effondrée ». Cet « effondrement » laisserait de nombreuses infrastructures de valeur, dont la régénération de la civilisation sera dépendante, tels que les barrages, les systèmes de télécommunication, les routes, les chemins de fer et les réseaux électriques (et je sais que tu peux penser à quelques autres), vulnérables à des attaques. S’ils se faisaient attaquer pendant leur retrait de la civilisation, il deviendrait bien plus dur de les ré-établir et les biorégions auraient une chance de se régénérer.

Néanmoins, cette tactique est dure à supporter pour beaucoup de gauchistes, anarchistes-civil-e-s [2], activistes et ainsi de suite. Par exemple, ielles voudraient que tout le monde pense que détruire un réseau électrique dans une région touchée par une tempête est « immoral » et « irresponsable » à cause des risques accrus de mortalité humaine [3], ou que ce ne serait pas une action que « le peuple » soutient, mais en attendant tout le temps une « révolte populaire » et en soutenant la civilisation, des mentalités si anthropocentriques et gauchistes ne sont utiles qu’à rendre le système techno-industriel plus fort, et une tentative de désarmer celleux qui veulent le voir détruit.

Cette référence à la mortalité humaine nous amène à la prochaine étape de notre analyse. Il a été précédemment dit que la plupart des points faibles dans la mégamachine ont peu de chances de se trouver dans des villes, mais il y a une faiblesse mortifère qui leur est inhérente qui est une cible nécessaire pour nos attaques.

Cela a peu d’utilité d’attaquer l’ascension financière ou scientifique, car le sabotage économique ne marche que jusqu’à ce que l’État trouve de nouvelles manières de se procurer les ressources dont il a besoin pour continuer son travail, ou de nouvelles méthodes pour détruire la résistance (encore une fois, comme on a pu le voir dans la collaboration globale des États impliqués dans la répression contre la campagne SHAC).

Les scientifiques, ces prêtres de la civilisation qui poussent les limites de l’esclavage et de la domination technologique toujours vers l’avant, sont celleux qui rendent la destruction de la liberté même possible, d’un niveau social à un niveau moléculaire. Ielles sont les cerveaux informatisés qui contrôlent les mécanismes de la civilisation, et ce sont les cerveaux dans lesquels nos balles seront les plus utiles.

Nous pensons que ceci est la vraie faiblesse qui se trouve dans les villes, car ce sont les humain-e-s-les propriétés les plus chères à la civilisation et c’est dans le meilleur intérêt des dominateur-e-s de protéger leurs servant-e-s dans leur état de surveillance en villes-forteresses, mais un bon nombre d’attaques autour du monde nous l’a montré, ielles ne sont pas suffisamment protégé-e-s.

Pour une résistance sauvage

Maintenant que j’ai donné mon opinion, que les villes sont des prisons du civilisé et que la révolution dans ces lieux n’est pas grand-chose de plus qu’une illusion pour celleux qui sont condamné-e-s à l’espoir. Nous cherchons à proposer un tournant tactique auprès des anarchistes anti-civilisation et insurrectionnalistes de toutes tendances, que la migration en tant que collectifs autonomes d’allié-e-s et ami-e-s de confiance ou en tant qu’individus, loin des villes vers des endroits que la civilisation n’a pas encore détruit ou domestiqué entièrement, avant que le filet de l’autorité ne se referme complètement dans la tempête qui vient.

Ceci n’est pas une suggestion de fuir la civilisation et de s’enfermer dans l’isolation, entretenir des parcelles de légumes et s’entraîner à avoir des compétences primitives en « paix » – c’est une proposition de prendre l’initiative de s’améliorer tactiquement, de continuer et intensifier la guerre contre la civilisation dans ce qui sera certainement des temps difficiles. Nous voulons rappeler notre opinion que les choses vont seulement s’empirer, et qu’adopter cette stratégie de résistance sauvage signifie l’appliquer immédiatement, pas attendre pour d’autres « signes » de ce qui va arriver.

Depuis ces endroits sauvages, nous aurons la chance de mieux nous armer, redevenir sauvages, et s’entraîner pour la préservation de notre propre liberté, la défense des régions non touchées ou abandonnées par la civilisation industrielle et d’attaquer de façon effective son infrastructure et ses mécanismes là où ils sont faibles, enfonçant le dernier clou dans le cercueil de cette société mourante.

Comme l’histoire nous l’a appris, ces « refuges » de résistance seront menacés dès que celleux qui dirigent la société industrielle décident de chasser d’autres ressources, ou si ses attaqueur-se-s sont suivi-e-s jusque chez elleux. Néanmoins, si les attaques contres les infrastructures déjà affaiblies sont efficaces pour ralentir l’expansion de la civilisation dans les moments d’instabilité, et que les locations de cellules ou d’individus subversif-ve-s sont choisis stratégiquement, il n’est pas impossible que nous soyons capables de nous défendre suffisamment longtemps pour que l’État puisse reconsidérer une extension vers des zones à nouveau sauvages à cause du poids supplémentaire de la nécessité de mener une guérilla de basse intensité contre des milices autonomes à chaque fois qu’ielles essaient de régénérer. Cela peut s’avérer être trop de choses à gérer, en devant en plus mener des guerres de ressources contre d’autres pouvoirs globaux aux nouvelles frontières amenées par le réchauffement climatique et des frontières politiques changeantes.

Dans ce sens, il ne sera pas possible de créer des communautés ou situations dans lesquelles nous voulons vivre, préserver notre propre sauvagerie et liberté et tenter de défendre la nature sauvage au bord d’une civilisation mourante, la possibilité d’encourager la croissance de la nature sauvage dans les régions « écroulées » en arrêtant celleux qui cherchent à recoloniser ces zones sous la bannière du système techno-industriel par tous les moyens nécessaires se présentera elle-même à des individus/groupes.

Un appel aux armes à l’Internationale Noire des anarchistes de praxis et au projet Green Nemesis.

Force à toutes les cellules et affinités de l’ELF/FAI/IRF.

Pour la mort de la civilisation !

Vive l’anarchie !

Ainle


La conquête patriarcale et la civilisation industrielle

Les horreurs apocalyptiques auxquelles nous faisons face aujourd’hui – les cauchemars imminents des guerres nucléaires ou des catastrophes écologiques – sont une conséquence directe de la civilisation industrielle et technologique crée par des capitalistes matérialistes et les élites masculines communistes du pouvoir des 200 dernières années. Ces menaces à notre survie sont totalement spécifiques à notre ère moderne, et auraient été pratiquement inconcevables par toute personne ayant vécu en des temps révolus. Cependant, les vrais racines de la civilisation industrielle – les connaissances et attitudes qui ont fini par rendre possible l’aboutissement d’une telle civilisation – ont d’abord commencé à suppurer dans les sociétés de nos ancêtres il y a bien longtemps. La raison pour laquelle nous n’avons que récemment commencé à faire face à la réalité cauchemardesque d’une crise d’extermination, est que l’ère moderne est la première dans laquelle le potentiel d’extermination à proprement parlé existe. C’est seulement à travers la concrétisation d’une civilisation industrielle avancée que les machines, armes et procédés industriels ont été crée, menaçant aujourd’hui la survie de toute forme de vie sur Terre.

La présente civilisation industrielle et technologique, à son échelle globale et dans ses actuelles manifestations physiques, est grandement différente des autres ères de l’histoire soi-disant « civilisée ». Que ça soit les taux d’expansion stupéfiants de la « révolution industrielle », et avec la capacité productive colossale des énormes usines, l’immense production des projets d’énergie, et l’utilisation à grande échelle de ressources d’extraction, etc., etc., ad nauseum, il est peu questionnable que l’ère moderne, au sens matériel, se tienne littéralement au-delà de l’histoire. Elle a rendu possible la société la plus consumériste et matérielle qui ait existé – qui est certainement une fantaisie de science-fiction si on la compare même avec le plus développé des centres urbains du 18ᵉ siècle. Et ce n’est pourtant pas du fait d’un nouveau mode de pensée que l’existence humaine a été si rapidement transformée.
La civilisation industrielle est passée d’un respect inconditionnel de ses effets cumulatifs pour évoluer vers des perceptions, concepts et valeurs philosophiques tous négatifs et intrinsèquement anti-vie. Par exemple, la capacité des êtres humains à vouloir mener des guerres d’annihilation totale contre leurs ennemi-e-s, ou la quête vers la manipulation de l’environnement naturel à des fins anthropocentriques, ou ce désir de richesses matérielles d’une avidité insatiable – ces intrigues si fréquentes parmi les classes aux pouvoirs aujourd’hui – ont aussi dominé les quêtes des ères et civilisation précédentes. Assez clairement, bien loin dans l’histoire, bien avant le début de l’ère Judéo-Chrétienne, une perspective conceptuelle dominante de la civilisation peut être décrite comme celle d’une « conquête patriarcale (dominée par les hommes) ». Je pense qu’au sein de ces modes de pensée existent des façons de percevoir et d’être, parfois perceptibles de manière subtile et parfois de manière brutale, qui doivent être rejetées si nous sommes amenés à survivre et recréer des vies et cultures de liberté et d’harmonie naturelle.

À un certain point dans notre passé distant, quand les premières sociétés patriarcales ont commencé à se développer et se sont ensuite établis et devenues puissantes, une distanciation et un mépris, et finalement un contentement et la conquête sur les femmes, les autres peuples et l’environnement naturel, sont devenus les prémisses sous-jacents du principe sur lequel les hommes au pouvoir gouvernent. Depuis ces temps, la magnitude de la conquête patriarcale a augmenté de façon régulière, et le « développement humain » a été synonyme de l’institutionnalisation toujours grandissante de la domination patriarcale. Les effets tragiques de cette domination ne sont pas seulement évidents aujourd’hui dans les conditions matérielles des sociétés humaines, mais aussi dans le monde intérieur des êtres humains.

Au travers de centaines années, la culture patriarcale de la conquête a quasiment détruit notre enracinement intérieur à ce qui pourrait être appelé une « appréciation naturelle et holistique de la vie ». Une paralysie spirituelle si grave nous a laissé collectivement blessé-e-s et perdu-e-s. C’est particulièrement vrai dans les sociétés industrielles avancées ou une vision extrêmement distordue et inanimée du vivant existe. Non seulement toute vénération et adoration de la vie elle-même s’est volatilisée, mais il semblerait également que ces sociétés sont devenues incapables de reconnaître le fait qu’elles créent une chambre d’exécution mondiale par leur seule façon de fonctionner et par les motivations-mêmes qui les poussent vers l’avant.

La conquête patriarcale est devenue une bataille totale contre toute forme de vie à des fins d’avidité et de pouvoir pour les dirigeants et les empires – afin d’enterrer la variété, la spontanéité et la vitalité dans un cercueil d’artificialité, de domination et de contrôle. Le règne des hommes, la haine des femmes, le racisme, la guerre, l’impérialisme, le matérialisme, l’anthropocentrisme, le spécisme, l’agressivité, la compétition, la croyance que l’humanité est séparée et supérieure au monde naturel, l’enfermement psychique et émotionnel, l’invulnérabilité, le hiérarchisme, l’objectification, l’exploitation, la techno-rationalité, le manque d’intuition et de perspicacité, et le vide spirituel – voilà quelques-uns des attributs négatifs concordant avec la culture patriarcale. Pris comme un tout, ils forment maintenant l’archétype culturel mis en avant par l’impérialisme militaro-industriel de nos temps présents.

À travers l’histoire patriarcale, ces attributs ont plus ou moins déterminés la façon dont nous avons vécu, et la façon dont les civilisations se sont développées. Aujourd’hui, la plupart de l’humanité, la plupart des hommes, et tous les leaders économiques impérialistes, scientifiques, politiques et militaires sont imprégnés de nombre de ces étouffantes caractéristiques pour la vie. Les paysages brutaux et les fosses-sceptiques stagnantes de la civilisation moderne industrielle sont un véritable miroir réfléchissant l’étendue jusqu’à laquelle l’esprit humain a été éteint par la culture patriarcale de la conquête.

Les âges sombres infinis de l’histoire, maintenant incarnés par la crise d’extermination du 20e siècle, révèlent de façon concrète que aussi longtemps que les êtres humains ont adhéré ou ont été soumis à la domination des pressions variées de la pensée patriarcale, alors plus la centralité anti-sociale d’une telle pensée a pénétré les sociétés humaines ; et ainsi, plus grand est le degré de violence, de destruction et de misère que les êtres vivants et l’environnement de la Terre ont subit. Sur la route de la conquête patriarcale, les choses ne se sont pas améliorées, elles ont empiré. Toute la multitude de négativités trouvées à travers l’histoire patriarcale s’est composée, a muté et s’est étendue à travers le temps, culminant finalement dans les réalités toxiques des temps présents.

Avec l’avènement de la civilisation industrielle, une nouvelle ère quantitative de destruction a vu le jour. Avant l’industrialisation, bien qu’il y ait souvent eu des souffrances et une brutalité immensurable, les présentes menaces à la survie de toute vie sur Terre n’existaient pas. Ainsi, quelles que soient les nombreuses terreurs auxquelles les gens faisaient face, ielles pouvaient dans leurs rêves visualiser un futur indéfini plein de possibilités. Aujourd’hui ce n’est plus le cas : nous vivons dans la crainte des horreurs de la civilisation industrielle, et nous sommes quotidiennement confronté-e-s à la potentialité très réelle de l’extinction. L’industrialisation n’a pas seulement magnifié la dynamique anti-vie basique de la culture patriarcale de la conquête, elle est en fait un Frankenstein crée par cette dynamique.

L’existence de la civilisation industrielle ne peut être séparé du processus historique qui lui permet éventuellement d’être crée – ce processus étant le développement historique patriarcal. La civilisation industrielle est le produit irréfutable de la conquête patriarcale. Le développement industriel n’est pas seulement mauvais parce qu’il est utilisé de façon irréfléchie à des fins de pouvoir et de profit. Son essence même est mauvaise : toutes les prémisses sur lesquels il s’est fondé, et est maintenu, sont négatives et anti-vie. Être une menace à la vie est inhérent à la « nature » même de la civilisation industrielle. Il est donc totalement cohérent que son existence soit devenue une menace si sérieuse à la survie de la vie.

Pour survivre à cette crise d’extermination, il n’est tout simplement pas suffisant d’isoler la guerre nucléaire, la pollution à grande échelle ou le mercantilisme incessant comme étant les réalités offensives de la civilisation industrielle, et ainsi, comme les seules dont nous devrions nous débarrasser. Faire ça signifierait que nous embrassions toujours, dans l’ensemble, le plus gros du « mode de vie » industriel crée à l’image de la mentalité patriarcale. Cela signifierait que nous adhérerions toujours à la culture de la conquête patriarcale. Il est essentiel que nous en venions à comprendre que ça a été, et que cela continuera à être notre adhésion primaire à la mentalité patriarcale qui est la véritable menace sur la vie, et la raison fondamentale pour laquelle la probabilité de l’annihilation nous consume. De façon inévitable, si nous sommes amené-e-s à survivre et à créer un monde meilleur sans guerre et sans possibilité d’extinction, un abandon complet de la culture de la conquête patriarcale doit se faire. Et un tel abandon doit très certainement inclure la « civilisation industrielle » dans son entièreté.

Nous devons en venir à une reconnaissance du degré auquel notre compréhension et notre perception de la vie et du monde extérieur a été déterminé par la conquête patriarcale, et comment nous avons développé nos sociétés en conséquence. Ainsi nous pourrons clairement voir comment l’histoire s’est écrite, comment les civilisations se sont construites, et enfin, comment l’industrialisation en est venu à dominer et menacer note existence à cause des représentations et visions sans vie de la mentalité patriarcale. Nous serons bien plus capables de faire des choix positifs sur quel genre de sociétés nous voulons créer, et sur ce dont nous avons besoin pour survivre, si nous réalisons l’ampleur à laquelle les « développements » de l’histoire, les technologies d’aujourd’hui, sont en fait les réalités manifestes de ce processus de pensée morbide dans sa totalité.

Pour que nous devenions clair-e-s sur ce que nous avons besoin de faire dans cette lutte pour la survie, nous devons débarrasser nos intériorités des attributs négatifs de la pensée patriarcale, mais nous devons aussi redécouvrir notre connexion physique et notre dépendance à la Terre, et nous réunir spirituellement à la nature. C’est seulement à travers une appréciation et une connaissance renouvelée des processus de la vie naturelle que nous pourrons en venir à posséder de nouveau une compréhension significative des modes de vie convenables. À travers une telle compréhension, nous pouvons trouver les directions à suivre et la force nécessaire pour mener les luttes dont nous avons besoin, et l’inspiration pour se battre contre la civilisation mortifère et artificielle ; pas pour la réformer, mais pour s’en débarrasser complètement.

Brent Taylor


Contre le cauchemar genré, fragments sur la domestication

I

La domestication, l’intégration de tous les êtres vivants dans l’ordre civilisé, passe par l’intégration de la vie dans le dualisme et la séparation que l’on vit en tant que genre. Le concept est jeté dans de nombreux contextes et sous des noms différents, et pourtant très peu ont tenté de le définir entièrement. C’est utilisé communément pour parler du vaste fossé qu’il existe entre les créatures sauvages et celleux apprivoisé-e-s et dont on a arraché les griffes, dont les existences ont été réduites à des nécessités économiques. C’est linguistiquement lié au royaume du Domestique, et par extension à celui de l’économique à travers la gestion de la maison, oikonomia. C’est la violence impliquée dans le concept d’accumulation primitive, le premier (mais aussi l’origine) déchirement d’un être loin de soi-même et de son incarcération conséquente dans la société de classes. C’est impliqué plus profondément dans toutes les théories de la subjectivisation, la construction de toutes les identités et des rôles qui peuplent l’ordre social. Étant si central au monde que l’on habite, et aux sujets que nous sommes devenu-e-s, le concept nécessite une définition plus précise et plus consistante.

Dans notre engagement précédent avec la civilisation [4], nous avons principalement considéré les écrits de Jacques Camatte. Il en vient à sa théorie de la domestication via une exploration des moyens dont le Capital vide, transforme et colonise les êtres humains ; dans ses propres termes, l’anthropomorphisme du Capital. Le Capital dissèque et analyse l’être humain, coupe l’esprit du corps, et reconstruit l’humain comme un sujet consentant de l’ordre social. La conséquence de cette rupture et suture de la vie est la récupération d’un éventail large de moyens de résistance humaniste ; les communautés deviennent communautés du capital, et les individus deviennent à peine plus que des consommateur-ice-s. La séparation évolue en une image d’entièreté qui remplace l’unité qu’elle a abolie. La Domestication, qui limite les possibilités de ce que nous pouvons devenir, promet un futur sans limite, parce qu’elle attache notre futur à un système mort-vivant dévorant tout sur son passage. On est évacué-e-s de nos désirs et instincts, et l’espace vaquant qu’il reste est rempli avec toutes les représentations de ce qui a été enlevé. À la place d’une vaste multitude de potentiels et de rapports au monde, nos vies sont réduites au microcosme de la progression linéaire de la société. La Domestication fait plus que nous rendre esclaves du futur de l’ordre social, elle crée des esclaves consentant-e-s. Tandis que les êtres vivants individuels sont réduits à être des spectateur-ice-s et les fonctions de choses mortes, le non-vivant lui-même devient autonome. Toutes les disciplines scientifiques, les linguistes de cette chose non-vivante autonome, proclament comme les fascistes : vive la mort ! Ces disciplines du Capital utilisent leurs méthodologies pour prouver que c’est toujours comme ça que ça s’est passé, ielles naturalisent le Capital et démontrent son inéluctabilité. Nous sommes divisé-e-s et dominé-e-s de la même manière que les physicien-ne-s divisent et dominent les atomes ; géré-e-s de la même manière que les cybernéticien-ne-s gèrent leurs réseaux et leurs feedback loops [5] ; ci-dessous, ci-dessus. Ainsi, pour Camatte, le Capital conquit notre imagination à la fois par rapport à notre futur et à notre passé.

Le Capital a réduit la nature et les êtres humains à un état de domestication. L’imagination et la libido ont été clôturées aussi sûrement que les forêts, les océans et les terres communes.

Le processus de domestication est parfois imposé violemment, comme ça arrive avec l’accumulation primitive ; le plus souvent, il fait ça insidieusement parce que les révolutionnaires continuent de penser selon les suppositions qui sont implicites dans le capital et le développement de forces productives, et tou-te-s partagent leur passion pour une divinité : la science. C’est pourquoi la domestication et nos consciences répressives ont laissé nos esprits fossilisés plus au moins jusqu’à être séniles ; nos actions ont été rigidifiées et nos idées stéréotypées. Nous avons été des masses gelées, sans âme, fixées à leurs postes, croyant à chaque instant que nous apercevions le futur.

Ce moment dans la pensée de Camatte est intéressant parce qu’il marque son éloignement personnel du marxisme, vers une critique de la civilisation (un éloignement qui sera très important pour une génération entière de théoricien-ne-s anti-civilisation). Malheureusement, c’est précisément sa situation dans cet éloignement (une obsession pour un mode de production en particulier) qui définit les limites de sa définition de la domestication. Pour lui, la non-vie autonome qui domestique la vie est le Capital, et il situe ce processus dans un moment spécifique du capitalisme où le Capital « s’échappe » et forme sa propre communauté. Ceci est intrinsèque à sa lecture ésotérique (et, de sa propre façon, exégèse) de Marx. Il localise la domestication au moment où le capitalisme s’est développé en sa propre représentation et s’est jeté dans une crise. Il appelle Capital la fin des processus de démocratisation, d’individualisation et de massification. Il parle de ces processus en tant que présuppositions au Capital qui peuvent aller aussi loin dans le passé que la Greek Polis et la rupture représentationelle entre les humain-e-s et le reste de la vie sauvage, et vers la « domination des hommes sur les femmes ». Et si nous pouvons donc localiser le Capital à la fin de cette chaîne ancienne de séparation, comment la domestication (la séparation elle-même) peut-elle commencer avec le Capital ? Encore plus, si la domination genrée pré-date la domestication par un millénaire, comment sa version de la domestication peut-elle prendre en compte la séparation et la colonisation de la vie dont le genre est un euphémisme ? Son mythe originel échoue au moment même où il commence. Son histoire n’est pas assez pour nous, parce que nous savons que cette colonisation de nos existences mêmes n’a pas commencé le siècle dernier, ou même celui avant ça. On peut encore entendre les pleurs distants de celleux qui ont résisté depuis bien avant. Clairement, nous devons laisser Camatte derrière nous si nous voulons comprendre la domestication dans sa totalité.

II

La critique de la domestication de Camatte est plus clairement articulée dans son essai Errance de l’Humanité, qui a d’abord été publié en anglais en 1975 par Black And Red à Detroit. À ce moment-là, l’imprimerie était gérée par Lorraine Perlman et son mari Fredy. Ielles ont auto-publié le texte comme une magnifique brochure après que Fredy ait terminé la première traduction anglaise. En lisant les écrits de Perlman, l’influence du texte est extrêmement apparente. Perlman lui-même incorporera ces idées dans une critique acerbe de la Civilisation qui inspire encore aujourd’hui la plupart de la perspective anti-civilisation au sein du milieu anarchiste. Ses efforts seraient largement motivés par l’idée de reprendre précisément aux limites que l’on a identifiées dans l’histoire de Camatte : celle des origines.

Dans la biographie de Fredy, Having Little, Being Much, Lorraine raconte la façon dont il a passé les sept années suivantes à être quasiment uniquement concentré sur l’exploration de l’histoire du monstre domesticateur. En particulier il passa ces années à mettre en lambeaux la colonisation européenne de l’Amérique du Nord, et le processus de domestication que celle-ci a déchaîné sur tou-te-s les habitant-e-s vivant-e-s de ce continent. Il vola Hobbes en nommant ce monstre Léviathan, et entreprit la tâche monumentale de conter l’histoire de celleux qui y ont résisté. Il auto-publia son travail en 1983 dans un livre merveilleux et tragique, distribué entre ami-e-s lors d’une fête à la maison qu’il partageait avec Lorraine à Detroit. Le livre était intitulé Contre le Lévianthan, Contre sa légende.

En avançant que « la résistance est la seule composante humaine de l’His-toire [6] entière », Fredy suspend son analyse en profondeur des résistances aux incursions Léviathiques dans les forêts autour des Grands Lacs pour examiner les « barbares » et les tribus pas apprivoisées qui, dans les premiers temps, ont complètement refusé la servitude à la Civilisation. Lorsque l’His-toire jubile d’avancements civiques et militaires, les appelant Progrès, l’histoire de Fredy voit chacune des consolidations du pouvoir étatique comme un empiètement de la communauté humaine. Il s’adresse au lecteur comme un individu parlant à un-e autre et ne prétend pas suivre des règles universitaires : « Je pars du principe que la résistance est la réponse humaine naturelle à la déshumanisation et donc, n’a pas à être expliquée ou justifiée. » L’histoire de résistance suit la chronologie de la marche destructive du Léviathan, mais évite d’utiliser les conventions des his-toriens comme dater les événements. Ceci, ainsi que le langage poétique visionnaire, donne à son travail une qualité épique.

Fredy commence son récit en tentant d’isoler les manières dont les positions des autres idéologies disponibles échouent à saisir l’ennemi dans sa totalité. Sa méthode est instructive, car il définit à quel moment chaque idéologie est trop obtuse, et ne peut qu’offrir des solutions incroyablement superficielles au problème de la domestication. Dans le premier chapitre, il écrit :

Les marxistes pointent du doigt le mode de production capitaliste, et parfois seulement la classe capitaliste. Les anarchistes pointent l’État. Camatte pointe le Capital. Les nouveaux déclamateurs pointent la technologie ou la civilisation ou les deux. […]
Les marxistes ne voient que la paille dans l’œil de l’ennemi. Ils évincent leur scélérat au profit d’un héros, le mode de production anti-capitaliste, l’ordre révolutionnaire. Ils ne se rendent pas compte que leur héros est exactement la même « forme avec un corps de lion et une tête d’homme, au regard sans expression et sans pitié comme le soleil ». Ils ne se rendent pas compte que le mode de production anti-capitaliste veut seulement dépasser son frère dans la destruction de la biosphère.
Les anarchistes sont aussi varié-e-s que l’humanité. Il y a des anarchistes gouvernementaux et commerciaux, de même qu’un petit nombre est à louer. Certain-e-s anarchistes diffèrent des marxistes uniquement parce qu’ielles sont moins informé-e-s. Ielles veulent remplacer l’État par un réseau de centres informatiques, d’usines et de mines, coordonné « par les travailleur-euse-s elleux-mêmes » ou par un syndicat anarchiste. Mais ielles n’appeleraient pas cette organisation-là un État. Le changement de nom exorciserait la bête.
Camatte, les nouveaux déclamateurs et Turner considèrent les scélérats des marxistes et des anarchistes comme de simples attributs de protagoniste réel. Camatte donne un corps au monstre ; il nomme le monstre capital, en empruntant ce terme à Marx mais en lui donnant un nouveau contenu. Il promet de décrire l’origine et la trajectoire du monstre mais il ne l’a pas encore fait.

Le problème qu’il décrit dans les idées Anarchistes et Marxistes fait autant écho aujourd’hui qu’il le faisait en 1983, et celleux qui sont arrivé-e-s à d’autres conclusions doivent grandement remercier Fredy pour les avoir aidé à renouveler une anarchie sans attache à l’industrialisme, la technologie, et autres fétichismes de la production. C’est de ce dernier point, l’échec de Camatte à définir les origines et la trajectoire du monstre, qu’il définit le sien. Il va vers Frederick Turner pour articuler l’esprit du monstre, mais critique Turner pour son incapacité à parler du corps du monstre ; Le corps cadavérique qui déchire ce qui est sauvage pour l’incorporer à lui-même. Le récit de Perlman lutte contre ce corps-là.

Le projet de Fredy est un projet important, parce qu’il pousse les critiques de la domestication au-delà des réponses confortables. Il interroge les machinations de la bête avant le capitalisme actuel, avant la colonisation du « nouveau monde », avant l’émergence du capitalisme lui-même. Ce qu’il a accompli a été d’écrire une histoire sur l’ascension de chaque Civilisation depuis le premier Sumer, et ainsi celle de la Civilisation elle-même. Il raconte ce conte de façon significative, tout en condamnant les historien-ne-s, les anthropologues et les économistes qui ont justifié l’avènement du Léviathan. À la place il raconte l’histoire de la perspective de celleux qui ont résisté à la domestication à chaque tournant. C’est l’une des nombreuses raisons stylistique et éthique qui rendent ce livre si profondément beau à lire. Tandis que je ne peux pas, en toute honnêteté, recommander à quelqu’un-e de lire le travail ennuyeux de Camatte ou de Edelman, j’offrirai Contre le Léviathan, Contre sa légende à mes plus proches ami-e-s sans hésitation. C’est aussi la raison pour laquelle ça n’a que peu de sens de tenter de le paraphraser de façon compréhensible. Tenter de reproduire la magie du conte de Perlman serait difficile, voir impossible. Plutôt, je suggérerai que qui que ce soit qui veuille vivre la profondeur et le poids de la critique présente dans le livre devrait le lire ellui-même. Ceci dit, nous identifierons certains des thèmes présents au cours de l’histoire qui nous aideront dans la nôtre. Cette compréhension sera utile pour aller de l’avant dans notre exploration de la Domestication.

Sans ordre particulier, quelques thèmes utiles autour de la domestication qui émergent à travers le texte sont :

Le langage des domestiqué-e-s sert toujours à cacher, à peine, des mensonges collectivement acceptés. Clairement, seul-e-s celleux en dehors du monstre sont libres, et pourtant les civilisé-e-s vont utiliser ce mot pour se définir elleux-même. Même le dictionnaire contient cette contradiction : il décrit la « liberté » comme appartenant aux « citoyen-ne-s », mais dis aussi que quelque chose est libre lorsqu’ielle n’est pas contraint-e par quoi que ce soit au-delà de sa propre existence. Les oiseaux sauvages et les arbres et les insectes, qui sont uniquement déterminés par leurs propres potentiels et souhaits, sont libres. Les citoyen-ne-s sont contraint-e-s par une infinité de non-libertés. Les domestiqué-e-s vont appeler ces humain-e-s qui sont encore libres « sauvages » et « barbares », et pourtant, ces termes désignent bel et bien ces individus comme les proies légitimes des atrocités les plus barbares possibles aux mains des « civilisé-e-s ». Cette absurdité et cette tromperie inhérente au langage est vrai de presque chaque mot que les domestiqué-e-s utilisent pour se décrire : ce qui détruit les communautés est appelé une Communauté, ce qui a une soif sans limite pour le sang des humain-e-s est appelé Humanisme et Raison. C’est important lorsque nous sommes confronté-e-s à celleux qui tentent, à travers ces mots, de justifier la domestication.

Le Léviathan prend la forme d’une vie artificielle ; il n’a pas de vie à lui, et peut donc seulement fonctionner en capturant des êtres vivants à l’intérieur de lui. Selon Hobbes, le Lévianthan (ou le Commonwealth, ou l’État, ou le Civitas) est un homme artificiel. Un homme blond, masculin et couronné, portant une épée et un sceptre. Cet homme artificiel est composé d’innombrables êtres humains sans visages, chargé-e-s de faire marcher les ressorts, les rouages et les leviers qui font bouger la bête artificielle. Hobbes, à son tour, ne verrait ces êtres humains individuels que comme des composés de cordes, de rouages et de ressorts. Fredy imagine que le monstre pourrait ne pas être un humain artificiel mais plutôt un ver géant. Pas un ver vivant mais la carcasse d’un ver, un cadavre monstrueux, son corps étant une suite de segments, sa peau est boutonnante de lances, de rouages, et d’autres améliorations techniques. Il sait de sa propre expérience que la carcasse entière est amenée à la vie artificielle par les mouvements des êtres humains emprisonnés à l’intérieur … qui font marcher les rouages et les ressorts … Les humain-e-s régressent tandis que le ver progresse. Le plus grand accomplissement du ver est de transformer les personnes en son sein en des unités individuelles mécanisées. Ces machines humaines sont au final remplacées par des machines totalement automates, plus aptes à exister dans les camps de travail du Léviathan. C’est une proposition terrifiante parce qu’elle nous implique, en tant que complices dans la machine de notre propre cauchemar : à la fois comme la force vivante qui anime le monstre, mais aussi en ayant intériorisé cette animation.

Le Léviathan se construit lui-même à travers les institutions de la

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Dernier ajout : 6 décembre.